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scène cette comédie sentimentale, qui passait

alors pour une comédie historique. Dezède se

j chargea de la mettre au point et de la faire jouer,

après l'avoir ornée de musique. L'ami de

' M""^ Bellecour ajouta un rôlepourclle. A la vérité

I Manteuffel ne paraissant pas en nom, Dezède

j s'habitua à considérer les Deux Pages comme

son œuvre propre, si bien que, trois ans après

jla représentation, qui est de 1789, il la vendait

en toute propriété aux comédiens et touchait

jseul le prix de cette vente *.

i. « Nous soussignés, comédiens de la Nation, d'une part, « Et Dezède. d'autre part, sommes convenus de ce qui suit : « Moi, Dezède, je vends, cède et transporte aux comédiens du théâtre de la Nation et à leurs successeurs le droit exclusif de représenter et faire représenter la pièce des Deux Pages^ tant et si longtemps que le droit de représentation appartient à Tauteur. ses représentants ou ayants cause ; je renonce à mon droit sur les paroles et la musique de cette pièce, comme aussi à toute rétribution sur les représentations qui auront lieu par la suite, dans lesquelles je ne saurais avoir [ilus rien à prétendre, au moyen du paiement de deux mille livres, auquel MM. les comédiens s'engagent envers moi, ion plus que pour les représentations passées dont il ma été compté jusqu'à ce jour.

«< Et nous, comédiens, au moyen des cessions et déclaraions ci-dessus faites par M. Dezède, nous reconnaissons lui

Manteuffel avait voulu cet anonymat, dont regretta plus tard l'imprudence, et il multiplia alors les lettres et les démarches pour faire reconnaître ses droits à lui.

Rien n'avait pu lasser la France du xvm^ siècle de son admiration pour Frédéric, ni les piquante révélations de Voltaire, ni les réalités, ni sa politique, ni ses victoires sur nos armées; en ce très grand roi, mais pour d'autres raisons que celles qui séduisaient l'opinion, elle continuait à ne voir que le roi-philosophe, le roi de la libertc de penser (à laquelle il ne fallait pourtant paî trop se fier dans ses Etats). Rosbach ne diminuf guère l'enthousiasme à son égard, et ce fu Soubise que l'on « chansonna ». Cette lettre qu'écrivait alors la femme aimable et dislinguéc qui correspondait avec M. de Mopinot, capitaim au régiment de Dauphin-cavalerie, est caracté

devoir et promettons de lui payer la somme de deux milL livres, sur la simple présentation au caissier du présent acte « Ladite cession ainsi faite pour faire jouer et dispose! pour MM. les comédiens et leurs successeurs desdits droit] en toute propriété et autre chose à eux appartenant.

« 20 juin 1792. » [Arcli. de la Comédie-Française.)

Ce contrat, à cette date, était un acte d'amitié des coméj diens vis-à-vis de Dezède, car les circonstances politique rendaient alors impossibles les représentations des Deui\ Pages.

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ristique. Pendant que M. de Mopinot se battait, son amie l'instruisait des nouvelles de Paris : « A Paris, le nombre des Prussiens est plus grand que celui des Français; Frédéric est un phœnix... heureux les peuples qui vivent sous sa domination. . . il mérite d'être maître de l'univers ; enfin, ses louanges, les souhaits pour le voir réussir et les paris pour ses heureux succès sont l'entretien des nouvellistes dans les cafés et les promenades. » Moins éblouie que d'autres, en songeant qu'une balle d'un soldat de ce « phœaix » pouvait tuer l'officier chéri par elle, l'informatrice ajoutait, avec quelque colère contre cet engouement : « Il faut une extrême palience 30ur entendre tranquillement tous les propos ndécents qui se tiennent publiquement à ce iujet. »

Les années passèrent; Frédéric ne fut plus que e (( vieux Fritz », puis il mourut, et l'on put uger de l'ensemble de son règne, et considérer [ue sa grandeur ne s'était pas fondée sur la noralité politique. La France, cependant, ne se lésabusa point, portée à des comparaisons qui l'étaient pas à l'avantage de ses propres souveains. La légende subsista et grandit, même : la veille de la Révolution. L'idée, à la fois

imaginative et sommaire, que l'on se faisait, à| Paris, de Frédéric, avec quelque vanité quei la France l'eût tant occupé, était celle qu'a exprimée un contemporaia : « Frédéric était mieux qu'un roi, c'était un auteur français, un gagneur de batailles, tenant à honneur de nous plaire, rêvant de conquêtes pour arrondir h Prusse et de gloire pour que Paris lui criât bravo! » Il n'y avait pas à aller contre ce sentiment, qui attestait quelque naïveté chez 1( peuple le plus raffiné qui fût.

