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Chanson sur Monnet, de l'abbé de Lattaignant

8 MADExMOISELLE GOGO

vieux proverbe « qu un hôte gai n'importune personne », il ne cloute pas de son étoile, bien qu'elle soit un peu lente à briller. Amuseur particulier, pourquoi ne serait-il pas amuseur public? Ne sera-t-il pas à sa vraie place à la tète d'un théâtre? 11 a des amitiés et des compagnonnages sur lesquels il peut compter. 11 obtient des concours nécessaires; il plaît à Thuret, il jure de relever une scène délaissée, il a mille tours dans son sac, il ne doute de rien *.

Le voici donc en possession du privilège. Mais la Foire Saint-Germain tire à sa fm, et il ne peut songer à réaliser tout de suite ses grands projets. 11 s'agit seulement, pour lui, d'amorcer, de montrer aux Parisiens que le théâlje est en d'autres mains, qui seront moins débiles. Dès le moment qu'il a poursuivi l'affaire, il a d'ailleurs eu plus d'un entretien avecFavart, qu'il désire s'attacher. Dans le désarroi où se trouvait

1. On conuatt l'anecdote furieusement leste, contée par Favart : « Monnet vantait, en présence de Crébillon père, ses talents amoureux et les dons brillants que lui avait départis la nataie. Crébillon, ennuyé de ses forfanteries, met eu évidence le sceptre redoutable que le dieu des jardins osa pré senter à Syrinx et dit à Monnet ces deux vers impromptus;

Ton nez devant le mien a l'orgueil de paraître, Courbe-toi, malheureux, et reconnais ton maître!»

M.IDEMOISELLK GOGO 9

l'entreprise, c'est Favartqui, bien que dépourvu de ressources, ne pouvant plus rien obtenir de Pontau, mais restant bravement sur la brèche, donnait son dernier semblant de vie à l'Opéra- Gomi()ue, travaillant et faisant travailler les comédiens impayés, les empêchant de déserter. Favart a été le premier à qui Monnet s'est ouvert, et il a préparé éventuellement les éléments d'un spectacle d'inauguration de la nouvelle direction. Ce spectacle peut être donné dès le dimanche 31 mars et n'est pas fait que de reprises : il comprend une pièce nouvelle en un acte, le Coq de village^ une comédie villageoise, que Favart a diligemment troussée ^

1. Le spectacle se composait de la Chercheuse d'esprit, de Marotte, \ arodie de Mérope, et du Coq de village, avec divertissements.

Un manuscrit, qui appartenait au baron Taylor, indique un collaborateur à Favart, Parmentier, dont il sera question plus loin.

Le Coq de village fut repris au vaudeville (12 juin 1822), mais avec de sensibles modiflcations. Ils s'étaient mis à trois — Decour, Charles Hubert et Théodore Anne — pour alourdir et gâter la légère œuvrette de Favart. Le rôle de Gogo était joué par M"" Clara. « M>'« Clara est presque la seule au Vaudeville qui ne confonde pas l'art avec r«irectation et l'afféterie. Elle n'a pas ces balancements d'épaules et de hanches qui font ressembler la plupart des femmes de théât'e à des cerfs-volants qui luttent contre des vents divers. Sa voix est jolie. » [Grande biographie dramatique par l Hermite du Luxembourg, 1824.)

Une facile et fragile intrigue que résume, dès la première scène, un des personnages, le tabellion :

On dit bien vrai que la rareté fait le prix de toutes choses. Tant qu'il y avait des garçons dans le village, les filles les dédaignaient et Pierrot n'y était pas regardé; mais depuis qu'ils se sont tous enrôlés volontairement pour un motif de gloire, et qu'il ne reste que Pierrot, toutes nos filles lui font la cour. C'est à qui l'aura. Et voici mon Pierrot devenu le coq du village. Je voudrais bien profiter de l'occasion pour lui procurer un bon établissement.

Oui, tout ce qui porte un jupon dans le village court après ce benêt de Pierrot: Mathurine, Colette, toules les filles et les veuves aussi, M^^*^ Froment et M-"*^ Râpé. Le fait qu'il est le seul garçon lui a donné un prix merveilleux.

11 succombe sous le poids des bouquets et des rubans que chacune le force à accepter. Mais il n'aime que Thérèse, ce n'est que Thérèse qu'il veut. Il n'est pas jusqu'à une gamine qui ne prétende le conquérir. C'est la fille d'une fermière, une enfant, la petite Cogo, ingénue et effrontée à la fois, en qui s'éveille vaguement l'amour ; c'est, dans une sommaire esquisse, une manière de « chérubine >- bien avant Ghé-

rubin. Elle confie au tabellion que, elle aussi,

elle se

Pierrot

elle se met sur les rangs des amoureuses de

Tous se le disputent fort.

Si je puis devenir sa femme, Cela va les mettre d'accord.

Je ferai fort bien la madame, Il ne me faudra pas longtemps Pour me mettre au fait du ménage.

LE TABELLIOiX

Vous n'avez pas encore onze ans !

GOGO

L'amour est de tout âge.

LE TABELLION

(Air : Je le sais bien.)

L'amour nous rend i'àme attendrie.

Qu'est-ce que l'amour, je vous prie?

GOGO

Je n'en sais rien, Ou'importe-t-il de le connaître?

Dès que je vois Pierrot paraître

Je le sens bien.

\^Air : Mon petit doigt me Va dit.)

De plus, une fille sage

N'est heureuse qu'en ménage.

LE TABELLION

Vous me rendez interdit.

D'où savez-vous donc, morveuse,

Qu'un mari peut rendre heureuse?

GOGO

Mon petit doigt me l'a dit.

LE TABELLION

Peste, te voilà déjà bien savante.

GOGO

C'est que ma mère m'a menée plusieurs fois à Paris. C'est là que l'esprit se forme, on n'est que des bêtes au village.

LE TABELLmN

Voici une petite friponne bien alerte I

Le tabellion imagine de mettre Pierrot en loterie; les filles y prendront part gratis, mais les veuves devront consigner quelque somme qui servira au mariage du jeune paysan. Le tabellion a son idée : il entend par un artifice favoriser Thérèse. L'avisée petite Gogo, cependant, a surveillé Topération et révèle la superchei'ie. Il est trop tard. D'ailleurs, on annonce le prochain retour des garçons du village.

Le nom de Favart n'eût pas eu de grandes chances de survivre si Favart n'avait donné que des badinages de cette sorte. Mais il y eut, dans celte soirée du 31 mars, une de ces « découvertes » auxquelles se plaisait le Paris du XYIU' siècle, comme se plaît toujours, à quelque répétition

générale, le Paris d'aujourd'hui. La fillette qui jouait M'"^ Gogo était charmante, avec sa mine futée, son aplomb, une grâce qui n'avait déjà plus trop de gaucherie. Non pas une beaule régulière, certes. Le nez un peu carré, même. Mai§ des lèvres finement relevées, un grand front, un joli petit menton volontaire avec une adorable fossette, un air d'intelli^enle vivacité. Des bras trop longs, mais une taille si bien prise, en dépit de « l'âge ingrat » qu'elle traverse, et de tout petits pieds. Une aisance en scène amusante pour un début et une joie si communicative,auxpremiers applaudissements qui fouettent son entrain! Celle-ci, assurément, est née comédienne; elle est née aussi enjôleuse. Elle a treize ans. La femme tiendra ce que promet fenfant.

