‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 7 sur 47 · UNE PROHSITADB LE SOIR · texte numérisé non relu

UNE PROHSITADB LE SOIR

contre son cœur le bras de Marie; mais, comme il sentît qu'une légère résistance lui était opposée, il craignit d'avoir offensé la délicate pudeur de vierge de celle qu'il aimait de son premier amour; alors son bras se détendit et cessa de retenir prisonnier le bras auquel il servait d'appui.

Par un instinct de crainte dont eUe ne se rendait pas compte, Marie, s'enveloppant dans son schall, s'éloigna d'un pas et s'arrêta.

Mais Georges, non moins tremblant, se rapprocha d'elle, et lui dit d'un sonde voix doux, triste et tout à la fois empreint d'un reproche douloureux :

— Pourquoi, Marie?

Et son regard la fixait, et malgré elle Marie releva ses beaux yeux vers Georges, et, tremblante et vaincue , elle revint reprendre son bras, dont elle ne chercha plus à fuir la douce pression.

Pendant tout le reste de la promenade ils

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échangèrent peu de paroles ; mais conune ils regagnaient la yiUe : •

— Pensez-vous, Marie, murmura Georges, qu'il me va falloir vous quitter pour bien longtemps , peut-être pour des années ; quand je TOUS retrouverai n'aurez-vous pas mis en oubli Fami qui vous parle en ce moment?

Marie de Verdun ne répondit par aucune parole , ses lèvres ne laissèrent échapper aucun son ; seulement ses deux mains se croisèrent sur le bras de Georges de Minville, qu'elles serrèrent vivement; ses yeux eurent un de ces regards que les fenunes savent rendre cent fois plus éloquent que ne peuvent le faire les hommes, et tout fut dit entre eux.

U^oertcB.

Dans les maux violents, la nature se rrcueille tont entière, le cœnr se munit de toute sa constance i on sent beaucoup moins à force de trop sentir; et si l'on souffre beaucoup, on a toujours la consolation d'espérer qu'on ne souffrira pas longtemps.

FucBiia.

Quand Marie de V«rdan se fut retirée en sa chambre pour goûter le repos de la nuit, elle se trouva dans un tel état d'agitation, qu'elle ne pensa point à se coucher. Elle s'assit en face de sa fenêtre ouverte, dans un vieil et immense fauteuil, ah elle resta une partie de la nuit, s'abandonnant à ses rêveries. Les

Idd RÈVB1IB8.

yeux à demi fermés j elle laissait sa pensée parcourir les faits accomplis du passé et se lancer dans les idéalités de l'avenir. Cet avenîr, elle le formait à son gré , elle le revêtait des plus riantes couleurs que pût lui fournir sa jeune imagination. La vie lui souriait et s'annonçait sereine , pure et pleine de charmes, comme la belle nuit dont Tinfluence mystérieuse agissait ainsi sur son esprit.

C'est surtout à l'âge qu'avait alors Marie de Verdun que la vie se présente couronnée de fleurs , environnée de riantes espérances , les soucis et les peines sont encore inconnus, le cœur s*agite et s'émeut pour aimer, on croit au bonheur, on ne veut, on ne peut douter de sa rencontre prochaine. A cet Âge , l'âme entière est un foyer de poésie qui ne s'éteint plus tard que sous les atteintes du malheur, dont il colore les premiers coups d'un charme mélancolique.

A cet àgè le bonheur n'a point d'e]q>ansions folles, de joies bruyantes , il ne s'annonce ni

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par des chante de fête, ni |>ar de joyeux sourires, mais il se retire à Técart, loin du bruit, loin de la foule ; il se réveille la nuit, quand tout est endormi , quand tout bruit de vie a cessé , pour se recueillir , pour grandir et se sentir croître ; il veut être seul à vivre, à respirer, il veut les solennités des belles nuits pour les mystérieux enivrements dont il emplit les jeunes âmes.

A cet âge le bonheur c'est Tespérance , et Tespérance est l'infini.

La réalité qui use et les désirs qui rongent s<>Qt ignorés de cette première félicité que comialt seule la jeunesse inexpériente, elle li'ose rien souhaiter ; pour elle , l'attente de Timprévu a des charmes puissants et de voluptueuses rêveries. Pour elle ravenii est un de ces contes brillante et magiques de TOrient dont on berça son en&nce.

