‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 40 sur 47 · CRAINTES ET JOIE · texte numérisé non relu

CRAINTES ET JOIE

plus qu*ainical ; pour elle , Georges 1 frère perdu qu'elle retrouvait, c'était sortant de la tombe, et elle avait prié la sœur de Lazare, comme elle, Marie rononcé ces paroles devant le Christ :

igneur, dites seulement une parole, et frère ressuscitera d'entre les morts. )» ) après cet entraînement d'un bonheur *é, la réflexion lui fît ouvrir les yeux, réveilla comme d*un songe, se vit dans s de Georges, et rougit de s'y être jeontairement. Par un mouvement lent a d'une gracieuse pudicité, elle se dé* de l'étreinte par laquelle Georges cheri la retenir , couvrit sa figure de ses et se prit à pleurer.

)ui ! c'est moi, Marie, c'est moi qui ai ^ous revoir, avant de nous séparer peutur toujours, vous ne m'avez pas oublié, ous êtes rappelé le pauvre .orphelin qui ous nommait sa sœur, pourquoi vous 3Z-V0US de lui maintenant? ' «-'t

938 C&AIIITB8 ET JOIE.

— Je ne m'éloigne pas de vous, Georges, répondit Marie, en se rapprochant, mais voyez-Tousi j'ai été folle, complètement folle, pendant ces trois terribles journées; je tous ai cru mort; oh! j'ai bien pleuré, j'ai bien souffert.

— Pendant ce long combat, c'était à moi que vous pensiez, Marie ?

— Et à qui donc vouliez^vous que je pensasses ; je savais votre régiment engage dans cette lutte meurtrière, chaque coup de fusil suspendait ma vie.

— Est-il bien vrai, Marie? vous portiex cet intérêt, cette affection, au malheureux Georges, vous pleuriez parce que vous le suppouex mort, et vous pleurez encore parce que youi le voyez vivant près de vous.

— Ces larmes que je répands actuellement, Georges, sont des larmes heureuses, bien heureuses.

Et Marie ne se contraignant plus les laissa couler sans prétendre les cacher. Georges

CRAINTKS IT JOIB. ii9

*a d'une de ses mains, et tons deux m près de Tautre restèrent quelque sans parler, heureux de Pémotîon h e ils étaient en proie.

1 Marie reprenant la parole, dit à George vivacité : Oh ! mon Dieu ! on vous 1 entrer, on vous cherche peut-être, et suis tranquille. Vous êtes poursuivi, ; mes gens vous ont vu, un mot imprunt profiencé par eux pourrait eomprovotre sûreté. Si l'on venait à vous dé- *, si le peuple vous poursuivait ici ; î) lut pas ; 6 mon Dieu ! cette pensée est le. Ecoutez, il est nécessaire de déjouer surveillance ; vous allez partir comme vous étiez acquitté d*un message près , vous sortirez de cet hôtel, et dans la ; Babylone, vous trouverez presqu'au le la rue de Mademoiselle, une petke près de laquelle vous attendrez. Quand serez arrivé, frappez un léger coup, je uvrirai, cette porte est celle de mon jar-

M^e DE VERDUN. 20

930 CIUHTU ET JOIE.

din. Partez vite, Georges, j'ai hâte de vou» revoir bientôt affranchi de toute indiscrétion; partez, je ne serai rassurée que lorsque moi seule je posséderai yotre secret.

— Vous le voulez, Marie, vous croyez nécessaire à ma sûreté cette petite ruse de guerre, je vous obéis. El Georges, après avmr encore une fois serré les mains tremUantes de Marie dans les siennes, descendit l'escalier de l'hôtel de Polvil, retrouva dans le vestibule tous les domestiques assemblés qui l'attendaient avec curiosité et inquiétude, se Ot ouvrir la porte cochère et fut bientôt dans la rue.

Marie, impatiente de le savoir en sûreté, se hâta de congédier sa femme de chambre et tous ses gens, qui, fatigués de l'agitation des jours précédents, s'empressèrent de gagner leurs lits oiî ils ne tardèrent pas à s'endormir.

 peine les derniers bruits avaient cessé, à peine les dernières lumières étaient éteintes, Marie, enveloppée dans un long schall, ouvrait

CB&IIITBS BT lOIl. 9SI

3 faire gémir sur leurs gonds les portes hambre, puis elle s'arrêtait au haut de er, prétait l'oreille, et n'entendant rien ublât le silence de la nuit, elle descenemblante comme une femme qui se rend endez-YOus d'amour, les marches <pii nt la conduire à l'entrée du jardin, iel était pur, l'air de la nuit gardait des rs de la journée quelque chose d'étdufdans les bosquets du jardin , aucun d'oiseau ne se faisait entendre, tous it fui, chassés par l'odeur de la poudre iruit de la bataille : des masses de feuilombrageaient quelques allées où péné* i peine une faible lueur. Le plus grand régnait autour de l'hôtel : Marie écouta e une fois si personne n'épiait sa débe, puis moins inquiète après quelques tes d'observation, elle s'élança légère le un faon poursuivi par des chasseurs, la petite porte du jardin.

IKtie i^eure tfenxtnse.