Voici qu'on s'engoue d'elle, et c'est elle qui fait le succès de la pièce. Sa première apparition à Paris laissera un souvenir qu'on n'oubliera pas de longtemps, elle surnom de M'"' Gogo lui restera. Le rôle de Pierrot est joué par la demoiselle Cheret u d'une façon aussi comique qu'originale », dit le Mercure^ mais c'est cette adolescente qui a pris tous les cœurs.

D'où vient-elle? D'une troupe de campagne

courant les provinces. Elle a pris le nom de Beauménard, qui est le nom de guerre du vieux comédien qui Ta présentée à Favart. Elle s'appelle en réalité Rose-Pétronille Le Roy de la Corbinais '.

Son état civil est fort précis. Mais il ne sert pas à expliquer comment la fille d'un « noble homme » de Bretagne, ayant pour parrain et marraine des gens tenant à leur titre, se trouve, à treize ans, à la Foire Saint-Germain, après quelques étapes obscures. Ce qu'on sait, c'est que Beauménard fut un très mauvais comédien (il était peut-être un bon maître, cela s'est vu plus d'une fois) qui, engagé, lui aussi, par Monnet, ne put être gardé, ayant paru plus que ridicule dans le Siège de Cythère^ de Favart et Fagan, oii il avait remplacé Lecluze, une physionomie populaire de la foire, tour à tour acteur et dentiste. Comment avait-il, alors, la responsabilité de la fillette? Si précoce que fût

1. Extrait des registres baptismaux de la ville de Lamballe en Bretagne : « Rose-Pétroniile, fille légitime de noble homme François-Michel Le Roy et de demoiselle Rose-Francoise Brouillard, sœur et dame de la Corbioais, née le 20 décembre nSO, a été baptisée le lendemain dans l'église Saint-Jean. A eu pour parraiti messire Pierre Guillemot, chevalier, sieur de Vauvert, et demoiselle Françoise Labbé, demoiselle de Grandpré pour marraiue. Et étaient présents les soussignants. »

MADEMOISELLE GOGO ilj

celle-ci, faut-il admettre, à on/e ou douze ans au plus, une escapade de sa part? Les parents de l'enfant l'avaient-ils confiée à Beauménard? Mais il était fort pauvre, car sa femme avait un infime emploi de placeuse dans le théâtre de Monnet. 11 reste une autre hypothèse : Beauménard aurait été M. Le Roy de la Corbinais luimême, entraîné par une vocation tardive ou obligé par des revers de fortune à d'aventureux expédients. Nous retrouverons, plus tard, un frère et une sœur de Rose-Pétronille, mais ils n'auront pas appartenu au théâtre.

Quoi qu'il en soit, voici <( M"' Gogo » lancée par un premier succès. La véritable ouverture de rOpéra-Gomique passé sous sa direction, Monnet la fait à la Foire Saint-Laurent, le 8 juin (la Foire Saint-Germain avait fini le 6 avril). C'est là qu'il montre ce dont il est capable. Par la réparation de la salle, — il en a confié la décoration à Boucher, — il atteste qu'il ne veut recevoir qu'un public choisi et il obtient, en effet, une ordonnance, ou le rappel d'une ordonnance défendant les entrées à la livrée. Si Boucher se charge de toute In partie décorative et des habits, c'est Rameau, dont le dernier ouvrage est alors Dar daims, qui conduit l'or-

chestre. Monnet a élé, à Rouen, chercher Préville, premier comique de la troupe du sieur Du Chemin. M"^ Salé, elle, vienl diriger la danse, avec le concours de Dupré et Lany. La Iroupe est composée de vingt-quatre acteurs et actrices et de quatorze danseurs et danseuses.

A la Foire Saint-Laurent, l'Opéra-Comique* se trouve en bordure du faubourg Saint-Martin. ' dans la partie réservée aux spectacles, séparé des établissements de Nicolet, de Colin, de Cardon et des Marionnettes de Bienfait par Tassez vaste jardin du cabaretier Dubois, jardin dont la moitié est aménagée en tonnelles discrètes, d'où Ton entend des rires et des roucoulements. La cave de Dubois est renommée, ainsi qu en fait foi un couplet de Le Sage; la liberté dont on jouit dans ses bosquets ne l'est pas moins. En suivant la rue des Trois-Pavillons ou en traversant la cour du Grand-Cerf, on arrive à un autre jardin de Dubois, une sorte d'annexé, limitée parla maison de l'Image Saint-Laurent, et voisine des boutiques où se tient un commerce plus sérieux : là fréquentent les Parisiens

1. Le prix des places est alors: Premières loges, 4 livres; parquet et secondes loges, 40 sols; amphithéâtre, 25 sols; parterre, 15 sols.

LA FOUIE SAINT-LALUKN i D'après la planclio XIII du Plan Tiirgol

d'humeur rassise. Dans le premier des deux jardins s'attardent les spectateurs après la représentation, et il n'est pas rare de reconnaître dans les groupes quelqu'une des aciriccs qui vient de jouer ou de danser. Mais le commissaire Aubert est là qui veille à ce que ses prescriptions soient observées et à ce que. au dernier coup de onze heures, il n'y ait plus un promeneur dan*^ la Foire, car, à minuit, il ne doit plus apercevoir la moindre lumière dans aucune boutique. Il est vrai qu'on a eu le temps de souper chez Dubois, car le spectacle a Uni à neuf heures.

Monnet n'a pas manqué de redonner le Coq de village^ dont la carrière n'est plus bornée comme elle l'était à la Foire Saint-Geimain, et la petite Beauménard retrouve son succès. Tout le monde la veut voir; on fait partie d'aller Tapplaudir. Elle concourt à la vogue du théâtre, très fréquenté. Elle peut connaître quelque orgueil (et elle le connaît, en effet, ayant trop l'instinct théâtral pour que sa vanité ne se soit pas fort vile développée), car voici qu'on travaille pour elle. L'ancien souffleur de la Comédie-Italienne, L'Affichard, et son collaborateur Valois d'Orville rajeunissent à son

intention un vieux canevas italien : la Fontaine de Sapience^ dont la représentation sera donnée le 13 août.

Cette mauvaise langue de Chevrier, dans son Colporteur^ parlant des débuts de M'^'' Beauménard, raconte que, pour se faire recevoir par Monnet au nombre de ses actrices, elle dut lui promettre quatre louis par mois.

— Rêvez-vous, Brochure! s'écria la marquise, quoi, ces filles payent pour se donner en spectacle I

— Mais d'où diantre venez-vous, madame, reprit le chevalier : il me parait que vous ignorez le code Thuret et les éléments des autres spectacles!

