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Alors n» 473, aujourd'hui n

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(le marbre dorés aux encognures. (le premier étage avait été divisé en deux appartements, et une cloison avait coupé le magnifique salon avec ses cinq portes et fausses portes, naguère décoré des trumeaux de Watteau représentant des groupes de joueurs, le saute-mouton, le cochonnet, les quilles. Des parties de la décoration somptueuse et galante de l'hôtel subsistaient encore. La Révolution, 8vec ses hasards, offrait à la comédienne vieillie une élégante retraite et, dans le temps où tout se nivelait, où les conditions se trouvaient bouleversées, le dernier logis qu'elle devait occuper lui rappelait, on dépit de quelques dévastalions par des travaux hâtifs et maladroits d'utilisation pratique, le décorde luxe de ses jours de jeunesse. Derrière l'hôtel s'étendait un assez vaste jardin, dont la gloire était un superbe catalpa, jadis planté par le maréchal d'Estrées. Dans ce jardin, au moment du grand engouement pour l'extension de laculture de la pomme de terre, on avait fait des essais suivis, avec la « sensibilité » de lépoque : de la plaine des Sablons, Parmentier venait parfois rue Barbette ; il avait été convenu que Bourrée de Corberon aurait le premieimorceau de pain fabriqué avec de la farine de

pomme de terre, ce qui était Tutopie du moment.

Au milieu de toutes les difficultés pour conserver dans la dépréciation des biens des resto^ de fortune, un homme d'affaires avisé, Jacque- Lanlaigne, Taidait de ses conseils. Une servante, Anne Martin, veuve Lecomte, lui donnait ses soins, et le portier Prudhomme, qui se trouvait aimer le théâtre et l'avait vue à la scène, répondait de ses sentiments civiques. De la rue Saint-Pierre-aux-Ghoux venait parfois son frère, Etienne-François Le Roy de la Corbinaye, qui était en bons termes avec les patriotes et qui, d'aventure, emportait de chez elle (car il était assez besogneux) quelques souvenirs du temps oii elle menait grand train. L'ancienne soubrette traversait en sécurité des heures tragiques.

Elle suivait les théâtres qui s'étaient multipliés; peut-être allait-elle voir, au Théâtre du Marais, dont elle n'était pas bien éloignée, Robert^ chef de brigands^ joué par Baptiste aîné, ou, un autre soir, les Bizarreries de la Fortune^ mais, sûrement, avec un peu d'amertume et de jalousie survivant à sa retraite, elle se rendait au Théâtre de la République, rue de la Loi, cette scène née des dissensions de la Comédie, quand

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M"*' Joly, rendue à la liberté, lui succédait dans Dorine. Elle passait les ponts et venait féliciter ses anciens camarades, délivrés par le 9 thermidor, lorsque ceux-ci essayaient de repr<^ndre possession de leur salle, devenue le Théâtre de rÉgalité, section Marat, où, bien que sa raison fût désormais peu solide et qu'il portât péniblement le poids de l'âge, reparaissait son ami Préville. Mais les comédiens, rentrés dans leur ancien faubourg Saint-Germain, se décourageaient de la lutte, s'éparpillaient, la plupart d'entre eux passant, cependant, au Théâtre Feydeau, sous la direction de Sageret, homme avisé, mais qui devait être, en fin de compte, ruiné par l'envergure de ses entreprises.

Au Théâtre de la République, où elle comptait aussi d'anciens camarades, M°"^ Bellecour assistait à d'autres scènes tulmu tueuses, mais dans un sens contraire à celles qui s'étaient produites; elle voyait les acteurs qui avaient fait leurs preuves révolutionnaires humiliés, honnis, forcés de chanter le Réveil du Peuple^ en faisant amende honorable. Aux pièces d'inspiration terroriste succédaient celles qui se livraient à une débauche d'invectives contre les vaincus de Thermidor. Dans Pausanias^ aspirant à la

tyrannie, la tragédie prétendait peindre Robe] pierre* ; et sur la scène où s'était donné le Jugi ment dernier des roisy on jouait le Tartuffe révi lutionnaire^^ succédant à Cange ou le Commusionnaire de Lazare\ qui avait ouvert le feu des ouvrages de réaction : « Le système d'oppression est anéanti, disait le vertueux commissionnaire; les chefs de cet odieux parti ne souillent plus le sol de la libeité. » Qu'était-ce donc dans les autres scènes, aux Variétés, au Vaudeville, au tliéâtre de la rue Martin, aux Variétés- Amusantes et même à l'Opéra-Gomique, où, dans On respire^ le terroriste Volmar s'entendait ainsi maudire : « La vapeur du sang que tu as fait verser perce tes vêtements et les marque du sceau de Finfamie! » Et le fougueux Martainville, dans des vaudevilles vraiment furieux, vomissait l'injure contre les Jacobins.

Les comédiens, rivaux ou adversaires, car l'apaisement ne s'était pas fait entre eux, se rencontraient, en un jour de trêve, aux obsèques de M"'^ Dangeville qui, âgée de quatre-vingt-

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