‹ Mademoiselle de VerdunChapitre 15 sur 22 · UNE HEURE HEUREUSE · texte numérisé non relu

UNE HEURE HEUREUSE

Mes deui mains dans les vôtres, U léte ap puyée sur voire épaule, ou les yeux levés vers vous, laissant votre regard lire dans le mien toute ma pensée ; dites , ami , ce silence ne vous répondait-il pas ?

xxvu.

Georges attendait depuis quelques secondes, quand enfin la petite porte du jardin fut ouverte.

— Venez, venez, Georges, dit à voix basse et tremblante , Marie qu'agitait une vive inquiétude: venez. Et quand elle l'eut introduit, elle referma la porte avec toutes

in MADEMOISELLE

les précautions imaginables, craignant que le plus faible bruit ne devînt un indice révélateur. La partie du jardin dans laquelle ils se trouvaient, était entièrement privée de clarté , des arbres et des arbustes nombreux et touffus l'entouraient d'une charmille, la recouvraient d'un berceau impénétrable à la lumière.

Georges avait saisi le bras de Marie et marchait doucement, appuyé sur cette tremblante jeune femme. Marie, lui dit-il à voix basse, chassez une vaine crainte , personne ne me poursuit , personne ne se doute qui je suis.

— Oh ! mon ami, répondit-elle, avec tous les signes d'une profonde terreur, vous vous trompez étrangement , vos ennemis vous cherchent : et elle lui raconta tout ce que le blessé qu'elle avait vu le matin avait mis d'in-

quiétude en son âme, en parlant d'un officier de la garde, échappé comme par miracle, au massacre de ses soldats, mais que l'on traquait et qui ne pouvait échapper aux ardentes poursuites dont il était l'objet.

— Je ne sais quel instinct secret me dit que cet officier était vous, ajouta Marie, n'est-ce pas, Georges, je ne me trompais pas, c'était vous?

— Oui, Marie, c'était moi, mais maintetenant je suis hors de danger, j'ai échappé aux poursuites de mes ennemis.

— Comprenez-vous pourquoi je vous ai renvoyé et pourquoi je suis venu vous chercher à cette porte, je veux qu'il n'y ait que moi qui sache que vous êtes caché en cet hôtel.

—Caché reprit Georges.

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— Oui, caché, mon ami; j'ai tout prévu, l'appartement de mon oncle n'est point occupé, je vais vous y introduire; seule je vous visiterai, vous serez mon prisonnier, oh ! je vous sauverai.

— Marie, vous vous trompez en pensant que je puisse demeurer caché, quand tout mon régiment a rejoint le quartier général, s'estrallié autour du roi. C'est à Saint-CIoud qu'il faut que je me rende: Saint-Gloud a besoin de défenseurs, car nous y serons sans doute attaqués demain.

Toute la joie, toute l'assurance de Marie disparurent à ces mots : un frisson glacial parcourut tousses membres, elle fut obligée de s'asseoir sur un banc, ses forces l'abandonnaient.

— Vous voulez repartir, Georges} vous

voulez quitter cette retraite que j'ai su vous faire; n'avez-vous point assez payé votre dette au roi depuis trois jours ? Restez, Georges, conservez-vous pour vos amis En

finissant ces dernières paroles, la voix de Marie se laissait à peine entendre.

— Que je reste I mais vous oubliez donc que ce serait une lâcheté; non, Marie , cela n'est pas possible : j'ai quelques heures à passer avec vous, puis, à tout prix, il faut que je rejoigne mon régiment. J'ignore si nous nous reverrons jamais , Marie , je n'ai pas voulu quitter Paris sans avoir une dernière entres'ue avec vous, il me semblait que tous deux, nous ne nous étions pas tout dit :

Georges vint s'asseoir sur le banc à côté de Marie , et il prit ses deux mains dans les siennes.

— Vous voulez partir, Georges, et comment sortirez-vous de Paris dont toutes les barrières sont gardées?