— Monsieur le chevalier sait son Opéra par cœur... Une fille qui veut se faire connaître et qui se flatte de réussir par sa figure se présente au directeur de l'Opéra ou à celui de TOpéra-Comique; tous deux, dans la plus grande pénurie de sujets, disent toujours qu'ils ont trop de monde. Une jeune personne qui veut monter sur les planches et se faire voir aux Anglais, aux Hollandais et même aux pesants Allemands, tous gens vénérables, sacrifie quelque chose et demande d'abord de s'engager gratis. Le directeur fait alors valoir les prérogatives attachées aux filles de spectacles... Ces privilèges déterminent les postulantes à faire ce petit sacrifice sur le produit de leurs appas, et elles s'engagent à donner une certaine somme par mois pour être mises en possession

de l'indécence privilégiée. La Beauménard fut dans ce cas, mais ses charmes et sa jeunesse la rendirent célèbre de bonne heure.

Monnet, certes, n'était pas homme à refuser aucun profit. Mais, à l'âge qu'avait Rose-Pétronille et dans les humbles conditions oii elle avait été présentée à Favart, puis au nouveau directeur de l'Opéra-Comique, la redevance des quatre louis par mois ne paraît guère vraisemblable. D'ailleurs, M''° Beauménard, tôt parvenue au rang de petite étoile, jouissant de la faveur de Paris et de la vogue, a vite bonne opinion de ses mérites. On peut l'imaginer tirant avantage de l'heureuse fortune de ses débuts pour ne point trop réfréner les premières manifestations d'un caractère qui sera un peu fantasque, et parfois diflicile, tenant tête à tout le monde avec un esprit primesautier, faisant des progrès rapides dans l'art de la coquetterie : une petite personne décidée, pleine d'assurance ambitieuse, donnant sans indulgence son avis sur les talents de ses grandes camarades, prétendant même aux rôles qu'elle ne peut encore jouer, transportée, au demeurant, d'une manière d'enivrement dès qu'elle foule le plancher de la scène. Elle est déjà tout à fait actrice.

Actrice, elle Test bien aussi en ne témoignant de la docilité et de la déférence qu'à l'égard de Favart, qui tienl, en réalité, son sort entre ses mains, qui la fait travailler, qui compose les pièces où elle espère être employée, qui lui apprend un métier où elle a été surtout servie par la chance, dès son premier contact avec le public. Favart la traite en enfant qu'elle est, mais en enfant gâtée, n'oubliant pas qu'elle a eu giande part à la réussite de sa pièce. C'est à lui qu'elle devra ses meilleures leçons, dont elle se souviendra. L'aimable homme de théâtre, et qui a, en effet, le théâtre dans le sang, reconnaissant en elle un tempérament de comédienne^ la dirige, la conseille, lui inspire ce sentiment du goût qu'il porte en lui, l'oblige à fortifier par l'étude son instinct des planches. Favart et M"" Beauménard se retrouveront plus tard.

L'ingénieux factotum de l'Opéra-Comique est pourtant bien occupé pendant la période de cette Foire Saint-Laurent. Monnet estime que le succès oblige et il multiplie ses efforts pour varier ses spectacles. On applaudit en son premier sujet Préville, non seulement un acteur, mais un artiste de race. Cependant les Parisiens adorent la parodie, et il faut que Favart, organisateur,

metteur en scène, chargé de surveiller les répétitions, se livre à son travail d'auteur. Il expédie une pafodie des Indes gulanies^ mais il compose sa féei ie à' Acajou, et, pour M"*' Gogo, il écrit la Coquette sans le savoir.

A la Foire Saint-Germain de l'année suivante, la petite Beauménard, qui a un peu grandi, continue à ravir le public, la suivant avec un intérêt amusé dans cette autre comédie villageoise. Elle a beau porter dans la pièce le nom d'Agathe, c'est toujours M"*^ Gogo que l'on retrouve et que l'on veut retrouver, avec ses petits airs futés. Elle est charmante dans la scène oii Agathe, pour dépiter Colin, qu'elle croit infidèle, a, d'instinct, recours à toutes les armes de la coquetterie et feint de favoriser à la fois trois soupirants, en donnant à chacun d'eux, en môme temps, à l'insu des deux autres, une marque d'acquiescement à ses vœux. Pas beaucoup plus tard, c'est un art dans lequel, non plus seulement au théâtre, mais dans la réalité, excellera M"*" Beauménard.

Mais au directeur de l'Opéra, Thuret, suzerain desthéâtresdelaFoire, succède Berger,qui entend exploiler directement ces scènes, trop pros[)ères maintenant. Monnet est brusquement dépossédé

de son privilège avant d'avoir pu se transporter, avec l'été, à Saint-Laurent. Le coup, qu'il n'a pas prévu, est assez dur pour lui, mais Monnet ne se décourage pas facilement. Il sait qu'il aura sa revanche de la dispersion de son Opéra- Comique. En attendant, avec la protection du duc de Villeroi, il devient directeur du théâtre de Lyon, et, puisque les circonstances ne lui laissent plus Paris comme champ d'action, il entend éblouir les Lyonnais, jaloux de la capitale, par un triple spectacle d'opéra, d'opéracomique et de comédie. Il inaugure ses représentations le 15 décembre 1745.

JI

M'*'- Gogo a un peu plus de quinze ans. Elle sest épanouie; elle n'est plus l'enfant pleine de vivacité, mais encore grêle, de ses débuts. Les bras paraissent toujours un peu longs, mais cette particularité s'est atténuée avec le développement de la taille, le ferme et joli dessin du corsage, l'aimable proportion des lignes, tout ce qu'il y a en elle de grâce alerte. Elle a le plus piquant visage du monde, éclairé par des yeux malicieux. Ce visage s'est rempli; le nez court et massif chez l'adolescente donne maintenant seulement, dans une distribution plus harmonieuse de l'ensemble, une impression d'amu-

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santé hardiesse et de vie robuste, dans la fraîcheur délicieuse de cette physionomie particulièrement avenante. Les portraits que l'on a de M'" Beauménard (et Tun d'eux se trouve au Foyer de la Comédie-Française) datent de son âge mûr. Mais ils permettent de reconstituer la séduction de la jeune femme dans tout son éclat. Un dessin au crayon de Yivant-Denon, bien que fait à l'heure voisine de la retraite, est notamment expressif. Par tout ce que le temps a épargné, on imagine ce que dut être cette figure captivante, rieuse et railleuse. Des sourcils vigoureusement arqués lui donnent de l'accent, avec je ne sais quelle intrépidité de gaminerie, mais la bouche, avec ses plis sensuels, est d'une coupe exquise, et tous les amours habitent la petite fossette d'un menton bien potelé. Le caprice est dans ce front mobile, dans cet œil pétillant, qui est assez profond pour pouvoir être langoureux, s'il lui plaît de l'être, en jouant toutes les comédies, même celle de la passion, dans le frémissement de ces lèvres agiles. Au théâtre, c'est le type même de la soubrette. Dans la vie, comme cette jolie fille, bien armée, fantasque, pleine de contrastes, sera bien de son xvin^ siècle!

Monnet a emmené M"^ Beauménard à Lyon et elle tourne la tête aux Lyonnais. 11 serait extrêmement téméraire de chercher à démêler quel fut son premier attachement. Bientôt, elle conduira alertement plusieurs intrigues de front. Mais il semble bien qu'une aventure de coulisses, qui ne laissera pas d'influer sur sa destinée, ait fait précéder la gâlanteiie par l'amour, un de ces amours qui subsistent à Iravers mille infidélités, semblent s'évanouir et se réveillent, sans exiger, d'ailleurs, l'exclusivisme.

