Méra. de Goldoni, tome
cards de Gozzi. « M'"''Bellecour, a-t-il dit, donna, avec son enjouement naturel et la finesse de son jeu, tout Tagrément possible au rôle de la gouvernante. »
Ils ne se bornaient pas à se rencontrer au théâtre. Bien que les gentilshommes de la Chambre eussent interdit les représentations dans le monde, ils bravaient cette défense, formant une manière d'association avec M™*^ Préville et Dalainval pour jouer la comédie de société. « Il faut que ces gens-là soient enfer », disait Collé, en parlant des multiples occupations des comédiens. Ils jouaient encore la comédie pour leur plaisir, comme dans la maison de campagne de Préville, à Fontenay-sous-Bois, et l'avocat-conseil du théâtre, Goqueley de Chaussepierre, grand ami des Préville, assuré de n'être vu par aucun de ses confrères du Parlement, leur donnait la réplique*. Le libre répertoire de Collé faisait souvent les frais de ces petites débauches dramatiques. Collé, qui avait dit tant de mal de M"*" Beauménard, s'était réconcilié avec M""" Bellecour devenue son inter-
1. Goqueley de Chaussepierre composait aussi des parodies, comme M. Cassandie, ou les effets de Vamour et du vert de gris. Il y raillait le genre larmoyant.
prête, et, ne lui marchandant pas les compliments, il oubliait et lui faisait oublier la vivacité de ses anciennes critiques.
D'ailleurs ces représentations intimes étaient fort de mode chez les comédiens, épris de leur métier au point de jouer encore pour se reposer. On sait que, dans sa maison de la rue Blanche, I M^'*^ Dumesnil donnait d'assez graveleuses comédies, composées par Grandval, avec qui elle vivait, et pour la fête de M"'' Dangeville, retirée dans sa maison de Yaugirard, on n'imaginait rien de mieux que de petits spectacles.
En fait, les deux époux, séparés, avaient l'occasion de se voir sans cesse*. A l'amour, au désir,
1. M™e Bellecour conservait d'ailleurs des relations avec la famille de son mari, notamment avec François-Gilles Colson, peintre ordonnateur des bâtiments du duché de Bouillon, et I sa femme. Cette lettre (7 mars 1773) adressée au semainier de la Comédie-Française, l'atteste : Au semainier de la Comédie : Mes chers camarades, comme j'allais sortir pour aller à l'assemblée, je me suis ressouvenue que ma belle-sœur venait ce matin chez moi pour faire mon portrait. C'est une chose que je ne puis remettre, et j'espère que mes camarades voudront bien ra'excuser, si je ne me range pas à mon devoir comme à mon ordiniiire. Ce n'est pas un tort qui tienne de rhnbitude et l'on peut me le passer une fois. J'espère, de plus, que mes intérêts n'en soutfriront pas, et que dans la distribution, ils seront aussi justes que si j'y étais pour soutenir mes droits. Je me Hatte, mon cher camarade, que votre amitié pour moi leur fera agréer ces raisons et les assurances du sincère attache-
au mariage, avait succédé la camaraderie, dernière étape de leur aventure. L'un et l'autre allaient bientôt avoir leur dernier roman.
ment que je leur ai voué ainsi qu'à vous: — De Bellecour ». [Areh. de la Comédie-Française .)
Qui eût prévu, jadis, M"' Gogo discutant la valeur d'une tragédie? mais M"*" Gogo est loin, et M'"^ Bellecour prend fort au sérieux ses devoirs de sociétaire, intervient dans toutes les discussions sur les intérêts de la maison ^
Le 4 juin 1773, la Comédie avait donné Térée et Philomèle, de Renoult, auteur dramatique et secrétaire au gouvernement de Paris. Renoult avait repris ce sujet mythologique, déjà traité
1. Cette année-là, Mm^Bellecour jouait le rôle de Thalie daùs l'Assemblée, de l'abbé de Schosne, et le même rôle dans le Centenaire, d'Artaud, pièces de circonstance, données à l'occasion du projet d'une statue à élever à Molière.
par Roy à l'Opéra et par Lemière, douze ans auparavant, à la Comédie elle-même. La tiagédie de Lemière présentait cette particularité que, au dernier acte, il ne restait plus aucun des personnages, tous ayant été immolés ou ayant euxmêmes mis fin à leurs jours, ce qui obligeait éviilemment à baisser le rideau. Rennult avait ainsi atlénué l'horreur de cette sombre histoire : Philomèle, poursuivie par l'amour incestueux de Térée se tuait; Progné, l'épouse de Térée, se tuait et tuait son fils, pour qu'il ne devint pas un monstre, comme son père; Térée faisait tuer Idamas, l'amant de Philomèle; du moins, le terrible roi de Thrace, qui, selon la fable, fut métamorphosé en épervier, survivait-il, pour confesser tardivement ses remords de tant d'atrocités. Il en était une, pourtant, qui était épargnée : Térée ne faisait point violence à Philomèle. La pièce avait ennuyé les spectateurs, qui s'étaientvengés par des plaisanteries. Ils s'étaient étonnés qu'il n'y fût point question de viol.
— Philomèle sans viol, dit quelqu'un, c'est comme si l'on mettait Airée en pastorale.
La tragédie avait été mal accueillie, et les comédiens se demandaient s'ils devaient en donner une seconde représentation. Ils avaient été con-
/pyt^,^^-^ ^i^^ii2ê>r^
^ -t- ^.<^ ^^^oS) /^^^ je^--^*^-^ ?,rt>^*<*-^ ^ -^
A r roc h A l'il KS lU-: MADK.MinSKI.LE UKAT M KNAI'. Il KKVRM'E MADAME li E L F, E C (U' R
vies à une assemblée pour prendre un parti à ce sujet. M"*" Bellecour ne put venir, mais, dans une lettre adressée à Boulet de Monvel*, elle donnait fort nettement son avis :
Il m'est impossible, mon cher camarade, d'aller à l'assemblée de ce matin, mais si c'est au sujet de la tragédie d'hier, voici mon sentiment :
La pièce est tombée, et, sans le courage de M"*" Vestris', elle restait à la fin du quatrième acte. Au cinquième, M. Lekain a eu la même fermeté et, enfin, elle a été jusqu'au bout. Mais, depuis l'éternel troisième acte, l'on ne peut se dissimuler l'humeur du public, humeur bien juste, bien méritée, et qui nous assure de son absence, si l'on ose rejouer la pièce. Vous me direz peut-être que //oméo ^ a eu le plus grand succès après les corrections, mais les quatre premiers actes étaienten situation, et, comme ils intéressaient et qu'il ne pouvait y avoir au cinquième que la mort des deux amants, cela pouvait se refaire.
1. Boutet de Monvel avait été reçu en 1112, deux ans après son début, pour les seconds rôles tragiques.