Ainsi Marie de Verdun, étendue, rêveuse en son fauteuil, se laissait aller aux délicieuses impressions qu'elle avait conservées de sa

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conversation et de sa promenade. Elle se demandait avec une sorte d'étonnement inquiet, quelle était donc la nature du nouveau sentiment dont son âme se trouvait envahie , et dont sa tranquillité se laissait troubler. Elle se demandait pourquoi son cœur était agité de battements violents, pourquoi son bras gardait encore comme un frisson, tantôt glacial, tantôt brûlant, la pression du bras de Georges. Puis elle restait quelquefois sans pensées, comme sommeillant à moitié.

Dans d'autres instants cette jeune fille au cœur vierge, comme celui d'Eve à sa création, se prenait à rougir en murmurant tout bas le nom de Georges ; ce nom était pour elle le représentant d'une pensée qui la dominait, sans qu'elle pût encore la définir. Enfin , vaincue ou plutôt surprise par le sommeil, ses idées, ses pensées , ses rêveries devinrent plus confuses, ses yeux essayèrent deux ou trois fois de soulever leurs paupières; la vue s'éteignit, les bras tombèrent mollement, Marie

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demeura devant sa fenêtre exposée à Tair frais de la nuit.

Elle était belle, dans sa beauté décolorée par les reflets de la lune; elle était belle, cherchant, par un instinct de pudeur qui semblait veiller en elle, quand tous les autres instincts, tous les autres sentiments se trouvaient anéantis, à s'envelopper, à cacher les trésors inconnus de sa jeune beauté aux souffles même de la brise.

Ses longs cheveux châtains s'étaient dénoués et flottaient épars sur son cou, le vent les soulevait queliquefois en passant, et les mêlait sur son. front et sur ses épaules. Derrière le fauteuil, sur lequel reposait Marie de Verdun, on apercevait dans Fombre la lumière d'une lampe qui brûlait au fond d*une sorte de petit sanctuaire formé par un assez grand enfoncement de la muraille, et qui éclairait d'une faible lueur une vierge d'albâtre placée entre deux vases de fleurs. Un prie-Dieu de bois blanc meublait aussi cet enfoncement.

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et au-dessus de ce prie-Dieu étaient accrochés une gravulre du Christ sur la croix et un bénitier.

De cet oratoire de jeune fille s*exhalaiettt les saints parfums de Tinnocence; il s'y respirait on ne saurait dire quelle suave odeur de délicatesse et de pureté féminines, tout jetait soigneusement propre et rangé, et malgré la simplicité et la vétusté des meubles, Tensemble avait un air élégant et de bon goût.

Quand les premières lumières du matin apparurent à l'horizon, le vent frais et le chant des coqs, qui s'appelaient de toutes parts, réveillèrent Marie de son sommeil et de ses songes ; d'abord elle eut quelque peine à comprendre pourquoi elle se trouvait en un fauteuil au lieu de reposer tranquillement dans son lit ; elle se sentit brisée de fatigues, et ses idées, ses pensées, et jusqu'à son regard, flottaient encore dans le vague de l'incertitude; elle voulut aller vers son lit , qu'un besoin invincible de repos lui faisait ardemment sou-

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baîter; mais, en passant devant son petit oratoire, il lui revint tout à coup en la pensée qu'elle n'y avait pas fait avant de s'endonnir sa prière accoutumée. Son ceeur se le reprocha comme une faute ; elle tomba à genoux, toute sa fatigue et son sommeil s'évanouirent, pour faire place au recueillement de la prière, à l'exaltation d'une foi parvenue en son àme au degré de passion.

Ce fut avec une émotion profonde qu'elle prononça agenouillée devant le Christ le nom de Georges, elle demanda à Dieu son bonheur et la paix de son Àme, elle demanda de trouver toujours en lui un frère, un protecteur. Sa prière fut plus longue qu'elle ne Tétait habituellement, et quand ses lèvres n'eurent phis de paroles, cpiand son cœur eut tout dit, tout révélé, elle inclina sa tête sur ses mains jointes, et resta encore quelques instants dans une méditation rêveuse.