Dans la troupe de Monnet se trouve un garçon de vingt ans que Préville, qui a joué la comédie avec lui à Besançon, à ses débuts, a signalé à l'imprésario et a fait <'ngiger. La nature l'a bien traité, et il le sait, d'ailleurs. Elle lui a donné des traits réguliers «t fins, une taille bien prise, un air d'élégance, et elle l'a affranchi de toute timidité. Il s'appoUe Gilles Golson, et il a pris le nom de Bellecour. Il a étudié la peinture, il a même travaillé dans l'atelier de Caile Yanloo, mais le démon du théâtre lui a fait jeter ses pinceaux, et il a été s'essayer dans les provinces. I^ré ville, déjà maître de son art, lui a donné d'utiles conseils, a refréné sa fougue, l'a exhorté à l'étude de la

vérité, et Bellecoiir a assez vite profité de ses leçons. Pendant cette campagne, à Lyon, il est déjà un agréable comédien, il n'est nullement sot, d'ailleurs; sa carrière le prouvera. A ce moment, il joint à l'aplomb du comédien une sorte de belle humeur d'ancien rapin, une amusante vivacité, et il a un bel appétit de conquêtes. Tel qu'il est, il ne doit pas soupirer longtemps. De quelque plaisanterie échangée avec la Beauménard naît la petite étincelle qui, à diverses époques, se rallumera et fera se rejoindre, en des circonstances fort changées, les deux amoureux de Lyon. Au demeurant, il n'a pas le tempérament jaloux. Mais pour expliquer, plus tard, ces rencontres et ces reprises, il faut bien qu'un brin de sentiment se soit mêlé au plaisir légèrement cueilli et ait laissé un souvenir attendri. Puis, femme de théâtre, avant besoin de l'atmosphère du théâtre, — elle ne le quittera que pendant une brève période et pour le regretter bientôt, — M"^ Beauménard reviendra volontiers au comédien qui la comprend, qui parle son langage, qui a, avec elle, des émotions communes. Cette affection rappelant, avec les premiers emportements du cœur, les débuts, le pittoresque des voyages de ville en ville, les incidents

de représentations parfois improvisées, la camaraderie des « tournées » de Monnet reviendra, dans la vie amoureuse de M"^ Gogo, comme une sorte de refrain : il ne faudra, un jour, rien moins que le mariage, pour dégoûter définitivement Fun de l'autre ces deux êtres qui ont eu bien des affinités.

L'exislence est amusante, d'ailleurs, autour de Monnet, qui n'engendre point la mélancolie <'t supporte allègrement la tyrannie de sa maitresse, Agnès Doucet, dont les deux noms sont bien trompeurs, et que, en raison de son véritable caractèie, il a surnommée Yiolentine. De Lyon^ on se transporte à Dijon et à Châlons, par le coche d'eau. On a des aventures de route et d'auberge. Je ne sais qui a fait présent à M"'' Beauménard d'un perroquet dont elle ne se sépare pas et auquel elle a donné des leçons un peu libres, dont s'eiïraye une clianoinesse, peu à peu moins revèche, et ne quittant plus qu'avec regret la compagnie des comédiens. On imagine des stratagèmes d'opéra-comique pour s'assurer le meilleur gîte, et les roueries du répertoire du théâtre de la Foire servent à se procurer quelques commodités dans les hôtelleries les plus dépourvues. Préville ne montre pas.

en ce cas, inoins d'imagination que Monnet, se pare, au besoin, de qualilés et de titres qui impressionnent l'hôle; la gaîlé, du moins, ne fait jamais défaut. De jeunes oCficiers, qui voyagi nt, eux aussi, s'attachent à la troupe et se montrent galants pour les actrices. Fierville, qui a dû quitter la Comédie-Française et parcourt désormais les provinces, se venge de son exil en contant mille historiettes narquoises sur l'illustre maison. Bellecour et Gqgo roucoulent et se disputent tour à tour, car il y a très vraisemblablement déjà des internièdes dans leur liaison. Parfois, on court des dangers, dont on rit le lendemain. A Dijon, l'hôtel oii sont logés les comédiens risque, une nuit, de brûler et chacun se sauve comme il peut. Les inslincts et les tempéraments se révèlent en cette minute critique. Bellecour, qui se rappelle l'époque, peu éloignée où il ne disposait, comme garderobe, que d'un habit noir et d'une culotle de velours us(^, jette d'abord par la fenêtre, pour les préserver, ses vêlements. Préville, infiniment soigneux dans sa faconde se présenter en scène, songe, avant tout, à sa boîte à maquillage. M"^ Beanménarcl, qui n'a pas eu le temps de s'habiller, ramasse ses bijoux en hâte, les jette

dans sa chemise qu'elle relève comme un lablicr et, dans cet état, court au hasard devant elle en s'écriant : « Sauvez-moi, Messieurs, sauvez-moi la vie el mes bijoux! » Elle a oublié son perroquet, qui est la seule viclime de l'incendie. Cet événement ne nuit pas, d'ailleurs, au succès de la troupe, et les Dijonnais s'empressent de réparer les dommages qu'elle a subis.

Puis on retourne à Lyon, où les affaires deviennent, pour Monnet, plus difficiles, mais non pour M"® Gogo, qui s'est fort émancipée, tout en gaidant la meilleure part à Hellecour, dont les susceptibilités ne sont point trop vives. Lui aussi, il est tout à fait de son siècle. La magistrature, le haut négoce, l'armée se succèdent dans les bonnes grâces de la comédienne ou se les partagent en même temps. Il lui arrive même, parfois, de s'embrouiller un peu et d'envoyer au conseiller la réponse qu'attend le commerçant. Le magistrat, raconte-t-on, reçoit cette lettre dans le moment qu'il accueille un plaideur en séparation, lui exposant tous les griefs qu'il a contre sa femme; les termes du billet sont trop précis pour que subsiste le moindre doute sur l'infidélité de M^'^ Beauménard. « — Ah, la fourbe, l'ingrate, la coquine! »

s'écrie riiomme de robe. Et le plaideur croit bonnemeat que le juge s'associe à son indignation, et se félicite d'avoir trouvé en lui une telle attention, allant jusqu'à le déterminer à embrasser sa cause avec chaleur.

Cependant, Monnet quitte Lyon, oii il ne s'est pas enrichi, mais il n'est nullement découragé des entreprises théâtrales, et il va tenter la fortune en Angleterre avec une troupe de comédiens français. Cette fois. M""" Beauménard ne le suit point. Favart vient d'être chargé de la direction du spectacle à l'armée du maréchal de Saxe : il recrute ses acteurs et ses actrices, et il songe à la petite Gogo du Coq du village^ devenue une fort séduisante personne et d'humeur assez aventureuse pour se plaire en une vie de théâtre qui s'annonce pleine de pittoresque et d'imprévu.

