‹ Mademoiselle GogoChapitre 42 sur 47 · Théâtre de la République, 9 brumaire an II · texte numérisé non relu

Théâtre de la République, 9 brumaire an II

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éeux ans, s'éteignait en mars 1796. Il y avait bien longtemps, près de Irente-lrois années, qu'elle s'était relirée, mais cette survivante incarnait, en quelque sorte, la grande époque de la Comédie et, passés dans des camps différents, quelques-uns de ceux qui avaient, dans leur jeunesse, joué encore à ses côtés évoquaient avec mélancolie, au milieu des difficultés actuelles, ce temps oii leur Maison élait glorieuse. M"^ Dangeville élait unanimement respectée ; après sa retraite, elle avait reçu ses anciens camarades et leurs successeurs dans sa maison de Yaugirard. Deux ans auparavant, à une séance du Lycée des Arts, Mole, qui jadis lui avait donné la réplique, s'était plu à lui assurer une sorte d'apothéose, en prononçant son éloge, tandis que M"" Joly couronnait son buste. Les traditions qu'elle avait laissées étaient dans la mémoire de lous; ceux qui avaient débuté bien après son départ avaient été nourris de son souvenir. D'amères réflexions venaient à l'esprit.

C'est après cette rencontre que M""- Raucourt avait conçu l'idée de reconstituer la Comédie sur ses bases de jadis. Elle avait entraîné avec elle Larive, Saint-Phal, Naudet, Dupont, M"*"Fleury et Mézeray, et elle s'était assuré le Théâtre Lou-

vois, conviant les comédiens du Théâtre de Isr République et ceux de Feydeau à se joindre à ses efforts pour refonder une grande famille*. Mais cette « troisième branche d'un arbre jadis si vigoureux » n'avait été que languissante. L'appel, renouvelé dans l'à-propos d'ouverture-, les Deux Sœurs ^ de Laya, n'avait pas été entendu. Quelle que fût l'activité de M"^ Raucourt et de sa troupe, qui jouait particulièrement la tragédie et le drame, Verneuil et Saint-Ehne ou les Dangers du soupçon, les Trois fils ou rHéroïs?ne filial^ Laurence (de Legouvé), Geta, ses efforts avaient été peu récompensés. Elle avait cependant attiré Mole dans son théâtre. La nouvelle scène n'avait pas tardé à sombrer, et s'il est vrai que les ressentiments de Merlin de Douai, qui avait été raillé (ou s'était cru raillé) dans une petite pièce, provoquèrent sa fermeture, le dénouement n'eût été que peu différé. Les ac-

1. « M"e Raucourt avait porté FattentioD jusqu'à laisser dans la distribution intérieure de son théâtre plusieurs loges d'artistes vides, et sur la porte on lisait les noms des anciens acteurs du Théâtre-Français : ainsi, il y avait au Théâtre Louvois la loge de Talma, celle de Fleury, de Dazincourt, de Dujçazon. Que ne sont-ils venus les occuper, al^rs! On eût joui plutôt d'une réunion qui fait enfin les délices de l'art dramatique. » (Etienoe et Martainville.)

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