Mes deux mains cUos les Tàtres, U tète appuyée sur votre épaule f on les yeux levés vers vous , laissant votre regard lire dans le mien toute ma pensée; ^tes, ami, ce silence ne voim répondait>ilpas7

orges attendait depuis quelques seconquand enfin la petite porte du jardin fut rte.

- Venez, venez, Georges, dit à voix basse emblante , Marie qu'agitait une vive in- Lude : venez. Et quand elle l'eut intro- , elle referma la porte avec toutes les autions imaginables, craignant que le

236 UNE flBDRS HEURBU8E.

plus faible bruit ne devint un indice révélateur. La partie du jardin dans lacpielle ils se trouvaient, était entièrement privée de clarté, des arbres et des arbustes nombreux et touffus l'entouraient d'une ebamiille, la recouvraient d'un berceau impénétrable à la lumière.

Georges avait saisi le bras de Marie et ouffchait doucement, appuyé sur cette tremblante jeune femme. Marie , lui dit-il à voix basse, chassez une vaine crainte , personne ne me poursuit, personne ne se doute qui je suis.

— Ob ! mon ami , répondit- elle avec tous les signes d'une profonde terreur, vous vous tromper étrangement, vos ennenis Y0Vi$ obe^ chent : et elle bii raconta tout oe que le blessé, qu'elle avait vu le matin, avait mis d'ioqniétude en son âme, en parlant d'un officier de la garde échajf^, coaime par œiraele, au massacre de ses soldats, mais que Ton traquât etqui ne pouvait échapper ans ardentes poursuites dont il était Tobjet.

VUE IBVBB IBUBEUas. 937

e ne «aïs qu^l iastinct secret me dit que icier était voiie, ajouta Marie, n'est-ce teorges, je ne me trompais pas, c'était

!)ui, Marie, c'était moi, mais maintenant hors de danger, j'ai échaj^ aux pourde mes ennemis.

Comprenez-vous pourquoi je vous ai fé et pourquoi je suis venue vous cher- L cette porte , je veux qu'il n'y ait que ui sache que vous êtes caché en cet

Caché reprit Georges.

Oui, caché, mon ami; j'ai tout prévu , rtement de mon oncle n'est point ocje vais vous y introduire; seule je vous rai, vous serea; mon (Nrisonnier, oh! je sauverai.

Marie, vous vous trompez en pensant je puisse demeurer caché, quand tout régiment a rejoint le quartier général , rallié autour du roi. C'est à Saint-Cioud

338 VHB BBUU BBUUTOS.

qu'il faut que je me rende : SaintCloud a besoin de défenseurs, car nous y serons sans doute attaqués demain.

Toute la joie, toute l'assurance de Marie disparurent à ces mots : un frisson glacial parcourut tous ses membres, elle fut obligée de s'asseoir sur un banc , ses forces l'abandonnaient.

— Vous youlez repartir, Georges; vous voulez quitter cette retraite que j'ai su voas faire; n'avez-vous point assez payé votre dette au roi depuis trois jours? Restez, Georges, conservez-vous pour vos amis En finissant ces dernières paroles , la voix de Marie se laissait à peine entendre.

— Que je reste ! mais vous oubliez donc que ce serait une làcbeté ; non , Marie, cela n'est pas possible : j'ai quelques beures à passer avec vous , puis , à tout prix , il faut que je rejoigne mon régiment. J'ignore si nous nous reverrons jamais, Marie, je n'ai pas voulu quitter Paris sans avoir une dernière entrevue

UNB BBVBB HBUBEU8E. S39

ms, il me semblait que tous deux, nous s étions pas tout dit.

*ges vint s*asseoir sur le banc à côté rie , et il prit ses deux mains dans les

^ousToulez partir, Georges, et comment z-vous de Paris dont toutes les barrièit gardées?

écoutez-moi, Marié, il faut que je sorte is ayant demain matin , j'ignore comj'en viendrai à bout, mais je sortirai, rions plus de me cacber, vous tous useriez maintenant, car je serais désbon agissant ainsi. Laissez-moi jouir des Ts instants de bonbeur que je suis peut- )pelé à goûter sur cette terre; cette nuit, e et si calme, me rappelle notre promeie Versailles , elle me remet en la mé* tout ce que nous dîmes pendant cette qui ne s'est jamais effacée de mon sou- ... J'étais bien beureux, à cette époque, rd'hui, seulement, j'oserais vous con-

940 VITE nVAB OBUBSUSK.

fier toutes )e§ espëranee» qu'enfantait alon ma jeune imagination. AujonrcPhni, Marie, j*oserais vous dévoiler mon cœur; la pemée que je ne vous Feverrâi peut-être plus uf enlève mes incertitudes et mes craintes.

— Oh ! nous nous reverrons , Georges; ne dites pas que nous ne devons [dus nous revoir. . . . cette pensée est horrible î . . . .

