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UNE SCENE DU « COUVENT )) (1790) D'après le frontisjtire de la brochure de la pièce de I.aujoii
couvent, les grilles d'un cloître, et déjà ces grilles ne sont plus infranchissables; pour la première fois, l'habit monacal parait sur le théâtre; la disposition des esprits est telle que la pensée va bien au delà de ce qu'offre cette assez innocente comédie, où la marquise de Sincère, pour éprouver le caractère de la jeune fille que doit épouser son fils, s'introduit dans le couvent dont elle est pensionnaire, en se donnant comme une maîtresse de musique et de dessin. Mais on n'en est qu'à un an des Vietimcs cloiti'ées^ et, avant même que le texte même de la pièce ne s'y prête, l'effervescence générale fait chercher des allusions à la défense désespérée qu'oppose le clergé à l'abolition de ses privilèges. Les colères qui montent contre les abbayes, les prieurés et les bénéfices commencent à englober tout ce qui touche à l'Eglise. Les plaisanteries conire le clergé, se refusant à accepter la dépossession de ses biens, font fureur. On s'égaye des évêques qui, atteints dans leurs revenus, se souviennent soudain de leurs serments religieux.
« — Gomment, Coco, ditdansle Serment civique des demoiselles du Palais-Royal^ une de ces vierges folles à l'ecclésiastique qui la protège,
tu parles de religion!... C'est étonnant. Tu te connais en madrigaux, en chansons, en opéra, mais en religion! Je n'en reviens pas...»
Ainsi est-on enclin, sur le seul titre de la' pièce, sur le seul aspect des costumes religieux, à donner cours à des instincts frondeurs, même s'ils n'ont guère de prétexte à se manifester. Cependant, la question des vœux perpétuels n'est pas soulevée en cette comédie, ou à peine, car la sœur Saint-Ange, qui aime eu secret le fils de la marquise, n'est encore qu'une novice, ne s'est pas entièrement séparée du monde. Mais, bien que discrètement, et ne fûtce que dans les papotages des jeunes nonnes, on sent là un ton nouveau. M"^ Bellecour jouait dans le Coiweiit le rôle de sœur Bonaventure, une sœur bavarde, curieuse, grossissant les événements, les riens les plus futiles.
En janvier 1790, la Comédie, qui avait pris le titre de Théâtre de la Nation*, était déjà divisée
1. Ce changement de titre souleva alors quelques protestations, notamment dans les Révolutions de Paris dePrudhomme. « Les comédiens français, disait-il, ont changé sur leurs annonces le titre de Théâtre-Français pour celui de Théâtre de la Nation. Dix à douze journalistes, tant privilégiés que non privilégiés, se sont hâtés de leur allouer ce titre... De quel droit le Théâtre-Français serait-il le Théâtre de la Nationl
par bien des tiraillements intérieurs. Le parti qui adoptait les idées de liberté, composé de Talma, de Dugazon, de Grandmesnil, de Grammont, de M"*^ Vestris, appelait l'autre camp le parti des « Noirs ». Ces luttes s'étaient accentuées après les représentations de Charles /X, qui devaient provoquer Fincartade fameuse de
Serait-ce parce que les comédiens français, ay;mt fait une offrande patriotique de 25.000 livres, ils ont fixé le v^^rsement de cette somme à une époque oii la contre-révolution aurait été opérée, si elle avait dû avoir lieu? Serait-ce parce qu'ils jouent des pièces françaises ? Mais quelles pièces jouent donc les comédiens, si mal à propos dits « des Italit^ns » EtTOpéra ne joue-t-il pas des pièces françaises? N'a-t-il pas de plus le mérite d'être le berceau de la musique et de la danse françaises?
« Le titre de Théâtre national est une g'nnde et belle récompense qu'il faut réserver pour celui des théâtres qui, dans quelques années, aura le mieux favorisé l»* développement du patriotisme et de l'esprit public... Et nous nous hâterions de le donner sans examen à un sujet s.ms mérite!
« Les comédiens français, quoi qu'ils fas-eni, ne doivent point y prétendre tant qu'avec un théâtre si peu dispendieux lis maintiendront, dans le seul objet de triplée leurs parts, les billets d'entrée à un taux excessif, qui ch *sse les cinq >ixicmes de la Nation du théâtre prétendu ii«ti(»nal. Le prix des places ressemble au décret du marc d'argent : les riches, à qui est réservée lentrée du spectacle français, et les non riches qui en sont exclus, parce qu'ils n'ont ; as les mains pleines d'or. {Révolutions de Paris, n» 23.)
