‹ Mademoiselle GogoChapitre 34 sur 47 · Pierre-le-Grand, tragédie · texte numérisé non relu

Pierre-le-Grand, tragédie

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j et se demandait s'il n'était pas le jouet d'un rêve. »

Mais M'"^ Hellecour avait eu une déconvenue. Après en avoir été surprise, elle s'était attachée à la partie déclamatoire de son rôle. Les comédiens obtinrent de Beaumarchais, bien qu'il regrettât ce passage (il l'a dit dans sa préface), une large coupure, comme faisant longueur, portant précisément sur les tirades de Marceline, sur ses considérations sociales relativement au sort des lille? pauvres. « Hommes plus qu'ingrats... c'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse, vous et vos magistrats, si vains du droit de nous juger, et qui nous laissent enlever, par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister!... » Mais il lui restait la scène d'attendrissement, qu'elle joua parfaitement bien.

On sait quel fut l'engouement, allant jusqu'il une sorte de frénésie, ipourle M m^i âge de Figai^o. On peut dire que, après la soirée du 27 avril i78i, Paris et la France furent pris d'un vertige H figaresque ». Figaro fut partout, connut tous les honneurs, toutes les popularités. De la (iOmédie-Française, il passa sur toutes les scènes : jamais on ne disposa plus librement de la pensée

d'autrui, car il ne s'agissait pas de parodies, à qui tout est permis, mais d'intrigues édifiées avec les éléments fournis, malgré lui, par le père de Figaro. Beaumarcliais ne protestait guère, pourtant : il acceptait les plus singulières imitations comme l'expiation de sa gloire, ou bien, plutôt, comme un hommage rendu au vrai Figaro. Dès le mois de mai, l'Ambigu donnait le Repenti tir de Figaro^ où l'on voyait Figaro, las de Suzanne, sur le point de se séparer d'elle, où Chérubin obtenait un rendez-vous sérieux de la comtesse, enlevait Fanchette et était enlevé par Marceline... La recette pour faire une suite au Mariage était simple. On prenait les personnages, on les dépouillait de leur grâce propre et dé leur poésie, et on les lançait dans les aventures les plus arbitraires et les plus absurdes. Mais l'invincible pavillon de Figaro couvrait cette marchandise; telle était la magie qui s'attachait à son nom que les plus pâles pastiches étaient assurés de la faveur du public et que quelquesuns d'entre eux, dans la même période de temps, eurent autant de représentations que le chefd'œuvre. Aux théâtres de la Foire Saint-Laurent, les Figaros, sous toutes les formes, abondèrent. Il n'y eut guère moins de trente pièces dont un

Figaro, n'en eût-il que le nom, ne fût le héros. Aux « Grands Danseurs du Roi »., M. Nicolet, imprésario prompt à saisir l'actualité, était arrivé un des premiers en commandant à l'un de ses comédiens, Destival, habile homme en tous ! genres, un Voyage de Figaro qui ne ménageait ; pas les surprises aux spectateurs, car c'était en I Alger que se passait cette suite imprévue, dont I tous les personnages se trouvaient être captifs I des corsaires barbaresques.

I Mais ces imitations se passaient au grand jour. j II y avait aussi les spéculations coupables. Les provinces avaient hâte de connaître cette pièce , dont tout le monde parlait, sur des informations plus ou moins précises. Des gens sans scrupules imprimaient, sous le titre et le sous-titre de l'ouvrage, des élucubrations incroyables. Telle de ces brochures prouve nettement que, dans sa hâte, le contrefacteur n'avait même pas pris le temps de voir la pièce. Le nom de Beaumarchais s'étalait cyniquement sur la couverture. Il n'y I avait là, cependant, qu'un vague souvenir du Barbier^ et quel souvenir! 11 n'est guère possible de pousser plus loin la sottise. Figaro, « officier français », est épris de Rosine et chante des sérénades sous ses fenêtres. Mais il a comme

rivaux un Espagnol, don Alonzo, et un baron suisse. Le tuteur {il n est pas désigné autrement) décide qu'il accordera la main de Rosine à celui des trois soupirants qui aura eu le plus beau rêve, et qui le racontera. L'espagnol déclare que, en songe, il s'est cru en enfer; le baron suisse, au contraire, a rêvé qu'il était au paradis. Et Figaro? Figaro, pendant que les autres rêvaient, a enlevé Rosine, de connivence avec le tuteur, à qui il a promis la moitié de la dot. On conçoit la colère de Beaumarchais, indulgent à ceux qui, sans se cacher, exploitaient le riche filon qu'il avait découvert, devant l'impudence de ces compilateurs de platitudes, données comme son œuvre. La note de la première édition du Mariage, en 1785, flétrit énergiquement ces procédés éhontés. Mais, à la vérité, dès la première page, et même dans les pays les plus éloignés, qui pouvait être pris à cette supercherie?La pièce avait mis le feu aux poudres, et le lecteur le plus borné concevait, en parcourant ces fadaises, qu'on s'était joué de sa curiosité et qu'on lui avait extorqué le prix de la brochure.

