L'opéra comique des Trois noces est une espèce de
lui-même les représentations, par une décision dont les auteurs ne sont pas coutumiers, eurent pour interprètes, avec M"''' Bellecour, naturellement, Dazincourt, Talma, Marsy, La Rochelle, Dunant, M'"^' Petit, Devienne, Joly\ Lange, La Chassaigne, Fleury, Desgarcins.
Mais au vent d'orage qui soufflait sur la Comédie succède la tempête : c'est l'affaire de l'exclusion de Talma, c'est l'intervention brouillonne de Dugazon, et, après des soirées tumultueuses, la fermeture momentanée du théâtre par la Municipalité. Puis c'est la rentrée imposée de Talma {<( quel triomphe" pour la philoso-
pastorale qui obtint beaucoup de succès: une comtesse dote trois jeunes filles, mais la fête est troublée par des brigands que repousse la garde nationale. La fille de la comtesse arrivait de Paris; elle assistait à l'Assemblée nationale où le roi a paru comme un père au milieu de ses enfants; elle peint des couleurs les plus vives ce beau moment et cite avec attendrissement les traits les plus touchants. L'ivresse s'empare alors de tous les spectateurs, qui couvrent d'applaudissements la pièce et les acteurs... Cette pièce était ornée de danses, d'évolutions militaires, dont l'exécution fut aussi parfaite que le jeu des acteurs. (Etienne et Martainville, Histoire du Théâtre-Français depuis le commencement de la Révolution jusqu'à la réunion générale.)
1. « Ainsi que M'"» Bellecour, avec laquelle cette actrice eut constamment la plus grande analogie, M°»e Jolyfut supérieure dans les servantes de Molière. » (Lemazurier, Galerie historique du Théâtre-Français.)
2;t6 MADEMOISELLE GOCO
pliie » ! écrit-il à M. de Coupigny), sa popularité croissante. Ce sont les colères s'exaspérant, rendant le travail difficile, faisant déjà entrevoir la scission des comédiens. On ne monte plus qne peu de pièces nouvelles, les distributions devenant difficiles dans cet état d'hostilité, et, au milieu de ces divisions, le titre de Tune de ces pièces, le Conciliateur^ de Demoustier, paraît assez ironique. Aux querelles d'opinion se mêlent les rivalités, qui se réveillent plus âprement que jamais ; M"* Sain val et M""^ Vestris se déchirent, et la première finit par abandonner la partie. M"" Raucourt et Louise Contât s'éclipsent, disparaissent. On a peine, souvent, à assurer le répertoire. « Tout est en rumeur au faubourg Saint Germain, écrit M'"^ Fusil à son amie M""® Lemoine; des propositions sont failes aux mécontents; les gens de lettres désirent beaucoup qu'elles aboutissent, parce que cela les affranchirait des entraves pour faire jouer leurs ouvrages. »
]yjme Bellecour n'est plus la batailleuse qu'elle a été : elle décide de se retirer définitivement du théâtre à la clôture de Pâques le 10 avril, clôture mémorable, car elle voit se produire la séparation de la troupe. Dans ces circonstances
(lifficilos, le règlement de sa pension se trouve (liiïdré, mais elle est femme de tcte et sait débattre ses intérêts.
Le 4 juillet 1791, après une entrevue qui, quelques jours auparavant, n'a pas donné de résultats positifs, elle écrit aux comédiens :
Messieurs et Dames,
D'après la lettre que vous m'avez fait l'honneur de me faire écrirepar voire secrétaire, je me suis rendue à votre assemblée, il y a huit jours, pour terminer nos affaires. Me regardant sans doute comme étant encore votre camarade, vous m'y avez laissé deux heures sans parler de rien. Cette erreur me flatterait infiniment dans une autre circonstance, mais les engagements que j'ai pris, d'accord avec vous, me forcent à vous conjurer de tenir la parole que M. Desessarts m'est venu donner. Il m'a dit que, demain, mardi, on s'assemblerait pour terminer avec moi. Comme je suis sûre qu'il ne m'a dit que ce qu'il était chargé de me dire par sa société, je vous prie de ne point oublier que, demain, je me rendrai à cette dernière invitation. Je suis venue exprès de la campagne et vous êtes. Messieurs et Dames, trop honnêtes et trop justes pour ne pas sentir que celle qui fat voire camarade pendant quarante-deux ans ne doit pas valeter sans cesse pour obtenir ce qui lui appartient.
L'état des pensions est fait, puisque le quartier
est échu fiu premier de ce mois et qu'elles sont toujours payées exactement. Mes 1.050 livres y sont sûrement comprises, et vous n'avez pas besoin du Conseil pour cet article. Vous n'en avez pas besoin non plus pour me rendre mes fonds, et mes créanciers les attendent. Ce n'est donc que pour la forme de ma retraite? Vous me permettrez de vous représenter que, depuis Pâques, cette forme a dû être décidée et que, ne tenant point à plus ou moins d'éloges sur mes talents et sur la manière dont j'ai fait mon devoir, cette forme, si difficile, peut être remplie par une délibération simple, signée par toute la société.
Songez, Messieurs et Dames, que vous arriverez tous à l'instant de votre retraite, à plus ou moins de distance et qu'alors vous vous trouverez humiliés en éprouvant les dérangements que votre peu de réflexion me fait essuyer. Faites-moi savoir l'heure oi^i vous désirez que je me rende demain à votre assemblée, et je m'y rendrai avec exactitude.
J'ai 1 honneur d'être, Messieurs et Dames, avec
une parfaite considération, votre très humble et très
obéissante servante.
Bellecour'.
La Comédie s'excuse de ces retards en invoquant les circonstances. Oiî est déjà le temps du règne des gentilshommes de la Chambre sui les théâtres et de Tarrangement des affaires pai