— Ecoutez-moi, Marie, il faut que je sorte de Paris avant demain matin, j'ignore comment j'en viendrai à bout, mais je sortirai. Ne parlons plus de me cacher, vous-même , vous y opposeriez maintenant, car je serais déshonoré en agissant ainsi. Laissez-moi jouir des derniers instants de bonheur que je suis peut-être appelé à goûter sur cette terre; cette nuit, si belle et si calme , me rappelle notre promenade de Versailles, elle me remet en la mémoire tout ce que nous dîmes pendant cette soirée qui ne s'est jamais effacée de mon souvenir J'étais bien heureux, à cette époque,

aujourd'hui, seulement, j'oserais vous confier toutes les espérances qu'enfantait alors ma jeune imagination. Aujourd'hui , Marie,

j'oseniis vous dévoiler mon cœur; la pensée que je ne vous reverrai peut-être plus m'enlève mes incertitudes et mes craintes.

— Oh! nous nous reverrons, Georges; ne dites pas que nous ne devons plus nous revoir.... cette pensée est horrible!....

Georges tenait toujours entre ses mains les mains tremblantes de Marie : tous deux étaient assis dans l'obscurité la plus complète, près lun de l'autre : ils parlaient presque bas, et le silence, la solitude, l'air tiède de la nuit achevaient d'enivrer leurs sens.

Marie laissa tomber sa tête sur l'épaule de Georges, elle ne pleurait pas , il ne sortait pas un sanglot de sa bouche, mais un frisson intérieur l'avait saisie et elle demeura sans force et presque sans respiration , sous

une oppression de crainte et de douleur. Georges était là , à ses côtés, elle l'écoutait sans entendre autre chose que le son harmonieux de ses paroles. Il était là, à ses côtés, elle l'aimait, elle en était aimée, et dans quelques heures, il allait falloir le quitter, avec la crainte de ne plus le revoir; il allait falloir le laisser partir, traverser une ville ennemie, retrouver de nouvelles batailles, des dangers que son imagination frappée se plait encore à augmenter,

Marie ne conserve plus aucun empire sur sa raison, sur ses résolutions : elle veut une fois dire à Georges qu'elle l'aime; elle veut entendre de sa bouche qu'elle en est aimée, puis, tous les malheurs pourront l'accabler ensuite, mais elle aura donné et reçu le plus grand bonheur que l'on puisse goûter ici-bas. Georges peut être tué , et il faut

qu'il sache avant de mourir, qu'il n'a pas été seul à souffrir, seul à aimer.

— Marie, parlons-nous, dit Georges, d'unevoixplusfaible et plus voilée, comme si cette heure devait être la dernière de celles qui nous sont accordées; laissez-moi vous dire tout ce qu'enferme mon cœur, laissezmoi continuer cette conversation du jour de votre anniversaire de naissance. La bague que vous m'avez donnée est encore à mon doigt....

Marie voulut saisir la main de Georges,

— Prenez garde, Marie, mon bras est blessé.

— Vous êtes blessé l vous, Georges, s'écria-t-elle, en se relevant subitement,

vous êtes blessé ô mon Dieu ! et elle

tomba à genoux devant son amant.

— Ce n'est rien, Marie, presque rien, ne vous inquiétez pas ainsi, ce n'est qu'une balle qui a sillonné mon bras ; venez près de moi, ne m'ôtez pas ce bonheur, de vous savoir près de moi, de vous entendre et de sentir le souffle de vos paroles effleurer mon visage; ne m'ôtez, ma chère Marie, aucun des bonheurs de cette nuit , j'ai peu d'instants à passer en ces lieux, il ne faut pas que le jour me surprenne dans Paris.

Et comme Marie ne répondait pas :

M'évitez-vous? ajouta-t-il, d'un son de voix douloureux , me fuiriez-vous ?

— Moi 1 moi te fuir, murmurait Marie, en se traînant jusqu'à lui sur ses genoux , moi te fuir, mon Dieu ! non', non! Georges tiens! me voilà entre tes bras

écoute-moi

Ses sanglots l'interrompirent.

