LE PRETRE
Quod crgo Deus conjunxit , homo non separet. Bvangelium secundum Mathœum,
Le lendemain de la soirée littéraire de madame de Montagny, Marie fut réveillée de bonne heure par son oncle et le vénérable abbé Barré , le confesseur de son père , son confesseur h elle-même, qui désiraient lui parler. Cette visite si matinale , cette demande d'audience inusitée, la troublèrent, elle crut à quelque malheur, et son imagi-
nation parcourut en un instant toutes les suppositions possibles. Enfin le marquis de Polvil et l'abbé Barré furent introduits; tous deux avaient un air grave et triste.
— Ma chère Marie, dit le marquis de Polvil en prenant le premier la parole , nous venons , M. l'abbé et moi , vous apprendre de tristes nouvelles, mais nous connaissons votre cœur et votre courage , et nous arriverons aux faits sans préambule.
— Parlez , parlez , mon oncle ; et Marie devint pâle comme une morte.
— Ma chère enfant, votre mari est un
mauvais sujet oui , monsieur l'abbé, vous
avez beau me faire des signes , il faut que je traite mon neveu comme il le mérite.... Votre mari est donc un mauvais sujet; je sais bien que ce n'est pas votre faute , chère
petite , vous ne l'avez pas choisi , c'est moi qui ai été un véritable fou , et j'ai compromis non-seulement votre bonheur , mais votre fortune.
— Qu'est-il arrivé, qu'a fait M. de Baudrimont , mon cher oncle ; oh ! je vous en prie , dites tout , apprenez-moi ce qui se passe.
— Eh bien ! ce qui est arrivé, c'est que M. votre mari a mangé en folies et en sottises une partie de votre dot , et qu'il a des dettes; maintenant il est retiré au château de Logeré , et il nous laisse toutes ses belles affaires sur les bras; s'il n'y avait que lui dans cette circonstance, je ne m'en mêlerais certes pas; mais vous, ma pauvre Marie , vous que j'ai promis à mon frère mourant de regarder comme ma filie , que deviendriez-vous si personne ne se mêlait des folies