Les directeurs des Variétés voulurent s'approprier le titre [ue venaient de quitter les comédiens français, mais ceux-ci leur firent défense de le prendre.
Talma^ Du côté des « rétrogrades », les plus déterminés étaient Naiidet, Fleury, Saint-Prix, Dazincourt,^M"'' Contât, Raucourt, Lange, Joly. M™^Bellecour, près de sa retraite, était parmi les comédiens indécis, mais Dezède, mordant aux idées nouvelles, allait l'entraîner sinon dans le parti des violents, du moins dans celui des « avancés ».
Cependant, les « rétrogrades » eux-mêmes devaient bien satisfaire les goûts du public, qui réclamait des pièces de circonstance. Quelques jours avant la représentation du Couvent^ la Comédie avait donné la première pièce célébrant la liberté, le Réveil d Epiménide , de Flins-des- Oliviers, qui, plus tard, allait défendre Othello à sa façon, en faisant du drame shakespearien Tapologie de l'égalité, car, disait-il, « les hommes du 10 août n'exercent pas au théâtre Faris-
1. « Nos grandes querelles ne commencèrent pas avec Charles IX. Bien avant Talma, bien avant Charles IX, et quand Ghénier tombait à plat avec i4-^înire, nous nous étions, nous, comédiens, rangés sous différents drapeaux... nous nous disions : Es-tu Galonné? Es-tu Necker ? Nous blâmions ce que d'autres saluaient, nous portions aux nues ce que d'autres dénigraient. Lisette était en guerre ouverte avec P'rontin à cause de l'assemblée des Notables, et Alceste ne voulait pas croire au déficit, malgré les assertions de Célimène. » [Mém. (le Fleury, tome IV.)
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locralie de la couleur, et trouvent bon qu'une femme blanche aime un homme dont la couleur diffère de la sienne, lorsque cet homme est j(^une, beau et passionné ». Mais Flins-des- Oliviers n'en était encore qu'à l'émerveillement de lant de rapides conquêtes sous l'égide d'un bon loi :
Après quelques moments de (rouble et de licence,
Son auguste et douce présence Apporte le bonheur à son peuple calmé.
... Au sein de ses enfants, que peut craindre un bon père ? Plus il est vu de près et plus il est aimé.
Il était difficile d'être plus mauvais prophète. Au demeurant, il faisait glorifier la liberté, mot grisant, alors, par Epiménide, témoin de tous les changements survenus dans les mœurs et dans les idées, lui qui s'était réendormi sous le règne de l'autocrate Louis XIV.
Ah, combien j'aime à voir danser les citoyens
Sur les débris de la Bastille !
Ces prisons, ces cachots qu'habitaient les douleurs Ont été couronnées de verdure et de fleurs!
Puis, c'était le Journaliste des ombres\, du chevalier Aude, qui, quelques années plus tard, devait exploiter de toutes les façons le person-
nage de M'"^ Angot, et, autre pièce de circonstance, les Trois noces^ de Dezède, qui, à son tour, jugeait opportun de suivre Tétat de l'opinion et célébrait l'œuvre de l'Assemblée constituante.
Cette manière d'à-propos patriotique, Dezède invitait les comédiens à le représenter sans délai. (( 11 est essentiel, leur disait-il en un billet qu'il leur faisait porter, de lire celte pièce aujourd'hui et de la jouer au plus tard daus huit jours. Je viens de passer quatre nuits, j'ai besoin de prendre l'air, je serai au Luxembourg, et, en voisin, sans façon, vous voudrez bien m'envoyer un garçon de théâtre pour m'indiquer l'heure à laquelle vous serez libres ^ »
Ce qui explique ce ton cavalier, c'est la familiarité de Dezède avec la plupart des artistes. Il demeurait alors rue de Condé (iM'"^ Bellecour habitait le pavillon Corneille, c'est-à-dire la même maison, si les entrées étaient différentes), et il passait presque toutes ses soirées au foyer de la Comédie.
Les Trois noces' ^ dont Dezède interrompit
1. J. Glaretie. La Révolution française, 30*^ année, n» 11, 14 mai 1911.