C'est la période charmante et si joliment française de la « Guerre en dentelles », avec ses légendes de grâce et de raffinement d'élégance, aux jours de bataille. Le goût du plaisir et le goût du danger vont de pair. A la vérité, les opérations sont longues, préparant les heures décisives, et, à cette époque, où. Ton fait, d'une façon frivole, de grandes choses, on est capable de tout, sauf d'accepter l'ennui. En donnant à Favart l'investiture de la direction de sa troupe théâtrale, le maréchal de Saxe peut dire « qu'il ne regarde pas sa comédie comme un simple objet d'amusement, mais qu'elle entre dans ses

vues poliliques et dans le plan de ses opérations milîlaires ». Il semble là bien délaché pour luimême : on sait pourtant qu'il s'occupe fort des comédiennes, tout au moins. Mais le maréchal, lent et piudent, quand les circonstances exigent la lenteur et la prudence, aime mieux qu'on discute dans son camp, sur les pièces et les interprètes de son théâtre que sur ses mouvements militaires. C'est là sans doute ce qu'il entend par ses vues politiques.

Favart avait eu, à Gand, une première entrevue avec Maurice de Saxe, en janvier 1746, dans le temps que le maréchal entn'prenait cette campagne d'hiver qui troublait fort les Hollandais et les Autrichiens par d'incessantes surprises, et qui allait aboutir à la prise de Bruxelles. Favart n'avait pas déjoué sans peine (le maréchal ne connaissait pas encore M'"^ Favart) les pièces tendus par Parmentier, le directeur qui l'avait précédé pendant la campagne de 1745. Parmenlier avait fait envelopper l'homme de guerre qui fut le plus accessible aux séductions féminines par de gt acieuses actrices de sa troupe; elles avaient plaidé sa cause, et l'avaient sans doute bien plaidée, puisque Favart, appelé, cependant, par une lettre pré-

cise, avait eu à recommencer toutes le=î négociations. Sa supériorité d'homme de théâtre était apparue si évidente, quoi qu'il en fût, qu'il avait eu gain de cause, tout en étant forcé d'accepter une association avec Parmentier. Puis il fut entendu que celui-ci s'occuperait particulièrement de la troupe du comte de Lowendahl'. L'association, non sans ennuis pour Favart, dura pourtant jusqu'au mois de novembre.

Favari fit diligence pour constituer sa troupe, et les circonstances lui permettaient de se rendre directement à Bruxelles, oIj il arrivait, fort opportunément, le 23 février; la ville, défendue par le comte de Kaunitz, venait de

1. Si Maurice de Saxe était fils naturel d'un roi, le comte de Loweu a I était, lui, pctit-fiis naturel du roi de Danemark. On sa t que ce grand soldat, à qui la prise de Berg-op-Zoom valut -^n 1747 le bâ'on de maréchal de France, avai' été successivem-nt ai service de l'Autriche et de la Russie. En 1746, il s'em lara de Gand, d'Oudenarde, d'Ostende, de Ni uport. G'étaii une manière de colosse. Une estampe satirique, publiée à La Haye pendant la guerre de Flandre, représentiit le Diable tuant l'une main le maréchal de Saxe et de l'autre le comte de Low' nddhl, avec cette légende :

Tous deux vaillants Tous deux paillards

Tous deux prudents Tous deux bast«rds

Tous deux galants Tous deux sans loy

Tous deux paillards Tous deux sans foy

Tous deux à moy!

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capituler. Elle n'avait point l'air désolé d'une ville forcée et vaincue. Sans doute, il y avait eu douze jours de tranchées ouvertes, mais les conditions de la capitulation avaient été fort honorables, et les Bruxellois ne pouvaient oublier que, même pendant le siège, ils avaient été protégés par le maréchal de Saxe, qui, dans une lettre attestant une jolie coquetterie d'homme de guerre, avait prié Kaunitz de ne pas mettre le feu aux faubourgs de Bruxelles, ces dommages causés à une belle ville « devant être inutiles ». A son prestige s'ajoutait celui d'avoir été un vainqueur généreux. 11 n'y avait rien eu de plus galant et de plus courtois que la correspondance échangée entre l'assiégeant et les assiégés. Il est vrai qu'on ne tarda pas à s'apercevoir que le maréchal, qui s'était installé à l'hôtel de Tour-et-Taxis, ne laissait pas que d'être exigeant pour lui-même, avec ses habitudes de faste et de magnificence, pour ne pas dire de pillage. Mais son entrée dans Bruxelles ne ressenibla point à celle d'un ennemi de la veille ; ce n'était pas seulement une grande curiosité qui faisait se presser la foule sur son ^1 passage; de l'Hôtel de ville, où s'était rassemblée la société la plus brillante, partirent les

premières acclamations. Le soir même, on répétait partout un couplet fort avisé de Favart à la louange du maréchal.

C'étaient d'excellentes conditions pour commencer les représentations. Outre M"'- Chantilly, sa femme, Favart avait emmené avec lui M"'^ Dorimath, qui avait été remarquée à la Comédie-Française et aux théâtres de la Foire; M"" Bline, Armand, Fleury; M"'' Beauménard était l'une des plus jeunes de ces pimpantes comédiennes. Favard savait les égards qu'il devait à M"''' Navarre et Marie Verrière, favorites en exercice du maréchal, qui ne devaient pas tarder à le rejoindre à Bruxelles, et il avait réservé leur place dans la troupe.

Celle-ci allait s'augmenter sûr place. Le théâtre de Bruxelles avait été dirigé pendant le gouvernement de Charles de Lorraine par d'Hannetaire, un homme d'expérience qui avait déjà fait ses preuves à Aix-la-Chapelle. Avec l'arrivée de Maurice de Saxe tombait son privilège, mais il fit la cour à Favart, il l'attendrit sur sa situation, il se rendit utile à son successeur. 11 lui demanda d'abord d'engager sa sœur, qui était d'ailleurs fort jolie; il se ht acheter ce que Favart aurait pu prend^re, et ayant l'art de

mettre d'e la bonne grâce dans des obligations^ auxquoll- s il lui était malaisé de se dérober, il tira pied ou aile de sa dépossession. Pour recon(]uérir son théâtre, il devait attendre assez patiemment la paix, en utilisant ses loisirs à composer un traité de ÏArt du comédie?!.

Favart s'assura le concours de quelques-uns des sujets les plus goûlés du public bruxellois qui avaient été recrutés par d'Hannetaire : Dubois, Hercaville, dont il fit son régisseur; M"^'Bercaville, soubrette, et Durancy. Il les mêla aux acteurs enrôlés par lui : Moly, Lecluse, Desormes, Dreuillon et sa femme, Beaumont, Parent, Rebours, Cholot. Une danseuse, M^'° Auguste, allait bientôt passer à la troupe de Parmentier et plaire, encore qu'elle fût loin d'être belle, au comte de Lowendabl. La natuie, en lui refusant des grâces, lui avait donné un tempérament de feu; Lowendabl, qui était bâti en athlète, s'attacha à elle. C'était une belle revanche pour une jeune femme qui, à la vérité, excellait dans son art, mais que le public avait trouvé si peu avenante qu'il avait exigé que, en dansant, elle portât un masque.

