Arch. de la Bastille
MADEMOISELLE (lOCÎO 109
fait du bruit à l'Opéra, auquel appartient la délaissée, et à la Comédie; elle en fait dans la ville, qui raffole des histoires de coulisses, et il est bien difficile que M. Daugny ne soit pas instruit de l'aventure oii M"° Heauménard a joué un rôle de tigresse. « Il n'est pas trop content », dit, plaisamment, le rapport de police; mais il se rappelle qu'on s'est fort moqué de lui quand il a montré un peu trop vivement son impatience des infidélités de ses autres mallresses, et il juge prudent de se taire, cette fois, ou de garder ses reproches pour Tintimité. Puis, peut-il avoir la prétention, qui sentirait'son homme du commun (et il a ses origines dans une bonne famille de robe), d'exiger une perpétuelle constance? ]\I''^ Beauménard lui répond, sans doute, que ce sont là affaires de théâtre, qui ne le regardent point.
L'amour-propre de la comédienne étant satisfait, elle permet à Bellecour d'autres distractions et s'en accorde à elle-même : « Je lui dois cette justice, écrit Chevrier, que tous ses guerluchons étaient des gens comme il faut. » Ce serait une tâche hasardeuse que de les dénombrer, et ce ne sont, du reste, que des indications caractéristiques qui importent dans cet essai do
reconstitution d'une existence représentative d'un temps et d'un milieu. C'est encore Ghevrier qui raconte que, dans un caprice sentimental, elle vient en aide à un certain marquis de Y. P.,. enfermé pour dettes au For-l'Evêque : selon lui, elle accourt, apportant les six mille livres qui sont la rançon de la liberté du marquis, et l'emmène, victorieusement. Ces largesses, faites avec les fonds qu'il fournissait, auraient, à la fin, révolté Daugny et cette dernière frasque aurait été cause (Je la rupture entre le financier et la comédienne. La vérité oblige à dire que les registres d'écrou du For-TEvèque ne contiennent aucun nom commençant par les initiales données par Cbevrier, gazetier narquois, accueillant volontiers toutes ces médisances K
Quoi qu'il en soit, la rupture se produit, et M'^" Beaùménard reconquiert une liberté que, d'ailleurs, elle n'a jamais beaucoup aliénée.
1. M. Funck-Brentano a pris la peine, sur ma prière, de faire cette vérification. Ost dire que. par les soins deThistorieii de la Bastille des comédiens^ elle a été minutieuse.
Si Ton se lie à ces amusants rapports des inspecteurs de police qui jettent tant de clartés sur la vie intime du xvnf siècle, Daugny futa inconsolable » de son divorce avec M"'- Beauménard'. Elle Tavait fort trompé, mais c'était une si séduisante maîtresse ! non pas une jolie poupée, comme d'autres, mais une femme, primesautière, d'un esprit mordant, toujours nouvelle, tant elle avait d'humeurs dilTérentes. Applaudie, d'ailleurs, car sa situation à la Comédie grandissait, applaudie non point complaisamment, mais par le parterre ravi de son rire triomphant,