Cependant, M"'' Bellecour, en des pièces nouvelles, jouait encore des soubrettes, celle de la Fausse coquette à^Ni^éQ^ celle delà Belle-Mère^ du même auteur % frère de M™^ Vigée-Lebrun, fort assidu à la Comédie par suite de sa liaison avec M"'' Doligny, celle de V Entrevue -, comédie

1. La Belle-mère (1788) est la plus importante des comédies, si oubliées, de Vigée. C'était un sujet assez réaliste, affadi par la manière dont il est traité : la lutte d'une femme contre la fille du premier mariage de son mari, ses tentatives pour la dépouiller, pour la faire haïr de son père. La pièce a cinq actes : les premiers sont nourris, les autres sont vides.

2. C'est dans VEntrevue (1788) que se trouve ce vers, parfois cité. Un mari, qui est comme s'il n'était pas marié, s'avise soudain des grâces de celle qu'il a délaissée et s'écrie :

Il est bien malheureux que ce soit là ma femme!

qui est encore de Vigée. Elle avait joué le rôle d'une vieille coquette dans V Oncle et les Deiu Tantes ', de La Salle d'Offémont, un colonel de la guerre de Sept ans qui sacrifiait désormais aux Muses, et qui devait, quelques années plus tard, reprendre du service, au moment de la Révolution. A quoi bon évoquer ces pièces mortes?

L'été, elle habitait le château du Grand-Gentilly, qui avait appartenu jadis aux Beauvais et aux Villeroy. Elle y avait des voisins aimables, le violoniste Branche, le violoncelliste Dupont, le banquier Tassin, qui ne supposait guère, alors, qu'il dût mourir sur l'échafaud et qu'il pût y avoir un an II qui lui serait funeste. La maison était sans caractère, mais le parc, au fond duquel se trouvait un réservoir dont les eaux venaient de Rungis, était fort beau. Dezède était naturellement l'hôte obligé du château. Le secrétaire de la Comédie, Deiaporte, y fréquentait, ainsi que quelques-uns des camarades de W^'' Bellecour, parmi lesquels Naudet, comédien d'une autre génération (il n'était à la Comédie que depuis l'année du Mariage de Figai^o)^ lettré,

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jcurieux de souvenirs d'une autre époque, aimant là entendre ceux qui les pouvaient couler, en meublant sa mémoire. Dezède amenait son ami 'Sauvigny, qui avait été garde du corps de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, poète, auteur idramatique et censeur de la librairie, mais cen seur fantaisiste, ne s'alarmant de rien et laissant passer volontiers ce qui l'amusait lui-même, de sorte qu'on avait dû lui retirer cet emploi, dont ii'avait fait pourvoir l'amitié de M™^ de Genlis. i En ces soirées de Gentilly, on composait en îcommun une pièce satirique, le Véritable Figaro^ dont Dezède improvisait la musique. Ce Figarolà, c'était Beaumarchais lui-même; chacun apportait son trait narquois, décochait sa flèche contre l'auteur fameux, et la comédie se transformait en pamphlet. Le lieutenant de police Le Noir, qu'attaquait l'avocat Bergasse, à la suite du procès Kornman, en faisant de ce magistrat le complice de Beaumarchais, se garda bien d'autoriser la pièce : le feu était déjà assez aux poudres!

En 1788, Dezède flairait une bonne afl'aire de théâtre : il s'agissait de cette pièce, les Deux Pages ^ qui eut, en effet, un succès considérable. Dn connaît le chapitre des Mémoires de Fleury^

OÙ le compilateur d'anecdotes qui en est Tauleur a conté la romanesque histoire du baron de Manteuffel. Ce baron de Manteuffel avait vécu à la cour de Russie, au temps de l'impératrice Elisabeth, et il y avait fait très brillante figure, héros d'une foule d'aventures amoureuses, mais il avait pris parti pour le duc de Courlande, dépouillé de son duché par l'impératrice, et, exposé au ressentiment de la souveraine, i n'avait dû son salut qu'à l'intervention de Frédéric II de Prusse. Il avait passé à son service e avait voué un culte au roi-philosophe; puis i s'était venu établir à Paris, se mêlant à la société des écrivains et des artistes. Il s'était plu, un jour, à évoquer en un conte dialogué la physionomie de Frédéric; il avait lu l'ouvrage dans le salon de la comtesse de Lamarck, et cette lecture avait causé dans ce cercle une vive impression. Ce n'était que distraction d'amaleui et il ne songeait pas à la représentation.

Selon les Métnoires de Fleiiry^ cet essai lu aurait cependant été demandé par la Comédie Italienne. C'est M"'- Contât, par amitié poui Fleury, qui aurait négocié le retrait des Deuâ Pages de ce théâtre. Cette version semble pei exacte. Il est beaucoup plus probable qucDezède

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en homme avisé, ayant eu vent de la lecture et

de l'effet d'émotion qu'elle avait produit, alla

trouver Manteuffel, et lui proposa de porter à la

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