— Ecoute-moi, ce que je vais te dire est bien coupable , mais j'ai peur de ne plus te revoir ; j'ai peur, Georges, que tu ne meures dans ces luttes terribles qui se préparent; et avant tout, comprends-le, il me faut ta

vie, j'ai besoin que tu vives situ meurs,

je deviendrai folle; je n'ai que toi au monde,

Georges ne dis rien.... je sais que tu

m'aimes, je le sais depuis le jour où tu me remis ton premier bouquet, depuis ce jourlà, moi aussi je t'aime, je t'aime d'amour; oli ! ne me méprise pas , parce que je te dis la première, tout ce que j'ai dans mon pauvre cœur

— Te mépriser, Marie, tu ne sais donc pas que tu effaces d'un seul mot toutes mes peines passées ; tu m'aimais donc , toi aussi, pauvre enfant, quand moi je t'aimais d'un amour si profond et si vrai !

— Oui je t'aimais, Georges!....

— Mon Dieu ! mon Dieu ! vous pouvez prendre ma vie.

— Oh ! non , Dieu ne prendra pas ta vie , Georges, mon Georges , mon bien-aimé ; il

ne me punira pas ainsi de mon amour je

voulais le conserver secret en mon cœur , je voulais te le laisser ignorer; j'ai été bien faible, je n'ai pu retenir en te revoyant

l'aveu de ce qu'il renfermait Dieu ne

prendra pas ta vie, il aura pitié de ma faiblesse; tu ne sais pas tout ce que j'ai souffert pendant les trois jgurnées qui viennent de s'écouler: je n'avais plus ma tête à moi , j'interrogeais ceux qui m'entouraient, je voulais sortir, courir vers les rues où Ton se battait ; je te savais au milieu de cet horrible peuple dont les cris me faisaient mal à entendre, je t'ai cru mort.... Puis tout à coup, je t'ai revu.... tu étais vivant , tu venais à moi.... tu n'avais pas voulu

quitter Paris, retourner h de nouveaux combats, sans m'avoir dit adieu.... Je suis une pauvre créature Lien faible , je n'ai pu

cacher mon bonheur mon amour....

Georges.... j'ai tout dit.... oh! je t'aime.... je t'aime!

La nuit était profonde, nulle lumière n'éclairait le banc de gazon sur lequel Georges enivré d'amour tenait Marie entre ses bras. Après avoir longtemps souffert, après avoir désespéré, après des années de doute, il retrouvait la femme de son premier amour, et cette femme venait à lui avec des paroles pleines de passion, avectoutesles séductions qui troublent et enivrent; cette femme se livrait palpitante, émue, vaincue et avouant sa défaite.

— 01 Marie, ma douce Marie, disait Georges, tu m'aimes donc ?

— Oui ! je t'aime , répondait-elle d'une voix éteinte : oui ! je t'aime de toute mon àme , et je suis bien heureuse de te ie dire.

— Mais ce fatal mariage, mais cette éternelle barrière mise entre nous !

— L'heure de mon mariage fut l'heure

la plus malheureuse de ma vie Je suis

mariée, Georges... et je n'ai plus de mari I...

— Serait-il vrai , ma bien-aimé , ton mari dédaignerait le trésor d'amour qu'il

m'a ravi 0 bonheur! bonheur éternel !...

alors tu es ma femme, alors tu es à moi maintenant et pour toujours.

Et pendant quelques minutes le silence ne fut plus troublé que par les frémissantes étreintes de lèvres qui se cherchaient

et qui se reucontiaient. Le vent du matin commençait à agiter les feuilles des arbres, déjà la nuit devenait moins épaisse, les étoiles pâlissaient et les oiseaux s'agitaient dans leurs nids, comme à l'approche du jour.

— Georges, disait Marie d'une voix mourante , Georges, prends pitié de ma faiblesse, ne me punis pas de t'avoir révélé mon amour.