Les représentations dont le répertoire de Favart iit les principaux frais, se suivirent régu-

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lièrement. A ce moment, le maréchal, qui devait avoir la curiosité, fût-ce par de simples passades, de toutes les comédiennes de la troupe, s'intéressait à M"'' d'Hannetaire. L'arrivée de Louis XV à Bruxelles donna une grande animation à la ville, et le spectacle en profita largement. Les affaires de Favart, définitivement débarrassé de Parmentier, étaient des plus prospères.

Mais la pittoresque vie aventureuse allait commencer dans cette série de marches et de contremarches qui devaient mener le maréchal d'Anvers à Liège. Grandes manœuvres des comédiens s'habituant à s'installer promptement, sur le terrain qui vient d'être disputé à l'ennemi, campant comme des soldats et répétant tandis que tonne encore le canon ! Favart, vaillamment, partait en avant, exposé parfois à des rencontres inquiétantes, ne pouvant même, toujours, user d'un carrosse que lui avait donné le maréchal, se renseignait, prenait les ordres, rejoignait sa troupe. Ces jeunes femmes, qui en faisaient le charme, s'aguerrissaient peu à peu. Des précautions étaient prises, sans doute, pour épargner à leur sensibilité de tragiques spectacles, mais il y avait l'imprévu, et les rires

clairs s'arrêtaient soudain, parfois, devant un convoi de blessés. Au demeurant, c'était la sensation d'un peu de danger possible qui donnait à ces gens de théâtre l'orgueil de vivre des heures singulières et l'illusion d'un brin d'héroïsme. Un incident attestait parfois la vraisemblance du péril, comme la surprise, aux alentours de Louvain, de la petite danseuse Grimaldy et de trois de ses camarades, dévalisées par des hussards autrichiens, et menacées de pis encore, si on ne fut opportunément venu à leur secours.

Il y avait de la bravoure dans l'air et elle exaltait lecœur de ces belles pécheresses. L'amour . frivole s'ennoblissait par la menace qui planait sur l'existence de l'amant, qu'une balle guettait, peut-être, à la première escarmouche. Le désir s'exaspérait à la pensée des incertitudes du lendemain, car enfin, cette gaîté et cette turbulence ne préservaient pas de la mort, et toute celte élégance n'empêchait pas l'éclaboussement du sang. Dans cette hâte d'un bonheur qui risquait d'être court, les rigueurs n'eussent-elles pas été cruelles? Aussi, à l'exception de M'"'' Favart, qui n'avait pas encore été tentée et qui ne pensait encore qu'à son mari, les séduisantes actrices de

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la troupe n'olFraicnt-elles que peu de résistance aux assauts.

Au demeurant, on s'accoutumail aux hasards des mouvements militaires. Paifois, Tordre de lever le camp arrivait au moment où le théâtre venait d'être dressé, et des roulements de tambours remplaçaient la symphonie des musiciens. On quittait les gîtes improvisés, on repartait, on accomplissait de nouvelles étapes. En juin, notamment, ces mouvements, nécessités pour rompre les positions de l'ennemi, furent incessants, déconcertèrent toutes les prévisions de ceux qui n'étaient pas dans le secret des opérations. On se transporta de Matines à Louvain, de Louvain à Lierre, de Lierre à Anvers, pendant le siège de la citadelle, d'Anvers à Raust, de Raust à Aerschot, puis à Saint-Ghislain, et, avec des retours, des pointes dans tous les sens, le quartier général s'établit à Wespelàer, à Walhem, à Corroy, à Thiries, à Villers. Les comédiens arrivaient dès qu'on pensait avoir quelque répit, mais un contre-ordre modifiait souvent tous les projets. C'était une partie seulement de la troupe — l'autre étant restée à Bruxelles — qui, accompagnée d'une escorte pour la préserver des attaques des pandours et

des compagnies franches du général Dann, tentait de donner spectacle, et il semble, de même les officiers étaient de grand'garde ou de tranchée, qu'il y ait eu des « tours de service ».

Favart a parlé de cette « promptitude des déménagements », l'obligeant à des dépenses supplémentaires, lui imposant des fatigues extrêmes, lui donnant mille soucis. 11 a parlé aussi des risques de sa compagnie, guettée par des pillards, bravement défendue, parfois, et jusqu'à l'échange de coups de feu et de coups de sabre, par les cavaliers désignés pour la protéger. Les comédiennes avaient souvent de volontaires gardes du corps d'un rang plus élevé, qui s'entendaient le mieux du monde à les rassurer, et qui se faisaient galamment leurs fourriers.

On jouait, au camp, pendant celle période, les Amours grivois^ le Coq de village^ les Fêtes publiques, les Vendanges de Tempe, le Bat hourgeois, le Bâcha d'Alger. On joua aussi, en 1746, après la prise du château d'Anvers, une pièce nouvelle, une pièce de circonstance, œuvre, évividemment, d'un des comédiens de la troupe, car Favart, quelque facilité qu'il eût au travail, n'avait guère le temps d'écrire, au milieu de ses allées et venues.

Cette Brabançonne généreuse ne méiiterait guère dètie tirée de l'oubli, si elle n'avait été composée, répétée et jouée pendant qu'on alla- (juait vivemenl la citadelle, défendue avec opiniâtreté par M. de Vied, qui oblint, en capitulant, les honneurs de la guerre. La très rare brochure qui subsiste ne donne pas la date de la représentation, mais la capitulation est du 3 juin, et l'on peut donc supposer que le spectacle, fêtant le succès remporté contre les Alliés, est du 6 ou du 7. Ce fut probablement au canr*p de Rauth qu'il fut donné.

L'action de la Brabançonne généreuse était assez ingénue. Un riche bourgeois de Bruxelles, M. de Flamenbourg, habitant présentement dans les environs d'Anvers, a fiancé — avant l'arrivée des Fiançais — sa fille Angélique à M. de Rotlenville, « membre des Étais de la République d'Hollande ». Mais M. de Rotlenville, qui plaisait déjà assez peu à Angélique, ne tarde pas à lui devenir odieux. C'est qu'elle a remarqué, pour sa galanterie et la bonne grâce de ses manières, un jeune capitaine français, le comte de ***, qui a été logé chez son père. Elle confie ses sentiments à sa servante Marton, et Marton lui affirme que le capitaine les partage. Rien de

plus facile que de s'assurer de cette passion du comle de ***; il suffit, par un artifice élémen- j taire, d'écouter une conversation du comte avec son valet : le jeune officier parle avec des transports d'Angélique, mais il ne songe pas à la séduire; il a trouvé en elle des charmes si parfaits qu'il ne conçoit qu'un tendre et respectueux attachement. Or, comment espérer obtenir la main d'Angélique, dont le père s'est déclaré l'irréconciliable ennemi des Français ? Pour s'étourdir, il a joué; il a joué éperdument, et il a perdu sur l'honneur quarante mille livres. 11 ne saurait les trouver, et il ne voit d'autre solu- ^ tion que de s'aller faire tuer au plus vite. L'occasion d'une mort glorieuse lui est offerte : son colonel vient de le charger d'un des postes les plus périlleux à l'assaut d'Anvers.