Georges tenait toii^ours entre ses mains les mains tremblantes de Marie : tous deux élsieat assis dans l'obscurité la pkis eomplèle , près l'un de fautre : ils parlaient presque bas , et le silence, la soKtude, Fair tiède de la nuit achevaient d'enivrer leurs sens*

Marie laissa tomber sa tète sot Tépaule de Georges , elle ne pleurait pas , il ne sortait pas un sanglot de sa bouche, mais un frisson intérieur Favait saisie et elle demeura sans force et presque sans respiration , sous une oppression de crainte et de douleur. Georges était là, à ses cÀCés, elle l'écootait sans entendre autre chose que le son barmomevix de

UIIB HBCBC HBUBBVSK. 941

oies. Il était là, à ses côtés , elle TaiîUe en était aimée , et dans quelques , il allait falloir le quitter, avec la de ne plus le revoir; il allait falloir er partir, traverser une ville ennemie, rer de nouvelles batailles, des dangers 1 imagination frappée se plaît encore lenter.

ie ne conserve plus aucun empire sur oû , sur ses résolutions : elle veut une re à Georges qu'elle l'aime; elle veut Ire de sa bouche qu'elle en est aimée , tous les malheurs pourront l'accabler e, mais elle aura donné et reçu le [Jus bonheur que l'on puisse goûter ici-bas.

es peut être tué , et il faut qu'il sache de mourir, qu'il n'a pas été seul à souf- $eul à aimer.

Marie, parlons-nous, dit Georges, d'une )lus faible et plus voilée, comme si cette I devait être la dernière de celles qui

sont accordées; laissez -moi vous dire

249 UNI HBUBB BB0RBU9B.

tout ce qu'enferme mon cœur, laissez -moi continuer cette conversation du jour de votre anniversaire de naissance. La bague que vous m*avez donnée est encore à mon doigt.

Marie voulut saisir la main de Georges.

— Prenez garde, Marie, mon bras est blessé.

— Vous êtes blessé ! vous, Georges, s'ëcriat-elle, en se relevant subitement, vous êtes

blessé 6 mon Dieu!...... et elle tomba à

genoux devant son amant.

— Ce n'est rien , Marie , presque rien , ne vous inquiétez pas ainsi, ce n'est qu'une balle qui a sillonné mon bras; venez près de moi, ne m'ôtez pas ce bonheur, de vous savoir près de moi, de vous entendre et de sentir le souffle de vos paroles effleurer mon visage; oe m'ôtez, ma chère Marie, aucun des bonheurs de cette nuit , j'ai peu d'instant à passer en ces lieux, il ne faut pas que le jour me surprenne dans Paris.

Et comme Marie ne répondait pas : M'évi-

UNE HEURE HfiUBEUSB. 943

? ajouta-t-il d'un son de voix doulou> e ftiipiez-vous?

oi ! moi te fuir, murmurait Marie, en aut jusqu*à lui sur ses genoux, moi te

on Dieu ! non ! non ! Georges

me yoilà entre tes bras écoute-

îanglots l'interrompirent.

ïcoute-moi , ce que je vais te dire est

»upable , mais j'ai peur de ne plus te

; j'ai peur, Georges, que tu ne meures

3S luttes terribles qui se préparent ; et

tout , comprends-le , il me faut ta vie,

>oin que tu vives si tu meurs, je

drai folle ; je n*ai que toi au monde ,

;s ne dis rien.... je sais que tu

3$, je le sais depuis le jour où tu me ton premier bouquet, depuis ce jouri aussi je t'aime, je t'aime d'amour ; ob ! î méprise pas , parce que je te dis la ère , tout ce que j'ai dans mon pauvre

244 IJR£ HBVBB HBUBBU8B.

— Te méiNriser, Marie, tu ne sais donc pas que tu effaces d'un seul mot toutes mes peines passées ; tu m'aimais donc, toi aussi, pauvre enfant, quand moi je t'aimais d'un amour si profond et si vrai !

— Oui, je t'aimais, Georges !••••

— Mon Dieu ! mon Dieu ! vous pouvez prendre ma vie.

— Oh ! non , Dieu ne prendra pas ta vie, Georges, mon Georges, mon bien-aimé; ilpe me punira pas ainsi de mon amour. .... je voulais le conserver secret en mon cœur, je voolais te le laisser ignorer ; j'ai été bien faiUe, je n'ai pu retenir en te revoyant l'aveu de ce qu'il renfermait..... Dieu ne prendra pas U vie, il aura pitié de ma fisiiblesse ; tu ne sais pas tout ce que j'ai souffert pendant les trois journées qui viennent de s'écouler : je n'avais plus ma tète à moi , j'interrogeais ceux qoi m'entouraient, je voulais sortir, courir vers les rues ou l'on se battait ; je te savais an milieu de cet horrible peuple dont les cris me

OBTE HBOBB ■BUBBU8B. 345

Qt mal à entendre, je t*ai cru mart. . . . )ut à coup, je t*ai revu.... tu étais ri- :u venais à moi.... tu n*ayai8 pas voulu r Paris, retourner à de nouveaux oomsans m'avoir dit adieu... « Je suis une e créature Inen faible, je n'ai pu cacher

lonheur mon amour. • . . Georges. . . .

ut dit.... oh ! je t'aime.... je t'aime ! nuit était profonde , nulle lumière n'éit le banc de gazon sur lequel Georges 3 d'amour tenait Marie entre ses bras.