Le soleil, cependant, commençait à dorer les cimes des arbres, le ciel se colorait, une

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certaine fraîcheur balsamique se répandait sur la terre, et Marie, en se relevant des marches de son prie-Dieu, s'approcha de sa fenêtre ; sa poitrine, échauffée par toute l'agitation et la fatigue de la nuit, aspira à longs traits les bouffées d'air qui se jouaient autour des fleurs dont son balcon était orné ; elle jouit quelques instants du spectacle de ce réveil de la création ; puis enfin, plus calme, elle regagna son lit, où la lassitude morale et physique la plongea dans un sonmieil profond*

Cette nuit passée sans repos, cette soirée qui l'avait précédée, pleine d'agitations, tout cela annonçait l'éveil des passions dans la jeune âme de Marie ; cette soirée et cette nuit venaient de faire résonner une mélodie dont cette âme se montrerait de plus en plus avide, dont chaque soir elle chercherait de plus en plus à s'enivrer.

Il arrive un moment où l'hAte immortel , que l'on nomme amour et que peu de gens connaissent, vient habiter le cœur de ses élus;

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ceux qu'il choisit ainsi dans le vaste troupeau des honunes, il les visite de bonne heure, il descend peu à peu dans leur àme, et ceux-là ont pour toute la vie des félicités et des peines inconnues à la foule.

0 combien tressaille un cœur à rapproche de cette passion de Famour, qui s'empare de toute la vie qu'il renferme, pour la régénérer ou la détruire ! Il semble prévoir , par une sorte d'instinct douloureux, les épines futures de sa couronne, même à travers les joies immenses dont il sent déjà Tenivrement.

C'est d'abord comme une douce et suave musique, sans motif bien distinct, dont l'harmonie vous saisit, vous enlace, vous oppresse, vous fait vous avouer vaincu ; puis cette musique se dessine plus largement, elle vous pénètre comme ces lames de feu que les prophètes placent aux mains des archanges, elle vous brûle, Vous agite, et par toutes les voix de ses instruments, par toutes les puissances de son magnétisme , elle fait retentir à vos

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oreillea cette parole tout à la fois terrible et douce :

Je suis désormais ton hôte invisible, c*est moi que désormais tu porteras en toi, comme fardeau de bonheur ou de malheur, jusqu'au jour de ta mort ; c'est moi, mon glorieux esclave, qui suis Tamour véritable.

Mais, hélas ! combien est peu commun sur cette terre cet amour véritable, dont l'ange visite si rarement nos villes; l'amour véritable est un pur encens brûlé devant Dieu; l'amour véritable a des paroles de prières qui savent trouver le chemin des miséricordes ; l'amour véritable est une consécration et un sacrement dont les promesses ne peuvent se violer impunément*

Marie venait d'éprouver les premières atteintes inquiètes de cet amour, elle venait de soufirirsa première agitation, ses premières langueurs; mais l'ange de cet amour ne lui était point encore apparu, et se penchant vers son oreille ne lui avait pas encore dit son nom.

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Elle était troublée, son sang s'agitait plus chaud en ses veines , son sommeil s'emplissait de visions bizarres, de songes nouveaux. La prière qu'elle faisait amenait toujours un même nom joint au sien dans ses intercessions. Enfin elle aimait déjà, sans comprendre la portée de son amour, et elle s'abandonnait sans crainte à l'attrait de cet amour, parce qu'il se présentait à elle sous les simples apparences d'une amitié pour ainsi dire fraternelle.

Le nom d'amour donné au sentiment qu'elle éprouvait l'eût effrayée, et son âme, tendre et religieuse , aurait alors cherché dans les secours religieux, que son ardente foi lui eût offerts, un remède à ses tribulations. Bien loin de ces craintes et de ces angoisses , la prière lui donnait ce bonheur pieux de parler devant la croix du Sauveur les paroles de deux intercessions, de prononcer chaque jour, dans le recueillement de son oraison, le nom gravé

dans son cœur.

ISO RÈVBRISS.

Les 80iiyenirs d*amour les plus doux à la mémoire sont peut-être ceux qui se rattachent au temps où Ton aimait déjà, sans le savmr , sans se Tétre avou^, sans avoir sondé^ son cœur.

Mùxcl)t in Umfs.

Oh! pourquoi n'al-je pas de mère ?

