Archives de la Comédie-Française
Papillon de la Fcrté? Papillon, fort Inquiet (Je l'avenir, n'ayant pas la conscience bien en repos au sujet de la reconstruction de l'Opéra, qui a été pour lui une fructueuse opération sur des terrains lui appartenant*, se hâte de multiplier les gages de civisme. Il fait des dons à la nation, il est commandant de la garde nationale de l'Ile Snint-Denis, il offre à ses frères d'armes un magnifique drapeau, sans pouvoir, cependant, détourner de lui des soupçons d'accaparement de grains et de munitions de guerre, soupçons qui se fortifieront et, trois ans plus tard, le conduii'ont à l'échafaud, étrange dénouement pour une existence d'organisateur de plaisirs!
Alors, commence un débat sur le chiffre de la pension. La Comédie ne fait pas état des sept années passées par M"^ Bellecour au théâtre, suivies de son départ en 1756. Elle ne veut compter ses services que de 1761, arrêtant ainsi sa retraite à 3.700 livres, au lieu des 4.200 auxquelles prétend la sociétaire retirée.
M"^ Bellecour ne s'incline pas devant cette décision sans protester quelque peu par une lettre qui atteste son entente dans les questions d'argent.
1. Un haut fonctiomiaite de Vancien régime^ par René Farge {Annales révolutionnaires ^ n» 1, 1912).
Quand je vous ai parlé de i.200 livres de pension pour quarante-deux ans de services, c'est que j'étais convaincue qu'elles m'étaient dues, car je vous jure sur mon honneur que je ne suis rentrée à la Comédie que sous la condition que mes sept années effectives et les cinq d'absence me seraient comptées pour ma pension, et c'était pour vous montrer la preuve que je viens de rechercher l'ordre qui devait le constater. Cet ordre est louche. Comme je ne me mêlais de rien, que c'était mon mari qui arrangeait tout ce qui me concernait, il crut que dire que l'on me rétablissait dans la place que j'avais à la Comédie-Française et dans ma jouissance de ma demi-part était une explication suffisante. Vous trouvez qu'il s'est trompé, et je ne puis rendre la vie au maréchal de Richelieu, ni à M. de Fontpertuis' pour vous constater la vérité par leur témoignage.
Ainsi, Messieurs, n'ayant d'autre preuve à vous offrir que ma parole d'honneur, si vous jugez n'y point devoir ajouter foi, si mon. exactitude à remplir mes devoirs et peut-être mes talents, et surtout ma probité à remplir mes devoirs ne déterminent pas votre conviction, je ne chicanerai point et m'en tiendrai à votre décision.
Quant à mes fonds, je ne vous dissimule point l'embarras affreux où vous me mettez par votre délai; j'ai pris des engagements, qu'il me faut tenir absolument. Il n'y a qu'un moyen de me rendre la
1. M. de Fontpertuis occupait, aux Menus, une des ctiarges que PapilloQ de la Ferté avait réunies dans son intendance.
MADEMOISELLE COCO oiji
tranquillité, et je vous conjure de ne pas vous y refuser. Prenez des temps fixes et faites-moi des mandats portant intérêt, que je puisse donner en payement; il vous sera plus facile de vous acquitter M trois ou quatre parties et je ne serai plus touriiientée par ceux à qui je dois. Croyez, je vous prie, que je ne vous ai si pressés que parce que je le suis moi-même. Si j'avais pu me passer de mes fonds pour me liquider, je les aurais sûrement trouvés très bien entre vos mains, mais ma situation ne me Ta pas permis. Je reviendrai à Paris vendredi et samedi; vous voudrez bien me faire part des termes [ue vous aurez pris, mais les plus procliains qu'il ous soit possible, car vous ne payez l'intérêt qu'à 5 t je le paye à C. J'attends votre réponse, ma position me force à cet empressement ^
Cette situation difficile, M"' Bellecour Texai^érait beaucoup. Elle garda toujours de Faisance, malgré les pertes qu'elle dut subir pendant la Révolution. Mais elle concevait des inquiétudes sur l'avenir de la Comédie et elle <îherchait à réaliser ce qui lui était dii, fort experte à gérer ce qui lui restait de fortune. Tout ce qu'avait jadis reçu M""' Gogo n'avait pas fondu entre ses doigts.