» avoir longtemps souffert , après avoir péré, après des années de doute, il reait la femme de son premier amour, et femme venait à lui avec des paroles es de passion, avec toutes les séductions roublent et enivrent ; cette femme se Hpalpitante , émue , vaincue et avouant ifaite.

Oh! Marie, ma douce Marie, disait ges, tu m'aimes donc?

• Oui ! je t'aime, répondait-ellé d'une voix

246 VNB HEVBB HBUUU8S.

éteinte : oui ! je t'aime de toute mon àme, et je suis bien heureuse de te le dire.

— Mais ce fatal mariage, mais cette éternelle barrière mise entre nous!

— L'heure de mon mariage fut Theure la plus malheureuse de ma vie Je suis mariée, Georges... et je n'ai plus de mari!...

— Serai^il yrai, ma bien -aimée, ton mari dédaignerait le trésor d'amour qu'il m'a ravi... 0 bonheur! bonheur étemel!.;, alors tu es ma femme , alors tu es à moi maintenant et pour toujours.

Et pendant quelques minutes le silence ne fut plus troublé que par les frémissantes étreintes de lèyres qui se cherchaient et qui se rencontraient. Le vent du matin commençait à agiter les feuilles des arbres , déjà la nuit devenait moins épaisse, les étoiles pâlissaient et les oiseaux s'agitaient dans leurs nids, comme à l'approche du jour.

— Georges, disait Marie d'une yoix mourante, Georges, prends pitié de ma faiblesse,

vus nivRB BsvasirsB. 947

punis pas de t'avoir révélé mon amour.

is Georges n'entendait plus sa voix, et aisers de feu amollissaient d'instant en it la résistance qui lui était opposée, à tour Marie le repoussait et l'attirait ;lle ; tour à tour elle employait le reste s forces à se défendre contre toute l'im- »sité de son amant, puis elle attachait ses s à ses lèvres et lui rendait ses baisers une exaltation pleine d'amour, pendant elle se dégagea par un effort >péré, dernière lutte de sa vertu, et sans ! , épuisée par ce long combat, elle alla >er au pied d'un arbre. Là, les mains es, elle s'inclina sur ses genoux, et quand sroulut parler^ le tremblement de sa voix lit à peine de l'entendre.

- Si tu le veux, Georges, je suis à toi, je ae défendrai plus , tu n'as qu'à parler , dire un mot, qu*à méprendre en tes bras serai ta maîtresse, ta femme, ton esclave; éirai sans murmure , je te donnerai plus

348 URB BEDIE aSOlElISB.

que ina ?ie pour te laiâser un souyenir de bonbeur. Mais, écouto-moi, mon ami; écoutemoi, mon maitre, mon bi«i-aimé.,.. écoutemoi un seul instant,... prends pitié de la pauvre femme que tu as vaincue, qui ne peut plus se défendre, qui ne se défend pUis.... sois plus que généreux, Georges, sois bon pour moi»... ne me laisse pas en proie à des i^emords trop amers*. . . laissensK» crme qu*îl peut encore y avoir dans le ciel de l'indulgence pour notre amour.

--^ Que demandez-vous, Marie, hélas? voulez-vous me disputer une fiélicité que cette nuit m'offre pour la premi^ et peut-être pour la dernière fois?

— Non, je ne te dispute rien; non, Georges, je suis toute à toi, rien qu'à toi ; prends-moî, brise-moi comme un roseau, je suis ten esclave. Je ne voulais pas me livrer à ton amour, mon bieaohaimé, parce que je désirais pouvoir encore prier pour nous deux ; je voulais que nous pussions nous quitter sans remords et

UNE HlVas HBVKB1I8B. 240

îvoîr sans rougir : tu ne le veux pas , 1 ! me yoilà, jMrends-moî, je t'aime; que laisses des larmes ou la paix du cœur, énirai, mon Georges, j'accepte des ane souffrance pour te yoir heureux une dans ta vie.

ie s'était relevée, son beau corps se I vers Georges de Minville, comme un arbre plié par l'orage : un tremblement Isif agita tous ses membres et ses dents ^choquèrent. Elle demeura sans voix.

Reviens à toi, ma bien-aimée Marie, ne le pas, calme tes nerfs agités; dis-moi un m de ces mots d'amour que tu me disais Fheure ; ne crains plus l'emportement ;s désirs, je te respecterai, .je serai ton ton frère ; cette nuit ne restera point ta mémoire, comme une nuit funeste, la nuit pendant laquelle tu m'as avoué ien je t'étais cher, ne te sera point une 'atale; je ne te laisserai point de remords tout le bonheur que tu m'as donné.

950 «111 HEUBE HBQUUn.

— Je suis prèle, moD ami, à te faire tous ks sacrifiées que tu voudras. •...; me voilà dans tes bras.... je ne regretterai rien, si je puis adoucir une seule de tes souffrances.... me veux-tu ? je suis à toi.

Les deux bras de Marie vinrent entourer le cou de Georges , sa pure haleine effleura doucement son visage ; alors , il se sentit prêt à succomber, un moment de douloureuse hésitation suspendit toutes ses facultés , mais une pensée généreuse l'emporta dans son cceur.

