‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 8 sur 47 · MARCHE DU TEMPS · texte numérisé non relu

MARCHE DU TEMPS

nité passée , que le baron de Minville lui en fit quelques plaisanteries amicales.

La soirée qui suivit ce diner se prolongea jusqu'^à dix heures et demie ; à cette heure presque indue dans les habitudes du cheva-» lier de Verdun , du baron de Minville et de Tabbé Barré , chacun regagna son logis ; les adieux se firent gaiement , et le chevalier , après avoir embrassé sa fille , se retira dans son cabinet ; il s'y arrêta devant son bureau , ce qui ne lui était pas ordinaire une fois la nuit venue , s'y assit et se disposa à écrire.

Le coude appuyé sur sa table et la tète inclinée et soutenue par sa main , le chevalier de Verdun se recueillit près d'un quart d'heure avant de conunencer la lettre qui faisait le siljet de ses méditations ; enfin sa plume se posa sur le papier , et pendant deux heures elle ne cessa de tracer des caractères trem* blés et irréguliers , qui attestaient , soit l'a* gitation , soit la maladie de celui qui tenait la plume. : . i .' j

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Cette longue lettre terminée , le chevalier de Verdun la lut en pesant chaque phra$e, et pour ainsi dire la valeur de chaque mot, tant il lui paraissait important qu'elle fàt empreinte de la conviction et des sentiments qui Pavaient animé en récrivant.

» Mon cher frère,

» Les chagrins et les fatigues ont avancé n le terme de mes jours , les attaques réité- » rées d'un mal auquel Tart des médecins ne » peut rien , m'avertissent qu'il faut songer » à quitter cette terre ; il y a tant d'années » que nous ne nous sommes vus , que je ne >» sais si vous aurez appris que j'ai une fille, » ma seule joie , ma seule consolation , mais n aussi ma seule inquiétude ici-has. Sa mère » est morte en la mettant au monde ; après » moi elle n'a de parents que vous , de souu tien que vous , d'autre refuge que près de » vous. Vou^ ne vous étes^^amais marié, mon )i cher frère ; vous êtes seul , peut-être con-

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» sentirez •> VOUS à reeeyoîr ma pauvre Marie » près de vous quand je ne serai plus. Périt sonne à Versailles , où je demeure , ne sait » que vous êtes mon frère ; votre nouveau » nom de marquis de Polvil est ignoré de ma » Glle, qui se croit sans parents ; ainsi donc, » TOUS pouvez agréer ou rejeter ma demande, » sans craindre ropnion du monde ou les » importuniCés d'une orpheline. Je vous dis » tout cela , pour que vous ne vous croyiez » point obligé envers votre nièce, contre vo- » tre volonté; et cependant, Charles, je me » suis répété bien souvent que je ne doun tais pas de votre cœur ; je me suis âk, que » j'avais tort de ne pas aller vous trouver , » mais j'ai craint qu'on ne jugieAt ma dcmar- M che motivée par des raisons d'intérêt; une » seule fois , mon ami , je vous ai aperçu près M du roi , lors de la visite de ce bon prince à » Trianon ; je vous ai reconnu parfaitement , >» malgré le t^nps qui s'était écoulé depuis » notre dernière entrevue ; je ne saurais vous

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