AU CHATEAU. DS L06BRÉ
gendarmes surTeilIent à une demi-lieue plus loin, ^ quand la nuit sera venue, nous traverserons à la nage en face de Logeré. Faut-il avoir du malheur^ être obligé de fuir devant les rouges, tout ça ne va pas^ monsieur; j' n'aime pas les ordres et les contre- ordres, on nous a dit de nous armer, puis on nous a dit de ne plus nous armer, ça a mal fait, voyezvous; vous n'avez eu personne, nous n*étions pas quinze gars de notre paroisse, et nous devions être plus de cent. Aussi nous nous cachons maintenant, mais à qui la faute?
— *- La faute la faute murmura Georges, je sais mieux quç toi d'où elle provient, Kergoul; connais-tu Paris ?
— La ville qui a fait les révolutions? oui, monsieur, j*en ai entendu parler.
— Ëh bien, c'est Paris qui nous fait notre
mauvais succès, nos amis.
— Chut , monsieur, on marche tout près d*ici.
Georges et Kergoul se turent, la pluie tom- 2 * 27
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hsât par torrents, le tiMinerre grondait an loin, et la nnit approchait de plus en pins, cependant, avant qu'elle fàt tout à fait renne. Forage se calma , et les derniers rayons dn soleil couchant dorèrent de reflets de pourpre les toitures mouillées du chàteaa de Logeré.
Du lieu où ils étaient cachés , Georges el Kergoul apercevaient une partie de la façade de cette habitation qui s'échappait des masses de verdures qui Tenvironnaient de tous côtés, pour venir mouiller le pied de ses tours dans la Loire ; une de ces tours surtout semblait aux derniers rayons 4u soleil, une blandie baigneuse descendant des gazons du rivage, le lierre Fentourait, la serrait de ses branchages épais, et découpait ses flancs en mille broderies, une seule fenêtre dessinait son ogive fleuronnée dans la pierre de ses nuirailles.
Les ombres du soir s'étendaient de plus en plus sur la campagne, quand à travers cette
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demi -obscurité, qui n'est pas la nuit et qui garde encore quelques souvenirs du jour, Georges crut apercevoir une figure de femme à la fenêtre de la tourelle, bientôt son incertitude devint une réalité : il n'en peut plus douter, c'est Marie elle-même , Marie plaçant quelques vases de fleurs sur le bord de son balcon.
Depuis deux ans il ne l'a pas vue, depuis la nuit du 29 juillet 1830, il lui a bien écrit, mais il n'a reçu d'elle aucune réponse ; les fréquents voyages qu'il a faits , la nature de ses occupations exigeant presque impérieusement qu'il demeurât inconnu , il n'a osé se faire adresser de lettre nulle part, et maintenant le voilà cherchant de nouveau les dangers d'une lutte disproportionnée , proscrit , poursuivi par des soldats, et chassé de repaire en repaire comme une béte féroce. Peut-être ne reverra-t-il jamais Marie , la seule affec* tion , le seul amour de son existence , peutêtre la mort l'attend -elle au coin de la