Arch. de la Seine
un douzième seulement avait été payé en l'an IX, par suite de divers délais accordés à FOpéra- Comique.
En 1816, une tardive réclamation se produi^. sait pour ce qui restait à recouvrer de ce théâtre: c'était celle d'une dame veuve ïhérée, se disant fille de Dezède, mais sans pouvoir prouver ses titres.
En juillet 1831, l'affaire de celle succession n'était pas close. L'Administration des domaines réclamait encore 34 francs. Elle n'avait eu qu'une satisfaction partielle, puisque, quelques mois plus tard, elle revenait à la charge, et une correspondance énorme s'engageait pour la rentrée de 5 fr. 92. Trente-neuf ans après sa mort, l'Etat s'acharnait sur les minces dépouilles de Dezède.
.M""' liellecour quitta bientôt sa maison de Gentilly, où il n'y avait plus, désormais, que de la tristesse pour elle. Elle devait bientôt quitter aussi, à Paris, le pavillon Corneille. Mais elle avait été si peu habituée à la solitude! Elle se rapprochait de sa famille, de son frère et de sa sœur, et une amie d'ancienne date, M"^ Le Barben, venait demeurer avec elle. Elle demandait pour cette amie ses entrées à la Comédie, et
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cette r(5ponse galante lui était faite au nom des soeiélaiies :
Vos camarades se souviendront toujours avec plaisir et reconnaissance que vous avez embelli le Théâtre-Français par vos talents. Toutes les fois qu'ils pourront vous donner une preuve du plus vif intérêt, ils la saisiront avec empressement. Je suis chargé de vous remercier de l'occasion que vous leur en fournissez*.
Mais que de changements autour d'elle! Les soirées orageuses qu'elle avait jadis connues, à la (Comédie, n'avaient été telles que par suite d'une cabale littéraire ou de factions pour ou contre des comédiens. Maintenant, c'élaient les passions politiques qui déchaînaient la tempête en ce théâlre où s'était passée sa vie! De ses fenêtres du pavillon Corneille, elle voyait, en janvier 93, ])endant les violents incidents des représentations de ÏA77îi des Lois, les troupes mettre en état de siège la (bmédie, et Santerre, le « général mousseux », faire rouler ses canons sur la place. Un peu de temps encore, et ce sera Tarrestation de ses anciens camarades, Fleury, Saint- Prix, Dazincourt, Vanhove, Larive, Dupont,
1 Arch. de la Comédie-Française.
Larochelle, les sœurs Contât, M^^" Raucourt, M^i*" Lange, M'^' Devienne, conduits aux Magdelonnettes. Mole restt' l'élégant Mole, malgré l'âge, joue chez la Montausier le rôle de Marat dans les Catilinas modernes. Dugazon, qui fut de si belle humeur, Dugazon, qui mystifiait si bien le gros Desessarts, compose des pièces révolutionnaires : le Père Jacobin et le Modéré\ Monvel, de la chaire de Saint-Roch, transformée en tribune, prononce des discours patriotiques, oia, ne voulant plus se souvenir qu'il a jadis dédié son Amant bourru à la Reine, il flétrit r « altière Autrichienne, cette furie qui, la torche à la main, a cherché à embraser sa nouvelle patrie »... Un peu plus tard encore, et M"*^ Bellecourlira, dans Le Courrier de r Égalité ow. dans quelque autre feuille, la mort, sur l'échafaud, de Papillon de la Ferté, avec lequel elle avait eu de vifs différents, quand il prétendait qu'elle cessât de jouer les soubrettes pour prendre l'emploi des duègnes.
A soixante-trois ans, il eût été permis d'éprouver un grand trouble devant de tels bouleversements. C'était le monde dans lequel avait vécu M""*^ Bellecour qui disparaissait, cet <( ancien régime » auquel elle avait été mêlée
de près par ses liaisons avec ses représentants les plus significatifs. Il semble cependant, sans être indifférente au sort de ses amis, qu'elle piqua avec assez de philosophie la cocarde nationale sur son bonnet. Elle avait toujours été aventureuse, avec une sorte de bravoure, et, bien qu'elle n'eut guère joué que la comédie, peut-être voyait-elle surtout dans la Révolution une suite de péripéties dramatiques. Vieillesses singulières de comédiennes et de femmes de théâtre, à cette époque! M"*' Clairon, retirée dans sa maison d'Issy, faisait profession, après la publication de ses Mémoires^ qui n'attestaient pourtant pas son détachement absolu du passé, de ne plus lire que les maximes d'Epictète dont Frétillon, jadis, s'était bien peu souciée. Sophie Arnould, habitant, à Luzarches, un ancien couvent de moines, se donnait des occupations de fermière, se consolait, avec son esprit, de sa quasi-misère qui allait devenir de la vraie détresse, et elle écrivait ironiquement que, elle qui avait allumé tant de feux, elle n'avait pas un fagot pour le faire flamber. M'"' Hus, sur le compte (le laquelle M""" Bellecour s'était si librement exprimée, M'"" Hus, de la fameuse lettre de Diderot contant sa rupture avec Bertin,
M"^ Hus, qui s'appelait maintenant la citoyenne Lelièvre, donnait des preuves ferventes de civisme par ses dons à la Nation. La Guimard, devenue la citoyenne Despréaux, ne songeant plus à son hôtel fastueux de la Chaussée d'Antin, maniait l'arrosoir dans son petit jardin de la Butte-Montmartre entourant une espèce de chaumière, ayant du moins comme époux un homme d'heureux naturel, qui se consolait par des chansons de la dureté des temps...
M'"^ Bellecour quittait le faubourg Saint-Germain d'oii la Comédie avait été proscrite. 11 lui était vraisemblablement pénible de voir « son » théâtre ou fermé ou occupé par une troupe de hasard. Elle s'allait loger rue Barbette, dans l'ancien hôtel Bourée de Corberon\ qui venail d'être acheté, comme bien national, par un nouveau propriétaire. C'était alors une fort belle maison, qui existe encore, mais dont l'aspec s'est bien modifié par la construction de corp^ de bâtiments à la place de l'avenue de tilleuls qui conduisait à la façade. Elle s'installait ai premier étage, auquel on accédait par un majestueux escalier qui se déroulait sur des panneau>