Angélique s'émeut, et « généreusement », elle imagine de venir au secours du capitaine, sans qu'il se puisse douter d'oii lui arrive le salut. Mari on a tôt fait de trouver un coquin de valet de ses amis, La Jeunesse, qui se chargera de jouer le rôle d'un prêteur d'argent. Mais La Jeunesse se voyant en possession de quarante mille livres, en voudrait bien garder une bonne partie, au moins; il obéit si traîtreusement à ses ins-

tructions que le comte de *** le prend pour un abominable usurier, de qui il ne tirera qu'une aide insuffisante. Le capitaine va se mettre à la tête de sa compagnie.

Marton découvre les fourberies de La Jeunesse et se désole du mauvais succès du stratagème. Il faut bien apprendre à Angélique la trahison de l'infidèle valet, et déjà Angélique pleure le bel officier, car il y a toute apparence, dans les dispositions où il était, que celui-ci se soit l'ait fracasser la tète. Le chagrin de la jeune fille est si violent qu'il inquiète M. de Flamenbourg, mis au fait de la situation par Marton. C'est un bonhomme de père, au fond; il s'attendrit; il promet à Angélique de l'unir au comte 4le ***, si rintrépide militaire est épargné par la mitraille.

Mais on entend, au loin, une terrible canonnade. Chaque détonation fait tressaillir Angélique. Est-ce ce boulet-là qui va frapper le capitaine? Tout à coup paraît Dauphin, le valet du comte. — Victoire! Son maître s'est couvert de gloire et est indemne. Angélique court à sa rencontre : le comte de ***, qui maudissait le sort de lui avoir conservé la vie, change bientôt d'opinion devant son heureuse fortune. Tableau final,

agrémenté de couplets martiaux, représentant la victoire des Français.

Marlon, c'était M^'^ Beauménard, très alerte, très délurée, en sa merveilleuse fraîcheur de jeunesse. Elle amusa le maréchal de Saxe, elle lui plut, et elle ne résista guère au héros, peu accoutumé d'ailleurs à des défenses qu'il ne devait connaître qu'avec M""^ Favart. Ce n'était pas qu'il fût alors bien séduisant. Vingt-cinq ans s'était passés depuis qu'il apparaissait à Adrienne Lecouvreur beau comme un jeune dieu, charmant par la douceur qu'il avait alors avec elle, lui qui pouvait être terrible par sa force, cassant en deux le fer d'un cheval « comnie on partage un biscuit ^). Il était devenu fort gros, au point d'être souvent impotent; son visage basané s'était bouffi, déformé, si ses yeux avaient encore du feu, des bourrelets entouraient ses paupières et il portait lourdement ses quaiantehuit ans. Mais il avait le prestige du conquérant et sa volonté avait force de loi. Au demeurant, il fut outrageusement trompé par toutes ses maîtresses.

Cependant, Maurice de Saxe était fort préoccupé du succès de ses vastes opérations pour affaiblir l'armée des alliés : il attendait la prise

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de Mons par le prince de Conti et celle de Charleroi, pour charger le comte de Clermont du siège de JNamur, tandis que lui-même épuisait Tennemi par ses mouvements. Ce ne fut que la saison suivante, à Bruxelles, qu'il se reprit d'un goût très vif pour M"*^ Beauménard, au point de le transformer en une sorte d'attachement de deux années, attachement qui n'empêchait pas, d'ailh'urs, des retours à des affections plus anciennes ou d'autres aventures.

En attendant, c'était Ja période martiale des représentations de la troupe, celle où elle faisait vraiment campagne, où elle était sans cesse en chemin, dans son appareil militaire, et, en ce temps de courtoisie entre adversaires, elle allait parfois donner le plaisir de la comédie aux Impériaux. Entre deux combats, le maiéchal de Saxe, par galanterie, prêtait ses comédiens à l'ennemi*. On a du moins la preuve d'un de ces spectacles dans l'autre camp, par un laissezpasser du duc Charles-Alexandre de Lorraine, à la date du 9 août 1746. On peut croire que ce

1. A ce moment, le maréchal de Saxe écrivait à Louis XV : « J'ai contenu le prince Charles, qui est actuellement visà-vis 'le moi a une portée de canon. Un petit ruisseau nous sépare... Notre position est établie sur des principes solides

n'était pas une escorte de pandours qui était expédiée pour recevoir, aux limites fixées, les représentants de Tesprit et de la grâce français, mais qu'elle était composée des plus brillants cavaliers envoyés par le beau-frère de l'impératrice Marie-Thérèse qui, tout en faisant la guerre aux Français, avait gardé un goût détermino pour tout ce qui venait de France.

Il y eut une halte au camp de Tongres, dans la vieille ville, entourée de ses remparts déjà ruinés. Le théâti^e se dressa sur la place, dominée par l'énorme tour de la cathédrale Notre-Dame. Pendant quelque temps, les représentations purent avoir quelque régularité. Les spectateurs venaient des cantonnements des environs, et même de loin, comme les officiers du corps de M. d'Estrées, dont les positions s'allongeaient jusqu'à Waremme. L'abonnement était de douze livres par mois. On allait annoncer le spectacle à son de trompe. M"*"' Bline, Brouillon, Fleury, Deuventenne étaient alors, avec M"*" Beauménard, parmi les actrices présentes. On joua pour la première fois à l'armée, Cythhre assiéf/ée et

et je tâche de ne rien donner de capital au hasard. Le simple soldat s'y connaît, et, lorsqu'il est bien posté, on s'en aperçoit d'abord à sa gaîté et à ses propos. »

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les Jeunes mariés^ de Favart, qui ne donnait liuère que son répertoire.

On sait Tépisode fameux qui a entouré d'une légende de jolie crânerie ces représentations de Tongres, le maréchal faisant annoncer par des <'ouplets de Favart la bataille du lendemain :

Demain, nous donnerons relâche, Guerriers, Mars va guider vos pas.

Demain, bataille, jour de gloire.

Que, dans les fastes de l'Histoire, Triomphe encore le nom français, llevenez, après vos succès, Jouir des fruits de la victoire... ^

fentliousiasme électrisant ce public de militaires, les officiers entourant Favart, l'intcrroucant, lui demandant confirmation de la nouvelle (car personne n'avait été prévenu, et Favarl, mis au fait des intentions de Maurice de Saxe, avait bien gardé le secret, selon les ordres reçus), la joie de l'action prochaine sur tous les visages, les bravades à l'adresse de l'en-

1, C-e que le soldat traduisit plus simplement, par cette chanson qui resta :

Malgré la bataille Qu'on donne demain Viens, faisons ripailles Charmante catin...

nemi, les serments de ne pas contredire les couplets, l'enlrain des soldats, bientôt avertis, la promesse de la bataille, se répandant comme une traînée de poudre dans la ville et dans le camp...

Le baron d'Espagnac allait trouver le maréchal à Orthey, et lui disait avec quelle joie on avait salué la pittoresque annonce.

— S'il plaît à Gott, répondait-il, dans soni piltoresque langage où les mots allemands se mêlaient aux mots français, c'est une victoire pour demain, car le cœur humain s'en mêlera.

