Bibl. de la Ville de Paris, mss
quants du plan si raisonnable que j'exécute? Deux invincibles (car, heureusement, j'ai déjà triomphé du reste), deux personnes seulement : la citoyenne Contât et le citoyen Dazincourt, ce dernier avec un talent aimable, mais éclipsé par Dugazon et fortement en danger pour sa réputation entre Larochelle et Michot, qui n'ont chacun que 12.000 livres d'appointements, tandis que lui a trouvé le moyen d'en obtenir 26.000. Dazincourt tremble que dans dix mois je ne lui fasse la loi. Quant à la citoyenne Contât, elle touche par mois en argent sur le pied de 33.000 livres par an. C'est un de ces talents qu'on ne peut trop payer, mais l'école dramatique, qui va être nommée incessamment, et dont je provoque l'établissement, peut permettre son remplacement pour l'avenir. Inde irœ, et, avant tout, on veut tirer une somme énorme d'un renouvellement qui ne deviendrait nécessaire que dans treize mois. Vous avez maintenant, citoyen ministre, le secret des grandes colères et des petites intrigues. J'espère que ma franchise me méritera votre confiance.
Et il signalait un petit complot, savamment ourdi :
On vous tend un piège pour décadi, jour où l'on croit que vous viendrez incognito dans la loge du citoyen de Pays. On veut donner la Coquette corrigée^ où jouent ceux qui s'intitulent orgueilleusement artistes français, comme si ceux du théâtre de la République et une partie de ceux de l'Odéon n'a-
valent pas été longtemps leurs collaborateurs et leurs camarades. Quand on vous aura fait voir cette ^^oquette corrigée, on vous dira : « Voyez la perfection de notre ensemble, voyez comme il serait dommage de ne pas conserver sans entourage un diamant de celte espèce. Faites donc que nous soyons toujours seuls et n'approchez pas de nous ces inutiles talents du théâtre de la République... » Je vous livre cette lettre que je vous prie de me rendre ou de jeter au feu, mais je me dois à moi-même de vous ^''crire ' !
Toute la correspondance de Sagerel, souvent curieuse, est pleine de ces doléances sur les obstacles intérieurs auxquels il se heurtait. Après cinq mois, à bout de ressources, il abandonnait la paitie. Les troupes s'éparpillaient de nouveau. L'incendie de l'Odéon, dans la nuit du 28 au 29 ventôse an VII, deux heures après la première représentation de V Envieux^ de Dorvo, achevait la dispersion. Paris, qui avait eu Irois .Théâtres-Français, n'en avait plus un seul. La réunion générale et définitive ne devait être re'alisée, sous les auspices de François de Neufchâteau, que quelques mois plus tard".