Ainsi s'explique, le 27 mars 1789, ce prodi gieux succès des Deux Pages^ qui nous parai aujourd'hui tout à fait démesuré, de celte comédi dont la fable est des plus minces. De ces deu pages du roi de Prusse, l'un, Théodore, est u] étourdi, l'autre, Auguste, est un sensible adoles cent, ne songeant qu'à la situation pénible de s mère et de sasœur, ruinées par un injuste procèî Gomment leur venir en aide? S'il avait les deuT cents ducats dont l'emploi serait urgent ! Or, cetl somme, qu'il portait sur lui, Théodore l 'a perduq et, chose singulière, dans le moment même qu' se plaint de cette perte, Auguste, dans un moil vement qu'il fait, laisse tomber de sa poche u rouleau d'or. On savait le besoin qu'il avait c

i:et argent; les soupçons ne peuvent pas ne pas 0 tourner contre lui, avec quelque indignation iiil se défende. Mais combien cette accusation 'tait peu fondée! C'est Frédéric, touché de la étresse du jeune homme, qui a glissé ce rouan dans sa poche pendant qu'il dormait, car, éritable père de ses sujets, il corrige en leur aveur les disgrâces imméritées du sort. Selon oltaire, Frédéric manifestait tout autrement sa ienveillance à l'égard de ses pages.

On a peine à concevoir, à présent, par quelle omplicité générale cette forte physionomie du ^i de Prusse, sous le prétexte de l'embellir, tait ainsi dénaturée et affadie : tant de gens taient là encore qui avaient connu Frédéric, rôts à rendre témoignage, certes, de sa puismte volonté et de son génie, mais pouvant étonner un peu de cette sensibilité et de cette lunificence qui lui étaient prêtées, de cette inhomie d'un monarque épris de vertu et pasiiit son temps à faire d'heureuses surprises IX plus méritants de ceux qui vivent sous ses is. Est-ce ainsi que Frédéric, qui avait de 'sprit, eût aimé être loué? Lui, qui avait une Forte personnalité, il était transformé en une rte de « bénisseur ». A ces niaiseries, même

applaudies, il eût encore préféré les malices rancunières de Voltaire, qui le laissaient grand, du moins par tout ce que son ancien ami ne pouvait lui ôter.

Dans le second acte des Deux Pages^ Frédéric était présenté en un singulier raccourci ; une scène lui suffisait pour se montrer sous tous ses aspects; veillant à tout, découvrant la vérité malgré de faux rapports, terrible aux serviteurs négligents de TEtat, versant des larmes en apprenant les infortunes d'humbles paysans, soucieux de réparer ses torts envers un de ses fidèles conseillers mal jugé par lui, organisant, décidant, s'occupaiit de son armée, ne songeant à employer son pouvoir qu'en faveur des opprimés, et même, protégeant l'industrie ! Que de choses il accomplissait en peu d'instants, sans oublier de faire quelques allusions à ses œuvres littéraires. Et ce Frédéric II, monarque idéal, paraissait tout naturel aux spectateurs de 1789 î C'est que, enf fait, au delà de Frédéric, les idées nouvelles lej faisaient alors chercher, ce monarque idéal.

Ce Frédéric, tel qu'on se plaisait à se le représenter, avait trouvé, il est vrai, un interprète! extrêmeuient soigneux en Fleury, et ce rôleli décida de sa renommée. Il n'y a rien de pluH

îomique que le récit de Fleury sur sa prépaalion à ce rôle. A incarner le héros, il s'était senti une excessive responsabilité, et il estimait de bonne foi que le monde, dans Fattente de son apparition sur la scène, avait les yeux fixés sur lui. Fleury voulut être Frédéric lui-même : [< Je pensai, a-t-il dit gravement (et c'est cette ravité qui est amusante), que si je pouvais me placer dans la situation habituelle d'esprit de Frédéric, je parviendrais à donner à ma physionomie quelque chose de celle de ce grand homme. » Et on ne le vit plus que rêver de grandes affaires d'Etat, de sièges et de batailles, parlant à des ministres et à des généraux imaginaires, tandis qu'il s'habituait au sang-froid dans toutes les circonstances. 11 lallait êlre « un mathématicien sublime ». Tel ami qui le venait visiter devenait, pour lui, l'ambassadeur d'Angleterre, et il lui posait de brèves questions politiques. Il n'était pas à Paris, il était à Potsdam; il vivait sous l'habit militaire et couchait sur un lit de sangle; il jouait de la flûte, il composait des vers, apposait sa signature sur des feuilles de papier blanc qui représentaient des décrets, examinait sévèrement la tenue de son domestique, transformé en grenadier. A cet entraîne-

ment qui, avouons-le, nous paraît un peu puéril, il se donna bien l'extériorilé de Frédéric. La pièce ne lui permettait de restituer que cet aspect physique d'un roi, dont l'àme complexe était pourtant un peu plus intéressante que sa manière de mettre son chapeau ou de s'appuyer sur sa canne.