C'était charmant , celte façon galante d'informer les troupes de leur rencontre avec l'ennemi (la bataille n'eut d'ailleurs pas lieu le lendemain, mais le surlendemain). Cependant, à cAi^ élégance et à cette fantaisie se mêlaient les dispositions les plus sérieuses. La victoire de Rocoux fut préparée de manière à ne pouvoir échapper au maréchal. Tandis que Favart composait ses couplets, il réglait, lui, Tordre de marche :

Toute l'armée laissera le camp vide sous la protection dos vieilles gardes de cavalerie. Le corps d'armée marchera sur huit colonnes, quatre de cavalerie aux deux ailes et quatre d'infanterie au centre. Chaque division aura en tête l'artillerie qui lui sera

assignée, et sera précédée de travailleurs. MM. les officiers généraux, conduisant les colonnes, sont priés d'observer dans la marche de rester à même liauteur, pour ne point se dépasser, se réglant sur leur droite, et de laisser 500 pas d'une colonne à l'autre et 100 d'intervalle d'un bataillon à l'autre, afin d'avoir le terrain nécessaire pour les quarts de conversion et l'intervalle des lignes. Après le corps de bataille marcheront les deux réserves, commandées, la première par M. du Ghayla, la seconde par M. de Contades. Ces quatre lignes devront attaquer par le centre et protéger les attaques de la droite et de la gauche, etc.

De la tour de la cathédrale Notre-Dame, M"" Beauménard et ses camarades virent s'ébranler l'armée, suivant la chaussée de Saint-Trond à Liège, allant gagner un champ de bataille très étendu. Puis les escadrons et les bataillons disparurent, et le bruit lointain du canon leur appril, vers midi, que l'action sétait engagée. Favart allait aux nouvelles et rapportait ce qu'il avait appris, l'attaque du village d'Ars par M. d'Estrées, la surprise des Hollandais, le délogement des Anglais, des Hanovriens et des Jiessois de Rocoux, la brillante charge de Voroux par les brigades de Mailly, de Bretagne et d'Artois, sous les ordres de M. de Glermont-Gailerande, l'en-

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valiissement du camp ennemi, h Wottem, par le maréchal, la confusion et la déroute des Alliés.

Les comédiennes avaient des amis dans les divers régiments qui étaient en ligne. On les entendait demander anxieusement aux messagers, arrivant bride abattue : « Oii est Picardie? Où est Navarre? Où est Royal-Vaisseaux? »

Trois jours plus tard, l'armée revenait au camp de Tongres. Elle avait perdu le lieutenant général de Salignac, tué d'un coup de canon deux lieutenants-colonels, dix-sept capitaines, treize lieutenants, onze cents soldats. Deux brigadiers, dix colonels, onze lieutenants-colonels, cent cinquante capitaines, cent trente-sept lieutenants, deux mille cinq cents soldats avaient été blessés. Mais on avait enlevé à l'ennemi vingt drapeaux, onze étendards, soixante et onze pièces de canon'.

Le théâtre du camp faisait sa réouverture avec

1. A Rocoux, le duc de Boufilers, n'ayant pas de commandement, combattait à pied sous les ordres de son fils, colonel d'un régiment. « — Je me raccommode avec l'iofanterie », disait Maurice de Saxe après la bataille. L'infanterie y avait eu, en effet, le rôle principal. Cette victoire n'avait pas eu, d'ailleurs, des résultats décisifs. « — Je souhaite, disait le chevalier de Belle-Isle, lieutenant-général, que le fruit de cette action soit plus considérable pour la politique qu'il ne l'est pour le militaire. »

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le. Cuq de village et les Amours cjrivois^ et quelques scènes de circonstance improvisées par Favart. On imagine ce qu'il y eut de fiévreux dans cette représenlation, et quel public chaleureux eurent les comédiens en ces combattants de la veille, sentant encore la poudre.

L'objectif du maréchal était alors le siège de Maëstricht, mais la saison était trop avancée pour l'entreprendre. Le maréchal de Saxe envoyait ses troupes dans leurs quartiers d'hiver et, le 22 octobre, il levait le camp de Tongres. La compagnie des comédiens, pour qui la devise donnée par Maurice de Saxe à son théâtre : Ludunt in armis, avait été une réalité, retournait à Bruxelles, rejoindre les camarades sédentaires. Elle avait l'orgueil d'avoir été mêlée à de l'Histoire.

Il ne reste que très peu de programmes des représentations données à Bruxelles. Mais on a la trace, par la correspondance de Favart, par quelques lettres privées et les heureuses épaves de papiers de théâtre, d'une grande activité. Les documents les moins rares sont ceux qui concernent Tannée 1747.

Sauf le temps consacré à quelques inspections et à un voyage à Versailles, le maréchal de Saxe passa l'hiver à Bruxelles et suivit volontiers les représentations de sa comédie.

11 avait réduit toutes les places des Pays-Bas autrichiens, étendu sa domination partout où il

s'était transporté, il avait augmenté sa gloire. Il n'était point pressé de Ja paix qui lui vut enlevé cette sorte de vice-royauté qu'il s'était constituée par la force des armes. Au dénient ant, les alliés, bien qu'affaiblis, entendaient lenter encore un suprême effort. Il faut bien diie que sa popularité, à Biuxelles, n'avait pas suivi la marche ascendante de sa renommée. Il avait des habitudes d'exaction que ses succès n'étaient pas pour atténuer; ce n'était plus l'ailrainistration paternelle de Charles de Lorraine : celle du maréchal, rançonnant sans cesse la ville, était singulièrement coûteuse, outre qu'elle était tyrannique. Avec les dépouilles des Flandres, Maurice de Saxe embellissait son chàleau de Chambord. Il levait des contributions excessives destinées à ses pîhisirs, et nombre de ses générosités lui étaient peu onéreuses.

Favart, qui n'en était encore qu'à l'admiration de son héros, ne se doutant pas des persécutions prochaines, louait le maréchal de sa magnificence, sans se demander si elle ne se prodiguait pas à bon compte. Il y eut, en cette année 1747, des « galas » dont 1 imprésario n'avait pas seul fait les frais. C'étaient des spectacles tout à fait galants, comme celui qui fut

donné le 9 janvier. Pour cette occasion, la troupe se transforma, sur le programme, en « Compagnie de la Toison de Gédéon, attitrée de l'Amour vainqueur ». Titre singulier, mêlant à la légende biblique un aimable paganisme. Gëdéon, c'était le maréchal, comparé au héros qui jetait la terreur parmi les Madianites. La Compagnie se parait de cette devise :

Ainsi que le soleil parcourt son hémisphère ' S'enfonçant dans la mer, remonlaut sur la terre, De même, la Toison de Gédéon descend Et reparaît encore avec plus de brillant...*.

C'était, cette fois, une tragi-comédie qui était donnée, « ornée de ballets, de spectacles et de danses », Abdallas^ roi de Thrace, ou la constante Olimple. Le programme annonçait que cette tragi-comédie « attirerait à M"*" Chantilly les applaudissements des spectateurs ». C'était un faste devant lequel eiit reculé le prudent Favart réduit à ses seules ressources. Déjà, le maréchal, qui avait écrit a M™*" Favart la lettre fameuse où il la traitait « d'enchanteresse plus dangereuse que M'"" Armide », s'attachait à lui montrer sa protection, et il pensait que les occasions de

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