— Marie , dit-il , . en l'asseyant devant lui sur le banc de gazon , pense toujours à cette nuit d'ivresse sans nom ; pense toujours que je n'ai pas voulu te devoir à un moment de pitié, à l'entrainement d'un amour longtemps comprimé ; quand tu songeras à moi , songe aussi que j*ai fait plus que t'aimer, que je t'ai respectée, que je t'ai laissé toute ta pudeur, pour ne pas te donner une seule peine dans la vie. Je veux , mon amour bien-aimée , que

VUE HKUBE HBVBEUSS. 251

»es encore prier Dieu et espérer en lui,

d'avoir dit je t'aime ; je veux que tu

joindre mon nom au tien dans tes

et que tu n'aies point à rougir

ton mari... Si Dieu le permettait j atu viendrais un jour dans mes bras , : honorée. Jusque-là , mon amie , sois terrestre qui me protège de sa vertu ! aintenant, tu peux me presser sans : sur ton cœur, tu peux te reposer heuîutre mes bras.

îe s'y précipita.

«îerci , merci , Georges, tu me veux veret respectée, tu es bon, tu es génctoi , toi seul es ma vertu, tu me relèves, défends, car je n'avais plus de forces, vaincue ; oui , mon bien-aimé, moi, j'ai upable, mais toi, tu es vraiment digne t mon amour, tu n'as pas voulu me laiss larmes amères à pleurer après ton détu es noble, bien noble, mon Georges , jamais, tu as tout pouvoir sur moi;

259 um MuiB ■nnuim.

écoute, je mê ta femne, eatends-to, U femme : je ne serai qu'à toi, à toi seul; ks droits que M. de Bandrimout pooYait avoir smr moi sont à jamais détroits.

— Toutes tes paroles, Marie, soot dooces et bonnes à mon cœur ; oui, tu es ma femme, et j'accepte cette promesse de fidélité que Ui viens de me faire ; je suis jalon, ma femme aimée ; si un autre h«nme avait des droite sur toi , si tu en reconnaissais Fempire, je ne

vivrais pas un seul jour jo n'aurais qali

mourir.

— Tu vivras, dier, cher aimé 6 mon

Dieu ! voilà le jour, voilà ses premières lueurs, il me semble que tout se réveille ; comment vas-tu faire, Georges, pour sortir de Paris, si tu attendais à la nuit prochaine?

— Gela n'est pas possible, Marie, ce retard serait dangereux pour mon honneur..... et

pour le tien Sois sans crainte, mon teo*

dre amour, sous le déguisement qui me couvre je n'ai rien à redouter ; viens encore une

VIIB HIOKB llUKIUflB. S53

dire que tu m'aimes , Tiens que je te sur mon ccenr.

[on ami, répondit Marie, me voilà :

maintenant que tu as deux existences idre , la tienne et la mienne ; pense à ta Marie, entends-tu , to Marie ; tu es essé..... je n'aurai pas une minute de illité jusqu'à ce que je sache tout fini :

maudite émeute, quelle abominable

[e la maudis pas trop, cette émeute, elle

fait nous retrourerl... Adieu, Marie,

rte avec moi la certitude de ton amour

>uvenir d'une nuit de bonheur pur, qui

coûtera pas une larme.

gtemps ils se tinrent serrés dans les

\m de l'autre, ils ne pouvaient se sépa-

t cependant le jour grandissait et de

part on entendait les bruits du ma*

ifin Marie se dégagea de l'étreinte de

3S : Fuis bien vite , mon ami , lui dit-

'oilàle soleil qui se lève, fuis mais

254 VNK HBtEl HBUftSUSE.

laisse -moi voir d*abord si tout est tranquille.

Alors elle ouvrit la porte du jardin, et après avoir examiné de tous cAtés avec une inquiète attention : Viens, viens, il n'y a personne dans cette rue ; adieu encore une fois. Oh ! adieu, murmura-t^lle avec des pleurs, la tète appuyée sur l'épaule de Georges.

— Adieu ! Marie, ne pleure pas , je ne sais quelle assurance secrète me dit que nous nous reverrons.

Et ils se séparèrent; la porte du jardin se referma. Marie écouta d'abord le bruit des pas de son amant qui s^éloignait de plus en plus , puis ce bruit se perdit peu à peu et elle écouta encore ; mais il n'y eut plus d'autre rumeur dans l'air que celle des oiseaux qui chantaient sur les branches élevées des arbres, à la venue du soleil levant; alors elle regagna sa chambre , oii sa première pensée fut de rendre grâces à Dieu et de le prierpour Georges.

Un 00iinet.

Aves-vona In cerUln petit loniict.

Sur la fiàvre qui tient la princesse Uraoie ?

HouiiB.

IX ans après leg scènes qui vienoent d*étre ;es , le nouveau gouvernement par leaivaift été remplacée la royauté de Ghar- , subissait à son tour les dernières crises révolution comprimée. La mitraille et ûUade ébranlaient encore une fois les es maisons de Paris : mais la population t accoutumée à ces batailles delà rue ; le

358 UN SONHET.

procès des ministres , le pillj^e de Tarchevéché Tavaieiit aguerri ; le choléra exerçait lui aussi de cruels ravies , chaque jour des tombereaux chargés de morts emportaient vers les cimetières béants des corps à peine ensevelis.