Mais Georges n'entendait plus sa voix , et ses baisers de feu amollissaient d'instant en instant la résistance qui lui était opposée. Tour à tour Marie le repoussait et l'attirait vers elle ; tour à tour elle employait le reste de ses forces h se défendre contre toute l'impétuosité de son amant, puis elle attachait ses lèvres à ses lèvres et lui rendait ses baisers avec une exaltation pleine d'amour.

Cependant elle se dégagea par un efl'ort

désespéré, dernière lutte de sa vertu, et sans force, épuisée par ce long combat , elle alla tomber au pied d'un arbre. Là, les mains jointes , elle s'inclina sur ses genoux , et quand elle voulut parler , le tremblement de sa voix permit à peine de l'entendre.

— Si tu le veux, Georges, je suis k toi, je ne me défendrais plus , tu n'a qu'à parler, qu'à dire un mot , qu'à me prendre en tes bras et je serai ta maîtresse, ta femme, ton esclave ; j'obéirai sans murmure , je te donnerai plus que ma vie pour te laisser un souvenir de bonheur. Mais, écoute-moi, mon ami ; écoute-moi, mon maître , mon bien-aimé.... écoute-moi un seul instant.... prends pitié de la pauvre femme que tu as vaincue, qui ne peut plus se défendre, qui ne se défend plus.... sois plus que généreux, Georges, sois bon pour moi.. . ne me laisse pas en proie à des remords trop amers...,

laisse-moi croire qu'il peut encore y avoir dans le ciel de l'indulgence pour notre amour.

— Que demandez- vou s , Marie, hélas 1 voulez-vous me disputer une félicité que cette nuit m'offre pour la première et peut être pour la dernière fois ?

— Non, je ne te dispute rien; non, Georges, je suis toute à toi, rien qu'à toi ; prends-moi, brise-moi comme un roseau, je suis ton esclave. Je ne voulais pas me livrer à ton amour, mon bien-aimé , parce que je désirais pouvoir encore prier pour nous deux ; je voulais que nous pussions nous quitter sans remords et nous revoir sans rougir: tu ne le veux pas , eh bien 1 me voilà , prends moi, je t'aime; que tu me laisses des larmes ou la paix du cœur, je te bénirai, mon Georges , j'accepte des années de souffrance pour te voir heureux un heure dans ta vie,

Marie s'était relevée, son beau corps se pencha vers Georges de Minville, comme un jeune arbre plié par l'orage : un tremblement convulsif agita tous ses membres et ses dents s'entrechoquèrent. Elle demeura sans voix.

— Reviens à toi, ma bien aimée Marie, ne tremble pas, calme tes nerfs agités; dis-moi un mot, un de ces mots d'amour que tu me disais tout à l'heure; ne crains plus l'emportement de mes désirs, je te respecterai, je serai ton ami, ton frère: cette nuit ne restera point dans ta mémoire, comme une nuit funeste. Non , la nuit pendant laquelle tu m'as avoué combien je t'étais cher , ne te sera point une nuit fatale; je ne te laisserai point de remords pour tout le bonheur que tu m'as donné.

— Je suis prête, mon ami, à te faire

tous les sacrifices que tu voudras me

voilà dans tes bras.... je ne regretterai rien , si je puis adoucir une seule de tes souÔVances.... nie veux-tu ? je suis à toi.

Les deux bras de Marie vinrent entourer le cou de Georges, sa pure haleine effleura doucement son visage; alors, il se sentit prêt à succomber, un moment de douloureuse hésitation suspendit toutes ses facultés, mais une pensée généreuse l'emporta dans son cœur. ^

— Marie , dit-il , en l'asseyant devant lui sur le banc de gazon, pense toujours k cette nuit d'ivresse sans nom ; pense toujours que je n'ai pas voulu te devoir à un moment de pitié, à l'entraînement d'un amour longtemps comprimé ; quand tu songeras à moi, songe aussi que j'ai fait plus que t'aimer, que je t'ai respectée, que je II. 19

t'ai laissé toute ta pudeur, pour ne pas te donner une seule peine dans la vie. Je veux, mon amour bien-aimée , que tu puisses encore prier Dieu et espérer enlui,après ra'avoir dit je t'aime; je veux que tu puisses joindre

mon nom au tien dans tes prières et que

tu n'aies point à rougir devant ton mari.... Si Dieu le permettait jamais , tu viendrais un jour dans mes bras, pure et honorée. Jusque-là , mon amie, sois l'ange terrestre qui me protège de sauver tu. Oh ! maintenant, tu peux mopresser sans crainte sur ton cœur, tu peux te reposer heureuse entre mes bras.

