Faber. Le Théâtre français en Belgique. Bruxel es
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briller données à la comédienne n'avanceraient pas peu ses affaires auprès de la femme. Abdallas^ avec la pompe théâtrale qui avait été déployée, dut exciter quelque curiosité : on avait accoutumé d'applaudir M°"' Favatt dans des rôles plus légers ; il est vrai que ce tragique ou quasitragique était mêlé d'intermèdes souriants*.
A Bruxelles, on joue aussi pour la première fois les Nymphes de Diane, où M'"^ Favart, dans le rôle qu'a écrit pour elle son mari, est charmante. On connaît le sujet de cet acte aimable qui devait être souvent donné au camp dans les campagnes de 1747 et 1748. Quand une nymphe se doit engager au service de la déesse, une épreuve lui est imposée par la grande prêtresse.
1 . Le singulier sujet (ÏAbdallas est celui-ci : Le roi de Thrace, Abdallas, est épris de sa sœur Olimpie qui se refuse à l'inceste et aime, d'ailleurs, le noble et généreux Ariamène. Celui-ci, à qui le roi ne pardonne pas les sentiments qu'il a inspirés à Olimpie, est, par son ordre, jeté au fond d'une prison. Mais Abdailas est attaqué par les Byzantins, il est vaincu par eux. Les Byzantins célèbrent leur victoire et délivrent Ariamène, ils veulent même faire de lui leur général.
Ariamène est un héros qui a toutes les délicatesses : il se souvient qu'Abdollas, pour coupable qu'il soit d'intentions, est le frère d'Olimpie. 11 refuse les honneurs qui lui sont offerts et, avec une troupe de partisans levée par lui, il délivre le roi de Thrace qui connaissait, à son tour, les rigueurs de la captivité. « Abdallas, dit le livret, promet d'être plus raisonnable, et accorde la main d'Olimpie à son magnanime rival. »>
Un jeune homme se présente à elle et essaie de toutes les séduciions pour la détourner de ses vœux. Urémire va subir cette épreuve, et c'est le bel Agénor, l'aimant en secret depuis longtemps, qui se présente. Il met une telle ardeur et une telle sincérité dans ses efforts pour détourner Urémire du culte de la déesse que la nymphe se sent fort troublée. Des sentiments qu'elle ignorait lui sont révélés, et la grande prêtresse, indulgente, consent à ne pas consacrer à Diane une néophyte qui a gardé d'aussi profanes attachements. Au reste, l'Amour lui-même paraît pour unir Urémire et Agénor.
A côté de M""^ Favart, jouaient, dans les Nf/mphes de Diane, M'" Durancy (la Prêlresse), M"^ d'Hannetaire (Cyane), M"« Jacmont (Églé), une fillette, la petite Evrard, qui représentait l'Amour, et Durancy^ Lécluse, Rebours et Alexandre, ce dernier dans le rôle burlesque d'une vieille nymphe.
Mais M'"*' Favart et M^'' Beauménard, bientôt rivales, se rencontraient souvent dans les pièces représentées. Ainsi en était-il dans Cythère assiégée, oii M""-' Favart jouait Carite et M'"' Beau-
1. Durancy, très utilisé par Favart, restera cependant à Bruxelles après son départ.
iiiénard Chloé, tandis que les autres rôles (Haient tenus par Parent, Durancy, Brouillon, Yjues d'Hannetaire et Jacmont. Ainsi en (^tait-il encore dans Acaiou, dont le prodigieux succès au Théâtre de la Foire de 1744 se renouvelait à Bruxelles. Le rôle d'Acajou était dévolu à M'" Beauménard, celui de Ziphile à M'"" Favarl'. Le maréchal, après un caprice pour M'"" Bline, était revenu à M"^ Beauménard, en attendant qu'il se montrât plus pressant à l'égard de M'"'' Favart. Il est bien peu probable que u M'"" Gogo » se piquât d'une extrême fidélité, mais elle tenait à n'être point supplantée dans sa situation de favorite. Favart, sans le savoir, avait en M'" Beauménard le meilleur défendeur de son honneur conjugal, car elle dut tenter tout le possible pour faire renoncer Maurice «le Saxe à la conquête de la Chantilly. Elle feignait la jalousie, ce qui était un artifice de coqueilerie auquel pouvait n'être pas insensible un (|uinquagénaire dès lors fort disgracié, tout grand homme qu'il fût. Il faut croire qu'elle réussit à
1. Autres rôles : Fée Harpagine, le sieur Rebours; fée Ninette, petite Evrard; Podagrambo et MetromHne, le sieur Drouillon ;. Mortifer, le sieur Lécluse ; Gueulard, le sieur Beaumont; Glapissant, le sieur Parent.
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garder quelque empire sur ce sultan qu'était le maréchal puisque, l'année suivante, au moment de la première chute de M""^ Favart, elle ne consentait point à battre en retraite. Il est piquant de se représenter cette petite comédienne de dixsept ans, d'un tempérament emporté, sûre, d'ailleurs, de se faire pardonner ses violences par la fraîcheur de sa jeunesse, tenant lete, en parodiant son fameux « s'il plaît à Gott », à l'homme de guerre qui, selon le mot de Marmontel, disait que ses maîtresses lui donnaient plus de tourments « que les hussards de la reine de Hongrie »*.
Avec le printemps, l'armée se remettait en campagne, et les comédiens suivaient l'armée au quartier général. Celte fois, la troupe était plus nombreuse, et M"'^' Favart avait dû s'y joindre. M. de Lowendahl, parti de Gand, envahissait la Hollande. Le maréchal opérait d'abord de grands mouvements autour de Bruxelles, s'installait à Matines, retournait à Bruxelles pour y recevoir le roi, regagnait Louvain, puis prenait position à Tirlemont. L'année 1740 avait vu la victoire de Rocoux; 1747 allait voir
i. MarmonteL Mémoires, tome
' celle deLawfeldt, où furent culbutées les troupes
I anglaises, hanovriennes, liessoises, autrichiennes,
i séparées dans leur retraite désordonnée. L'action
\ avait été acharnée et avait coûté aux Iroupes
l françaises plus de sept mille hommes ; les alliés
i en avaient perdu onze mille et avaient laissé
deux mille prisonniers. Pendant les sérieuses
opérations qui devaient aboutir à la bataille du
3 juillet^ la comédie était retournée à Bruxelles.
Elle était rappelée et se dirigeait vers Tongres,
d'où le maréchal surveillait le duc de Cum-
berland.
Une pièce satirique*, qui donne plaisamment des commandements et des grades aux comédiennes, a conservé le nom des artistes alois présentes à Farmée, celles dont on se souvient pour quelque raison, et celles qui sont bien oubliées aujourd'hui. Sur ces narquois états, l'importance du grade correspond à des raisons de galanterie. Les danseuses se mêlent là aux comédiennes. Il y a le « corps détaché » sous les ordres de M'"' Mortagne, dont les « lieutenantsgénéraux » sont M"^' de Villeneuve, Faune, Villiers; les « brigadiers », M"'" Prévost, Le-