Paris , en 183â , avait un aspect triste et morne, presque désert, dont les âmes les plus courageuses restaient assombries* Les prome-' nades demeuraient sans promeneurs, les spectacles sans spectateurs , et le bruit des voitures semblait considérablement dimiimé.; . Une terreur invincible s'était répandue dans toute la ville, puis au fléau asiatique, s'étaient joints les cruels mttti df Fignoralioe. Le peuple croyant découvris «n-rvaste eon^' plot d'empoisonnement dans l^Mttl'doafrJI souffrait, massacrait sans pitiéfi|Mis •ceux qu'une inepte fureur lui désignait comme coupables de ce crime. Enfin Paris semblait à cette époque être arrivé au terme de sa longue existence : la barbarie siégeait au milieu

on soNiiBT. S50

murailles , sur ses places publiques ; mmes et la peste s'entendaient pour dé- , et dans quelques quartiers, on montrait oigpnant d'un lieu si fatal, des maisons es dépeuplées par la peste et l'émeute, milieu de toute cette population irap- I stupeur ou furieuse, le faubourg Saintlin, il faut le dire à sa louange, conune attitude noble et calme ; il semblait pour un instant réveillé de sa torpeur, repris quelques-unes des grandes vertus

pères.

183â, le faubourg Saint-Germain ten-

main au peuple de la révolution de

il oublia tout ce qui s'était passé, et at la terreur du choléra, qui faisait 1er ces hommes farouches, il alla les *ir jusque» dans les cases infectes de emeure : il leur donna non-seulement ', mais encore il leur donna ses soins, illes, colkime un ami les donnerait pour ni laalade.' ./ • « • . • *

260 OH 80MIIBT.

Cependavt, ne pouvant abandonner, même dans des drconstanees aussi graves, ses habitudes frivoles, ne pouvant entièrement renoncer à sa vie futile ; le fisiubourg Saint-Germain se réunissait encore au milieu de cette désolation, dans des soirées de petii eontiii. U n'y était point £sdt de musique, il n'y était pas question de danser, mais de causeries et de lectures ; la littérature de salon {«it ûiveur à cette époque.

La vicomtesse de Baudrimont habitait toujours avec son oncle, le marquis de Pdlril, leur h^tel de la rue de Y arennes ; mais Fintérieur de cette famille ne ressemblait plus à ce qu'il avait été jadis. Depuis la révdutioo de 1880, la dispersion de tout ce qui avait été attaché à la cour de Charles X, la retï*aite de quelques personnes dans leurs tores et quelques légers dissentiments d'ofÂnion, s'étaient opposés à la réorganisation bieo complète d'une société royaliste; d'ailleurs la société du petit château n'existait plus, le

uii foimiT. 961

is de Pcdyil ne recevait aucune visite, 3UX fois il avait été en Angleterre pour 31 cour aux augustes exilés, et le reste ips il se tenait dans la solitude de son >u dans celle du château de Logeré, t pour compagne que sa nièce, dont les !t la conversation dissipaient quelquetristesse de vieillard, et semblaient le T à des espérances qu'il craignait de ne ir réaliser.

(rince de Fiennes avait quitté la France, i la fortune ou Finfortune de là branlée des Bourbons.

omte de Baudrimont valait de se rallier ivemement existant, il allait à la nouour, aussi s'abstenait-il de visiter trop mment le marquis de Polvil. Quant au :e de Baudrimont, son temps se partacomme à l'ordinaire, entre les folies et sipations que l'imagination du marquis :euil et la sienne savaient inventer et 3 en relief.

S62 vif SORIIBT.

Georges de Minyiile n'avait point répara depuis la fameuse soirée du â9 juillet 18S0. Des lettres de lui étaient parvenues à la vicomtesse de Baudrimont; ces lettres fort ooa^ tes et fort entortillées de style, annonçaient des voyages sur lesquels il ne s'expliquait pas, et l'embarras visible de ces lettres laissait entendre qu'il lui était nécessaire d'user de la plus grande réserve dans toutes ses correspondances. A l'arrivée de S. A. R. Madame, en Vendée, les lettres de Georges cessèrent tout à coup. Alors il fut certain pour Marie que Georges accompagnait cette princesse dans sa chevaleresque expédition.