Marie s'y précipita.

— Merci , merci , Georges , tu me veux vertueuse et respectée , tu es bon , tu es généreux ; toi , toi seul es ma vertu , tu me relèves, tu me défends, car je n'avais plus de forces, j'étais vaincue; oui, mon bien-

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aimé, moi, j'ai été coupable, mais toi, tu es vraiment digne de tout mon amour, tu n'as pas voulu me laisser des larmes amères à pleurer après ton départ; tu es noble, bien noble, mon Georges, pour jamais, tu as tout pouvoir sur moi; écoute , je suis ta femme , entends-tu , ta femme : je ne serai qu'à toi, k toi seul ; les droits que M. de Baudrimont pouvait avoir sur moi sont à jamais détruits.

— Toutes tes paroles, Marie , sont douces et bonnes à mon cœur; oui, luesmafemme, et j'accepte cette promesse de fidélité que tu viens de me faire; je suis jaloux , ma femme aimée; si un autre homme avait des droits sur toi, si tu en reconnaissais l'empire, je

ne vivrais pas un seul jour je n'aurais

qu'à mourir.

— Tu vivras, cher, cher aimé.

mon Dieu ! voilà le jour, voilà ses premières lueurs, il me semble que tout se réveille; comment vas-tu faire, Georges, pour sortir de Paris , si tu attendais à la nuit prochaine ?

— Cela n'est pas possible, Marie, ce retard

serait dangereux pour mon honneur et

pour le tien Sois sans crainte, mon tendre amour, sous le déguisement qui me couvre je n'ai rien à redouter; viens encore une fois me dire que lu m'aimes, viens que je te presse sur mon cœur.

— Mon ami, répondit Marie, me voilà :

songe maintenant que tu as deux existences à défendre, la tienne et la mienne; pense à moi, à ta Marie, entends-tu, ta Marie; tu

es déjà blessé je n'aurai pas une minute

de tranquillité jusqu'à ce que je sache tout fini: oh! la maudite émeute, quelle abominable lutte.

— jNe la maudis pas liop, cette émeute , elle nous a fait nous retrouver!.... Adieu Marie , j'emporte avec moi la certitude de ton amour et le souvenir d'une nuit de bonheur pur, qui ne te coûtera pas une- larme.

Longtemps ils se tinrent serrés dans les bras l'un de l'autre, ils ne pouvaient se séparer, et cependant le jour grandissait et de toute part on entendait les bruits du matin. Enfin Marie se dégagea de l'étreinte de Georges : Fuis bien vite, mon ami , lui dit-elle, voilà le soleil qui se lève, fuis.... mais laisse-moi voir d'abord si tout est tranquille.

Alors elle ouvrit la porte du jardin, et après avoir examiné de tous côtés avec une inquiète attention : Viens , viens , il n'y a personne dans cette rue; adieu encore une fois. Oh ! adieu , murmura-t-elle avec des pleurs, la tête appuyée sur l'épaule de Georges.

— ^ Adieu ! Marie , ne pleure pas , je ne sais quelle assurance secrète me dit que nous nous reverrons.

Et ils se séparèrent ; la porte du jardin se referma. Marie écouta d'abord le bruit des pas de son amant qui s'éloignait de plus en plus, puis ce bruit se perdit peu à peu et elle écouta encore; mais il n'y eut plus d'autre rumeur dans l'air que celle des oiseaux qui chantaient sur les branches élevées des arbres, à la venue du soleil levant ; alors elle regagna sa chambre, où sa première pensée fut de rendre grâces à Dieu et de le prier pour Georges.

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