A. Soumit.

Quelques jours après cette soirée du 10 juin, qui deyait laisser de profonds souvenirs dans le cœur de Marie et dans celui de Georges, eut lieu Fentrée de ce dernier à l'école militaire; ce fut une matinée bien triste que celle qui vit la séparation de ces deux enfants, dont jusque-là les deux existences n'avaient point été désunies, dont jusque-là peines , plaisirs,

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études, tout avait été commun ; Marie pleura amèrement en recevant de son compagnon de jeunesse le triste baiser d'adieu.

Aussi longtemps que ses yeux purent apercevoir la voiture qui emportait la moitié de son existence, aussi longtemps que ses oreilles purent entendre le bruit des roues sur le pave du chemin , elle demeura immobile et attentive, le corps penché sur le fer du balcon de sa fenêtre ; mais quand la poussière soulevée par les chevaux se fut peu à peu dissipée, quand le vent n'apporta plus aucun bruit, quand enfin il n'y eut plus même dans Tair ou sur la route aucune trace, aucun souvenir des voyageurs, alors la douleur de Marie éclata dans toute son amertume.

La maison de la rue Saint-Louis paraissait éprouver au même degré le chagrin que ressentait Marie; cejour-là le chevalier de Verdun sortit de bonne heure, et contre sa coutume habituelle, il se fit longtemps attendre pour dîner ; Marguerite se montra jusqu'au soir

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(fane humeur massacrante. Le dîner fut triste et silencieux, et de bonne heure on alla se coucher.

Le lendemain et les jours qui suivirent, la physionomie sombre et triste de la maison du chevalier de Verdun s'effaça en grande partie, le baron de Minville devint un hôte assidu de son ami, les deux vieillards ne se quittèrent pour ainsi dire plus ; ils supportèrent stoïquement Téloignement de Georges ; tant de chagrins avaient pesé sur çux, qu'ils avaient su se faire à une certaine somme de peines et de contrariétés ; puis , dans leur sage prudence, ils calculaient les avantage» dont pourraient être pour l'avenir de Georges les quelques années qu'il devait passer loin de la maison paternelle.

Marie, dont l'existence avait été jusqu'alors empreinte de cette douce gaieté que donne une jeunesse heureuse, ne trouvant plus près d'elle l'ami, le compagnon près duquel elle épanchait librement ses joies et ses tristesses.

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sentit ramour de la solitude s'emparer de son imagination, on la vit passer des journées entières, assise sous la tonnelle qui se trouvait au bout du jardin de son père , dans une immobilité complète, et regardant, mais sans les voir, les objets qui Tentouraient. Elle vivait par la pensée, par le souvenir, dans ce monde enchanteur et fantastique que la jeunesse se crée en ses rêveries les plus séduisantes, en ces jours où la vie coule à flots précipités dans ses veines.

Ce besoin de solitude et cette méditation perpétuelle de Marie redoublèrent en elle les idées pieuses et presque mystiques dont elle avait fait l'aliment de ses premières années. Non-seulement la prière devint une des satisfactions de ses journées, non - seulement elle y répandit son coeur avec cette sorte d'amour, qui est une part du bonheur des élus; nonseulement elle passa souvent des nuits entières affaissée sur un prie-Dieu, les mains jointes, surprise par le sommeil en murmu-

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rant quelque acte de foi , et réyaoït de ces réres tout remplis des magnificences d'une pensée chrétienne.

Mais encore elle aima, lorsque le jour ye^ naît à baisser, à se rendre à Téglise Saint-Louis^ à choisir le coin le plus obscur et le plus désert de l'église, pour y demeurer en méditation. Le chant des orgues, la voix des prêtres qui chantaient vêpres sur uq mode monoto- Dément solennel, emplissait son âme d'une sorte de douce terreur, dont elle recherchait avec délices l'impression.

Cette jeune fille, à l'àme tendre et exaltée, à l'imagination vive, comprenait par la foi et l'amour divin la magnifîqpie poésie de la reli« gion chrétienne ; le langage de sa forme extérieure avait pour elle un sens moral : ses pompes, ses cérémonies parlaient à son cœur en pensées profondes, comme le faisaient les livres saints. Elle aimait Téglise qpiand le soleil Q*y pénétrait plus, quand les ombres, y gran-

<litsant, i^outaient à la profondeur des nefs, 1 12

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à la hauteur des voûtes , à la sonorité des échos. Elle aimait l'église à cette heure où elle n*est plus éclairée que par les petits cierges brûlant devant les images des saints, où elle nVst plus peuplée que par ces chrétiens à Tàme tendrement mélancolique, ou par des pénitents touchés du remords de leurs fautes, ou par des malheureux implorant la protection divine.