Le rôle que Dezède avait ajouté pour M"'^ Bellecour était assez bref, mais essentiellement sympathique : ce personnage de la gouvernante Lisbeth, attachée par le plus entier dévouement à la famille du page Auguste, lui donnait l'occasion d'un récit attendrissant, et il ne lui plaisait pas peu, à elle qui^ d'habitude, provoquait le rire, de tirer des larmes, par une tirade à effet. Aux côtés de Fleury, c'étaient Dazincourt, les sœurs Contât, M'"^^ Petit et Raucourt^

Le succès avait été tel qu'il avait donné à Dezède l'idée de tirer une seconde mouture d'un sujet aussi bien accueilli par le public. A Gen-

1. Dans la dislribution des DeiLx Pages se trouvait Talma, jouant le rôle du « garçon anglais » dans la scène où quatre garçons, de nationalités diverses, se présentent pour servir dans Thôtellerie tenue par Philips. Le rôle se bornait à ces quatre répliques : « Il avait tort. — Quand on a servi en Angleterre, on peut se présenter partout hardiment, je vous assure. — Monsieur, mylord veut payer. — A moi de même. »

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tilly, il se mit à l'œuvre, aidé de M""^ Bcllecour et de Sauvigny, et, en hâte, on composa, pour la Comédie-Italienne, Ferdinand^ ou \diSuite des Deux pages^ titre qui devait encore attirer l'attention. 11 faut bien confesser que la pièce n'est pas extrêmement ingénieuse ; en 1790, d'ailleurs, il fallait se hâter d'exalter la générosité de Frédéric. Cette fois, il s'agit d'un jeune officier qui, pour voler au secours de sa maîtresse, demande une permission à son colonel, qui est moins son chef que son ennemi. La permission n'est pas octroyée. Ferdinand, qui sait sa présence indispensable ailleurs, quitte cependant sa garnison. Le voici porté déserteur, et, comme tel, exposé à une condamnation capitale. Cependant, en route, Ferdinand sauve un voyageur attaqué par des bandits et fait des prodiges de valeur dont témoigne l'homme qui lui doit son salut, quand le jeune officier est arrêté. Frédéric a d'abord refusé la grâce de Ferdinand, mais il l'accorde quand il est instruit de la haine du colonel et de la bravoure dont a fait preuve le coupable. Les événements allaient abréger la carrière de cet ouvrage. Puis, Frédéric, ce n'était plus Fleury!

J'ai dit que le baron de Manteutfel chercha à

reconquérir des droits sur l'ouvrage qu'avait assez cavalièrement vendu Dezède. En Tan VIII, il les revendiqua par cette lettre, adressée aux comédiens du Théâtre-Français de la République :

Citoyens, quand je sacrifiai le produit de mon ouvrage à l'amitié, il m'était facile de faire des sacrifices. Aujourd'hui que ma position est bien changée, permettez-moi de vous rappeler les circonstances où Dezède vous a cédé la comédie des Deux Pages, que je venais de lui céder à lui-même. Alors que le règne des esprits violents venait d'éclater, les Deux Pages étaient proscrits d'avance. Cet ouvrage qui, jusque-là, avait été de quelque utilité aux talents qui en font le sort, frappé de stérilité par les circonstances, vous intéressa encore pour celui qui en représentait l'auteur. Vous vîtes l'homme de lettres privé de son travail, et, sans calculer vos propres intérêts, vous vîntes au secours des siens; enfin, en achetant une pièce que vous n'aviezplus l'espérance de représenter vous fîtes moins une acquisition qu'une gratification délicate. Le trait était digne de la Comédie-Française et de vous. Maintenant qu'un jour plus consolant semble luire pour la France littéraire, vous êtes rentrés dans tous vos droits et je puis me flatter que je n'aurais pas perdu tous les miens dans une semblable circonstance. L'équité que j'attends de vous n'a pas été tout à fait étrangère à l'administration de Feydeau : comment le serait-elle à une société

d'artistes qui, dans tous les temps, s'est attachée l'estime publique, autant que son enthousiasme? Les grands talents ne s'élèvent pas sans un caractère qui leur réponde. Voilà mon garant près de vous, et ce niême public, qui vous a jugé de toutes les manières, m'en est un, à mon tour, du bon effet de ma confiance, que je vous prie d'agréer comme un véritable hommage du plus vrai de vos admirateurs.

Ernkst Manteuffel.

Comment résister à une lettre aussi déférente? Malgré l'acte' qui les affranchissait de toute responsabilité à l'égard de Manteuffel,les comédiens consentirent à lui tenir compte, dans une certaine mesure, de droits qu'il avait laissé périmer. Dezède élait mort depuis six ans. Manteuffel, par sa courtoise démarche, avait mieux réussi que le fisc, poursuivant la rentrée de tout ce qui constituait la succession du compositeur : il avait suffi, en effet, d'opposer à toutes revendications de l'administration le contrat de cession passé en 1792.

Voici le dernier rôle, dans une pièce nouvelle, de la comédienne qui fut M'^^ Ciogo, devenue la doyenne du Théâtre-Français. Qu'il est loin, par les idées encore plus que par les années, le temps du théâtre militaire du maréchal de Saxe! Qui eût alors prédit la Révolution 1

Cette pièce, le Couvent^ de Laujon', est encore fort anodine en son action, car il ne s'agit que d'une aventure sentimentale; elle porte, cependant, la marque des temps nouveaux. Pour la première fois, on voit à la scène le parloir d'un

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