Toutes les terreurs, toutes les craintes qui en 1880 ont pendant trois jours rongé son cœur, viennent de nouveau assaillir la pauvre jeune vicomtesse de Baudrimont, qui, cette fois, n'a plus ni amis, ni soutien, qui, cette fois, dernière consolation d'un vieillard, est obligée de trouver en son Ame de la force pour deux souffrances, des consolations pour

Div soiffiST. 963

»uleur étrangère à celle qui la brise ; îtte fois, craint tout ensemble et d'i-

les malheurs qui peuvent accabler ;s, et d'en attirer de nouveaux sur lui, inant par ses questions indiscrètes, la ssance de sa participation à la guerre Vendée.

uis la nuit du â9 juillet, Marie a sans pensé à tous les événements de cette on amour pour Georges s'en est encore nté ; maintenant elle éprouve un sentile vénération et de reconnaissance, qui t à toute l'affection qu'il lui inspirait D'est lui, lui seul auquel elle doit de ' point succombé, de n'avoir point à

de cet amour qui fait la joie de son lui a eu pitié de sa faiblesse, de son , de son entraînement, il a respecté la

qui se livrait , il l'a relevée dans ses our la déposer sainte et sacrée en face , et pour l'adorer comme un ange de

964 UH 80!f(fST.

Marie a senti sur ses lèyres les lènes de son amant; elle a gardé l'impression de leurs baisers ; elle a presque entrevu entre ses iHras l'instant doux et fatal des inefiEEibles Voluptés; elle s'est avouée vaincue ; et cette conscience de sa défaite , elle en éprouve encore l'empire ; elle sent que si de nouveau Georges apparaissait, il serait de nouveau maître nonseulement de son cœur, mais de tonte sa personne. La solitude et la tristesse de sa vie actuelle nourrissent son amour, lui laissent creuser de profonds sUlons dans son âme, et lui donnent une habitude de rêveries mélancoliques et d'espérances impossibles. Ainsi ses journées se passent à prodiguer à son oncle les soins et l'affection d'une fille ; puis, quand elle se trouve seule , à demeurer des heures , et presque des nuits, entières , dans des rêveries de passé et d'avenir.

Très-rarement Marie sortait le soir, à moins que le marquis de Polvil ne passât sa soirée de son c6té chez quelque vieil ami , ou qu'il

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rouvàt en voyage. Depuis deux longs ersonne n'avait rencontré la vicomtesse drimont, quand arriva le 1*" juin 18S2. orait si elle était morte ou vivante, ut toujours écrire à ses amis, par un comme oelui*ci, à monsieur, etc., s'il :ore vivant : disait M« de Jumiéges, que îaires avaient momentanément appelé s ; on ne sait si Ton doit déposer des aux cimetières de Paris, ou chez les rs de ses connaissances.

1°" juin 188â, une réunion très-modeste ieu, malgré le choléra, chez la comtesse )ntagny; quelques intimes seulement t invités, tous pris parmi les purê^ les urs du faubourg Saint-Germain. On dentendre les poèmes d'un jeune et noble r du très-noble faubourg, puis une ode guerre de la Vendée, et un dithyrambe toléra. La mode des soirées littéraires lençait à poindre ; chaque cercle avait )ëtes et ses prosateurs ; et quelques in-

m1^ dk vbrdun. 23 '

306 UN SORIIBT.

vitations, au lieu de se terminer par, il y aura un violon, formule obligée des billets de bal, laissaient voir en toutes lettres, il y aura un poêle* La comtesse de Montagny passait pour la femme la mieux fournie en célébrités littéraires ; chez elle on rencontrait toujours de nouveaux Pindareê fraîchement débarqués de leurs provinces, et qui venaient à Paris faire résonner lee cordes harmonieuses de leur$ lyres, attirés par la consommation de poètes et de poésie, dont Paris avait besoin pour son usage journalier. On voyait encore chez la comtesse de Montagny des femmes d*un âge plus que mûr, qui, un beau matin, s*étaieDt réveillées atteintes de poésie, et des jeunes filles inspirées qui chantaient modestement Sapho devant un auditoire de .cinquante pe^ sonnes.

La soirée de la comtesse de Montagny n'avait point été annoncée par des invitations, mais cette précieuse maîtresse de maison s'était donné la peine de s'assurer par eUe-méme

Blf SOUMET. 207

aclitude de tous ses invités, et la vi- >se de BaudrimoDt se trouvait de ce e.

ne faites pas faux-bon, au moins, ma belle, je n'ai que des fidèles, car nous > un peu séditieux. J'ai fait garnir mesdu Japon de touffes de lis , et le pore Henri V sera inauguré à la place de ie ma grand'mère , que je transporte i chambre du précepteur de mon fils. Ma est une soirée de littérature royaliste ; K compter sur vous.

ie ne put se défendre contre les instan- : madame de Montagny; elle lui promit le ne pas manquer à sa réunion monar- 3 et poétique, et dix heures venues elle mina vers cette eonspiratian d'un monde et privilégié , contre l'ordre de choses ■

ind elle arriva, le salon était déjà prèsempli , et la comtesse de Montagny se El obligée de faire ouvrir un second salon,

268 vn «otiiiBT.

tout en protestant qu'elle était désolée dé donner à sa réunion àiintimes les apparences d'une grande soirée.