Elle aimait Téglise, non pas tant avec ses joies triomphantes, avec ses hosanna, ses nuages d'encens , ses bannières déployées et les riches vêtements de ses prêtres, brillant sous les rayons du soleil; elle ne l'aimait pas tant ainsi, car Tidée de la grandeur de Dieu lui cachait presque sa bonté, qu'à l'heure où l'encens ne fume plus, les bannières reposent appendues le long des murailles, et les chants de gloire et de magnificence ont cessé pour faire place aux chants de deuil et de lamaitation.

Qu'à l'heure ou la nuit presque venue, les

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douloureuses confessions se murmurent dans romfore des confessionnaux, et la céleste indulgence du pardon y descend toute miséricordieuse sur la tète des coupables. Les malheureux, à cette heure, viennent plus nombreux à Tëglise, car il semble que ce soit l'heure choisie par le Seigneur pour dire à ses apôtres :

Simte parvulaa ventre ad me.

Marie de Verdun aimait cette heure silencieuse; le bruit seul de son pas sur le pavé de Téglise lui causait une sorte de tressaillement, et jamais elle ne revenait chez son père <{ue plus recueillie encore en elle-même , et plus heureuse de ces joies intérieures, secrets bienfaits de Dieu, invisibles pour ceux qui ne les reçoivent point.

La lecture de Marie se composait, en géné- '*!, de livres graves et sérieux ; elle choisis- ^t de préférence ceux qui l'entretenaient ^ans la ferveur de ses idées religieuses, ceux

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OÙ la pensée se colore de la sainte et noble poésie de l'àme sublimement chrétienne de leurs auteurs, qui sans doute avaient reçu l'inspiration pour la transmettre à leurs frères.

Au milieu de tous ces exercices d*une douce piété , Marie ne négligeait point son éducation : l'instruction variée de son père et du baron de Minville était tour à tour mise par elle à contribution ; elle ayait un zèle de travail, un désir de savoir, que rien ne pouvait décourager, ni les difficultés, ni l'aridité des moyens, ni la longueur de l'étude.

Les deux pères, dont elle était devenue la seule occupation, qui concentraient sur elle tous les soins et toutes les tendresses de leur paternité, la voyaient grandir avec un secret orgueil, avec une pensée d'avenir, peut-être la même, mais qu'ils ne s'étaient point encore communiquée.

Georges de temps en temps donnait de ses nouvelles; ses lettres, véritable bonheur pour toute la famille, à laquelle il manquait, étaient

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lues en commun, et relues ensuite par chacun séparément. A la fin de sa première année d'études à l'école militaire, il vint passer un mois de vacances au milieu de ceux dont il était la pensée d'espérance et de consolation; ce temps leur parut à tous bien court , les joQrnées de ce mois s'écoulèrent dans une sorte de fête non interrompue. Marie ayait grandi, s'était développée ; sa figure douce et expressive révélait davantage de jour en jour la bonté de son cœur , et toute la tendresse et toute la chaleureuse exaltation de sa jeune ^e. Son caractère s'était formé; l'enfance avait fait place en elle à la jeunesse et à toutes les séductions qu'elle amène à sa suite. Cependant ses relations avec Georges ne subirent, du moins extérieurement, ni altération, ni transformation, tous deux conservèrent pure cette amitié de leur jeunesse, qui leur avait fait tant d'années si heureuses ; tous deux se retrouvèrent sans embarras, quoique peut-être ce ne fût pas sans une espèce de 1 12.

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trouble, car si leur bouche ne parla point de la forme nouvelle que cette amitié avait revêtue en eux , car s'il« n*osèrent se communiquer ce qui se passait en leur âme, ils sentirent pourtant plus profondément combien ils étaient devenus nécessaires Fun à l'autre .

Et quand de nouveau il fallut se séparer , leurs larmes et leur chagrin , quoique plus contenus, n'en furent ni moins pénibles ni moins amères.

