LE PRÊTRE
la nuit, à se dire mutuellement leur amour,
— Hélas ! ma fille, vous avez été bien coupable; mais vous ne Favez pas été autant que je l'aurais craint : la main de Dieu vous a arrêtée sur le bord de l'abime.
— Oh ! oui, mon père, la main de Dieu et la générosité de Georges, qui n'a pas voulu profiter de ma faiblesse, qui n'a pas voulu me laisser le remords pour souvenir. Car moi, mon père, j'ai été aussi coupable qu'il est possible de l'être; moi, je me donnais à lui, je consentais à tout ; moi , dans ce moment-là , mon père, je me serais damnée pour sauver Georges ou pour lui accorder tout le bonheur qui dépend de moi. Pour Georges, mon père, je le sens, j'aurais renoncé à l'estime du monde, à la paix de mon âme.
— Vous aviez donc oublié, ma pauvre enfant, votre jeunesse si pieuse, et vos devoirs et votre Dieu ?
— J'avais tout oublié, mon père ;- un seul sentiment dominait en moi ; je ne pensais qu'à
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une seule chose au monde, à l'amour que j V vais pour Georges.
— Hélas ! je vous plains ; votre vie a été bien éprouvée. Vous avez été, bien jeune, abandonnée au combat des tentations ; mais vous pouvez tout réparer, mon enfant; Vous pouvez revenir sur un passé qui ne vous laisse point de souillure. Je viens vers vous comme votre père, plus encore que comme votre confesseur ; je viens vous rappeler les engagements sacrés de votre mariage, dont n'ont pu vous délier ni la froideur de votre mari, ni les fautes qu'il a commises. J'ai furomis à votre père mourant de veiller sur votre avenir, ne voyez en moi que son remplaçant, qu'un homme auquel il a donné le droit de vous dire : Ma fille, vous avez été faible, mais l'indulgence de Dieu est sans borne pour les cœurs repentants ; et vous ne me voyez près de vous que pour vous tendre la main et vous aider à vous relever.
— Le puis-je, mon père, répondit Marie,
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quand je me sens encore attachée à ma faute par tous les liens du cœur.
— Oui, vous le pouvez, si vous voulez me laisser vous aider à en avoir la volonté . Écoutezmoi, ma pauvre Marie, de grandes obligations vous sont imposées^ de grands devoirs vous restent à accomplir ; car en vous relevant il faut aussi relever Charles de Baudrimont. Votre c[ualité d'épouse ne peut s'effacer ; le sacrement du mariage que vous avez reçu est un sceau éternel, dont l'empreinte subsistera en vous jusqu'à la consommation des siècles. Gardez l'amitié que vous portez à votre frère d'adoption, au compagnon de votre jeunesse. S'il est malheureux, venez à son secours; compatissez à ses peines morales ; rendez-vous digne, enfin, de le retrouver dans la béatitude éternelle. Mais, pour vivre de cet espoir, savezvous, mon enfant , ce qui vous est imposé, et quand vous le saurez, étes-vous disposée à l'accomplir ?
— Parlez, parlez, mon père. Je vous pro-
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mets de faire toul au inonde pour cet espoir.
— Eh bien ! ma fille, il faut que vous accomplissiez ici-bas les deyoirs des liens que vous avez acceptés.* 11 faut que tous redeveniez épouse, que vous alliez au-devant de votre mari, que vous lui évitiez la honte de tristes aveux, que vous le raj^liez au bien, et que vous vous fassiez en un mot Fange de son salut.
La tét0 de Marie s'inclina sur ses deux mains jointes : une expression de profond désespoir s*imprima sur sa figure, et sa voix murmura comme une plainte :
— Le pourrai-je, 6 mon Dieu !
— Oui, vous le pourrez, ma fiUe, reprit le prêtre. Dieu vous soutiendra dans votre volonté; il aura pitié de vous, et vous donnera le courage dont vous manquez, si vous essayex seulement d'accomplir votre devoir. D'ailleurs je serai à vos côtés, et je prierai avec vous. Oui, mon enfant, je ne vous quitterai pas, nous pariironareniemUe pour le château de Logeré.