‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 9 sur 47 · MARCHE DU TEMPS · texte numérisé non relu

MARCHE DU TEMPS

n dire maintenant ce qui se passa alors en » moi, mais je fus deux jours profondément )( troublé; mais au moment même oii je vous » aperçus , il a fallu tout le respect que m'in- » spirait la présence du roi pour m'empécher )» d'aller à vous , de vous prendre la main, et )» de vous dire : Mon frère.

» Revenu de mon trouble et de mon agita- » tion , je n'osai plus me faire conduire près )» de vous ; vous étiez riche et en faveur , » Charles , moi j'étais pauvre et ignoré.

» Je cédai donc à un mouvement de vanité n et d'orgueil dont je me repens aujourd'hui; )> aujourd'hui que je ne sais quelle voix du » cœur me dit que vous m'auriez ouvert vos )» bras, que vous m'auriez ubpeu aimé, et cet )> amour de frère eût peut-être réchauffé ma » vie en l'arrachant aux inquiétudes.

)> Je suis pauvre, mon ami, mais je ne suis n point misérable , j'ai 3,000 fr. de revenu , )» et avec cette faible somme j'ai élevé ma » fille d'une manière conforme à sa naissance,

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n et j'ai vécu de façon à ne faire rougir ni » mes parents ni mes amis. Ces trois mille » francs de revenu nous ont suffi jusqu'à pré- » sent. Us seront un jour pour ma fille une » petite dot qui la fera subsister, qui lui per- M mettra peut-être de se marier.

» Si je pouvais encore compter sur quel- » ques années d'existence, si je pouvais es- » pérer voir fixer le sort de ma fille, je serais » moins inquiet ; mais la mort approche, mon » bon frère ; mais je la sens qui me presse, » et j*ai voulu qu'un second père veillât sur * mon enfant, la consolât de ma perte et me 1» remplaçât près d'elle.

» Cette mission, j'ai eu la pensée de vous » la confier , et j'ai l'espérance que vous ne » me refuserez pas; non, Charles, vous ne » refuserez pas ce que je vous demande, vous » ne rejetterez pas la prière de votre frère » qui se meurt, vous voudrez que sa mort » soit tranquilla; vous viendrez vous-même » lui dire : Mon frère , ta fille est ma fille ;

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■ qui se meurt, vous vdikIiuz que sa mort B soit traoquilla; vous vicmlrez vinis-méme n lui dire ; Mon frère , ta (illi; est ma fille;

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» vont yiendrez, Chartes, car je me sens déjà 9 trop faible pour me rencbe près de tous ; » vous viendrez à Versailles, dans ma petite n maison, et puis vous verrez ma pauyre » Marie, et vous Faimerez, car elle est bonne, » douce, aimante, pieuse, et puis encore elle >» est si fraîche, si jolie, si spirituelle; oh ! j'ai >» l'espérance qu'elle vous plaira , et que la » mission que je vous demande de remplir » sera plutôt un bonheur qu'un fardeau pour )» vous.

» Mais venez, je vous le demande en grâce, » mon cher frère; venez promptement; la » mort a déjà frappé deux fois à ma porte, et » je crains que sa troiuème visite ne ïae soit » fatale. Venez réjouir mon cœur de votre vue » et de votre bonté pour ma fille ; je veux n vous présenter moi-même notre enfant, et, n si vous tardiez quelque peu à vous rendre » à Versailles, elle serait forcée de se présenn ter toute seule.

» Adieu, Charles. Je vous attends avec im-

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n patience, mais sans crainte ; adieu . Je vous » demande d'aimer ma fille comme je vous » .aime.

» A bientôt, n est-ce pas? Je vous prie de n vous hâter par tout ce qu'il y a de plus sa- :> cré dans le ciel et sur la terre.

)» Votre frère mourant,

» Le chevalier db Verdun. »

Versailles, rue SaintrLouis.

Après l'avoir relue deux fois, le chevalier cacheta cette lettre, écrivit sa suscription, et la déposa sur son bureau pour que le lendemain on la trouvât en nettoyant son cabinet, et qu'on la mit de bonne heure à la poste.

Puis, plus rassuré après avoir accompli ce devoir, il se coucha presque heureux et ne tarda pas à s'endormir d'un sommeil paisible.

lô.

Ca Mtttt.

Morttuu est pater ej'us, et qtuui non est mortuas, simiUm enim reliquii sHi pest te.

LA' Bedenattiei.

De jour en jour le chevalier de Verdun allait a'affaibliêsant d'une manière lente , plus sensible pour lui que pour ceux qui l'entouraient. Tandis que sa fille le croyait seulement souffrant, lui sentait s'avancer le terme de sa vie ; il comprenait à des symptômes légers en apparence , dont la signification échappait à l'observation de son entourage , que la der-

nière année de son existence s'était levée. Depuis une semaine sa lettre à son frère avait été mise à la poste, et cependant il n'avait pas encore reçu de réponse.

D*où pouvait provenir le silence que gardait le marquis de Polvil? était-ce indifférence ou dédain, oubli ou refus? Le chevalier de Verdun n*osait sonder le mystère de ce silence; mais son cœur paternel s*en affligeait profondément et s'abreuvait d'une dernière amertume, qui lui faisait ses derniers jours bien misérables. Souvent il passait des heures entières à contempler sa fille , travaillant près de lui dans l'embrasure d'une croisée, et ses yeux restaient 'fixés sur elle jusqu'à ce que des larmes, longtemps contenues, vinssent s'interposer comme un voile entre cet objet de toute son affection et son regard.

La mort a deux manières de faucher sa moisson ici-bas : quelquefois, comme des épis coupés avant d'être mûrs , elle frappe à l'improviste ceux qui s'avancent dans les sentiers

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