Rapport du 12 octobre
i\2 MADEMOISELLE GOGO
et ces applaudissements chatouillaient l'amourpropre du fermier général. 11 n'y a donc rien de plus improbable que la version de certains récits de seconde main, d'après lesquels Daugny aurait « chassé » M"® Beauménard. Elle l'avait habitué à la patience, à une patience qu'il n'avait pas connue autrefois, et, des reproches, elle l'eût tôt conduit aux excuses, si elle l'eût voulu. Mais elle était lasse d'un semblant de contrainte; elle était lasse d'un décor trop doré, elle était lasse du Trianon de la rue Grange-Batelière et de ses merveilles.
Daugny finit par demander l'oubli de son dépit à une fille d'Opéra, M"'' Liacourt, qu'il prit un jour le parti d'épouser, après lui avoir fait quitter Paris quelque temps.
On voit successivement, parmi les adorateurs de M"^ Beauménard, M. Fabus, trésorier général des Invalides, M. Le Maislre de la Martinière, trésorier général des Fortifications, le comte de la Marche, liaisons coupées de retours à Bellecour, poursuivant, en dépit des mauvais augures de Voltaire, une heureuse carrière de théâtre.
Puis, dans cette vie frivole, une vraie passion, soudain, non plus un engouement, un caprice, mais do l'amour, de l'amour ardent,
romanesque, qui mot sa poésie dans une vie qui n'a été que légère, la relève, en quelque sorte. L'homme qui l'inspirait était un officier de vingt-sept ans, séduisant et charmant, Charles- Joachim Rouault, marquis de Gamaches. Sous le nom de comte de Cayeu (il ne prit son autre nom qu'à la mort de son père) il avait commencé à servir en 1746, comme lieutenant au régiment du Roi, Tannée même où M^^'' Beauménard faisait campagne mililaire, elle aussi, dans la troupe du maréchal de Saxe. A la bataille de Rocoux, il commandait une compagnie. Sans doute, il avait applaudi la comédienne dans Cythère assiégée ou dans le Coq du village. Elle n'avait alors élé pour lui que cette piquante M"e Gogo dont les aventures défrayaient les conversations du camp. 11 s'était trouvé aussi au siège de Maëstricht, comme capitaine au régiment du Rumain. Depuis 1749, il était colonel des grenadiers de France ^ Il était le frère de ce comte d'Egreville, de complexion fort galante, dont il est souvent question dans les mémoires secrets et les gazetins du temps, pour ses folles équipées. Il avait pour sœur cette marquise du