Cette, société intime portait dans ses yétements des démonstrations certaines de ses opinions légitimistes ; les femmes ayaient des ceintures vertes sur des robes blanches , ks hommes des habits verts à boutons d'argent. Les chefs de la jeunesse se distinguaient par des boutons fleurdelisés; d'énormes touffes de lis , ainsi que l'avait annoncé la comtesse de Montagny, garnissaient de grands vases du Japon , et le portrait de Henri V, appendu dans l'endroit le plus en vue du salon, attirait les observations de tous les connaisseurs en peinture, et dequelques vieux gentilshommes, qui cherchaient auquel de son père ou de sa mère il ressemblait le plus*

La séance littéraire n'avait point encore été ouverte. Le poëte qui devait chanter le choléra n'arrivait point, et le programme de la soirée portait qu'immédiatement après une

vif soNifST. 269

ode au jeune ro> exilé, on entendrait le dithyrambe au choléra , qu*on assurait d'une vigueur de poésie peu commune. L*auteur de ce dithyrambe n'a pas une réputation faite , allait disant à chacun la comtesse de Monta» gny, mais je crois qu'il laissera bien loin derrière lui, quand il sera connu, et Lamartine, et Victor Hugo, et tous les autres poëtes modernes. Il possède une originalité que je n'ai vue qu'à lui ; ses images poétiques sont inattendues cft toujours nouvelles.

— Gomment nommez-vous ce prodige, madame? demanda M. de Balandry.

— Vous le connaissez à merveille , vous , monsieur dé Balandry; mon poëte est tout bonnement le petit de Sapide.

— Gustave de Sapide ! cela n'est pas possible!

— Rien n'est plus véritable, je vous l'assure, vous serez étonné de son talent.

— Si talent il y a, je vous réponds que mon

étonnement sera grand, madame; j'avais tou- 2 23.

270 un SOIfllET.

jours pensé que Gustave de Sapide était quelqu'un de ces vieux suîtansk odeurs, retrouvés dans Farrière-boutique d'un parfumeur de la rue Saint-Denis, sa parole est pommadée, son regard est musqué et tous ses mouvements sont empreints d'une mignarde nonchalance. . . Enfin, madame, votre poète m'a toujours produit l'effet d'un flacon d'eau de Portugal mal bouché.

— Vous êtes plus méchant ce soir qu'à ^o^ dinaire, monsieur de Balandry; allons, ne dites pas de mal de mon petit poète ; je vous assure qu'il a écrit de fort belles choses , et puis il a d'excellentes opinions.

— Oh ! s*il a d'excellentes opinions , cela répond à tout; je le déclare grandissime poète Racinien, Byronnien, Lamartinien, Hugotien, comme il vous plaira enfin.

— Vous voilà tout à fait en moquerie , ce n'est pas bien; tenez, mon poète arrive, nous allons commencer, soyez indulgente Me le promettez-vous ?

UN SONNET. Î7t

— Je demanderai bis après chaque mor* eeau, si vous voulez.

•— Il n'est pas besoin de ce soin , écoutez , voUà tout.

Le comte de Balandry apercevant dans le coin le plus retiré de cette salle académique la vicomtesse de Baudrimont, fut se placer derrière elle sur une chaise vacante, pour avoir le plaisir de lui faire part de toutes les petites méchancetés que lui inspirait la soirée de madame de Montagny.

— Me permettez-vous, lui dit-il, en approchant sa chaise de son fauteuil , de venir me ranger près de vous pour être à même d'entendre vos observations sur la poésie que nous allons écouter.

— Mes observations , répondit en souriant madame de Baudrimont, je crois que vous vous moquez de moi, monsieur de Balandry; je crains d'être compromise par les mauvais propos que vous allez tenir.

— Et pourrai-je vous demander, madame>

972 un so!iiiET.

pourquoi voUs me supposez des intentions si malveillantes à Fégard des poètes ici rassemblés?

— Pourquoi, monsieur de Balandry? mais s'il fautTousparler franchement^ je tous dirai que ces poètes me paraissent fort peu poètes, et que je ne tous crois pas attiré à cette réunion par Totre amour de la littérature*

— Puisque les diseurs de vers que nous dcTons subir ne tous paraissent pas poètes, seriez-Tous assez bonne pour me dire parmi quelle espèce de gens tous les classez?

— Us sont pour moi, monsieur de Balandrjr, comme des signes certains de décadence, si ce n'est de Fart poétique, tout au moins du bon goût de la société. Ce patronnage littéraire que Teut s'attribuer le grand monde , me parait bien misérable, exercé de la sorte.

— Nous en sommes arriTés, madame, à perfectionner l'arithmétique, nous Élisons des additions de zéros, aTec une merreilleuse fa« cîlité. Mais écoutons, la séance est ooTerte.

tif SONNET. 973

— Comment nommez-vous le génie qui s'apprête à chanter ?

— Ce génie se nomme M. des Palumbes ; il chante ordinairement les forêts vierges, leur magnificence et les serpents du désert et ses animaux anH'diluvienê; c'est du reste un assez bon jeune homme, qui fait son cours de droit pour entrer au conseil d'Etat. Le voilà, ma foi, installé devant la cheminée , il s'apprête , il passe la main sur son front , chut ! les écluses de son imagination sont ouvertes, admirons.

Le jeune homme qui ouvrait cette espèce de séance littéraire était un pauvre garçon que ne tourmentait pas du tout la fureur poétique : mais pour être à la mode, il s'était mis à versifier sur toutes sortes de sujets, et son nom inscrit dans plus de deux cents albums avait fini par être connu du faubourg Saint- Germain.

M. des Palumbes, blond, rose, affectant la timidité d'une femme , réussit au delà de ce

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