Georges avait toujours à son doigt la bague que Marie lui avait donnée ; Marie , de son c6té, gardait précieusement en sa cassette le bouquet flétri, qu'un an auparavant à pareille époque, Georges lui avait remis pour sa fête. Ces témoignages muets, d'un souvenir saintement conservé , équivalaient à une promesse de fidélité, pour un sentiment inavoué, pour un sentiment que peut-être ils commençaient à comprendre dans toute son étendue , mais qu'ils auraient eu presque honte d'appeler par son nom.

HABCHE DV.TBHPS. 143

A partir de cette visite de Georges, la saoté de M. de Verdun déclina sensiblement ; les fatigues qu*il avait endurées pendant Fémigration agirent sur son tempérament ayant l'âge; il sentit qu'il pourrait bientôt dire adieu à la, vie , renoncer au bonheur de conduire Marie à travers les écueils que le monde sèmerait nécessairement sur sa route ; ce fut pour lui un sentiment de douleur d*une inexprimable souffrance; à ce moment il s'inquiéta de la solitude dans laquelle il avait vécu, de l'isolement de s<m existence ; il comprit combien serait difficile la position de sa fille, dont il se voyait dans l'impossibilité d'assurer Favenir.

Les trois mille francs de rente qu'il pouvait lui laisser devaient bien en quelque sorte Tempècher de mourir de faim; mais comment trouverait-elle à se marier avec une aussi faible dot , quels seraient ses protecteurs , qui kii donnerait aide et assistance?

Le chevalier de Verdun ne s'aveugla pas

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un instant sur toutes ces difficultés, il sentait rindispensable nécessité de la fortune, le poids dont elle pèse aujourd'hui plus que jamais dans la balance des affections humaines. D'un autre c^té, il ne pouvait songer à confier la jeune Marie à l'amitié bien éprouvée du baron de Minville , il ne pouvait grever son attachement paternel de ce fardeau ; car, lui aussi, pauvre blessé de l'émigration, avait sauvé peu de chose du grand naufrage politique , qui signala la fin du dernier siècle ; car, lui aussi se faisait vieux, et commençait à sentir les atteintes de l'âge et des fatigues.

Longtemps le chevalier de Verdun appesantit sa pensée sur toutes ces difficultés , dont la non solution lui était un véritable chagrin; longtemps il s'inquiéta vainement d'un moyen d'assurer l'avenir de sa chère Marie; pendant des journées entières, on le vit soucieux, parcourir lentement les étroites allées de son petit jardin ; il ne s'arrêtait plus , ainsi qu'il en avait Thabitude , pour observer la crois-

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sance de ses fleurs favorites ; il ne saisissait plus lui-même l'arrosoir pour les abreuver de leaa nécessaire à leur développement ; une senle idée occupait sans cesse son cerveau, le fatiguait, Tobsédait, minait ses jours, la tranquillité de ses nuits , et le tenait dans une continuelle agitation.

Un matin , il se leva plus faible qu'à Fordinaire, ses jambes lui refusèrent leur service, et il éprouva, pendant quelques heures, comme un mouvement de gène dans la moitié de son corps.

Craignant d'inquiéter sa fille et sa vieille servante , il ne leur avoua point ce qu'il ressentait ; mais , quand vers quatre heures de l'après-midi il se sentit assez fort pour pouvoir s'habiller et sortir , il s'achemina doucement vers la demeure de Fabbé Barré, vieil ecclésiastique, dont il avait fait depuis longtemps la connaissance.

— Le bon Dieu , lui dit -il en l'abordant, ma fait la grâce de me donner, monsieur

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l'abbé, des ayertissements de départ, et je ne dois pas négliger les pronostics par lesquels il a daigné m'avertir. Il faut se mettre en règle pour un aussi long voyage , ajouta-t-il en souriant tristement , et je viens vous demander de m*aider à diminuer le poids du fardeau que je dois emporter.

L'abbé Barré et le chevalier de Verdun restèrent ensemble plus de deux heures, puis tous deux revinrent .diner rue Saint- Louis, 011 les attendait le baron de Minville, auquel son ami laissa ignorer et ses craintes et ses souffrances. Le dîner fut occupé par une conversation affectueusement intime; Marie se sentait joyeuse en contemplant la figure de son père, qu'un rayon d'espoir et de satisfaction semblait éclairer de sa bienfaisante lumière ; l'apparence de préoccupation qu'elle y avait remarquée depuis un mois s'était complètement évanouie , il se laissa même aller il causer avec un certain entraînement , qui contrastait d'une telle façon avec sa tacitur^

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