MSS. français. Chansons hi^lor'irjues. Tome XXXV
grand, Vallois. L'« état-major » se compose de M^'*"' Chantilly, Verrière etLacombe. Il y a, dans cet ordre de bataille de Farmée féminine en Flandre, le « corps de M"^ Navarre », avec comme « lieutenants-généraux » M"*' Brouillon, Bline, Deuventenne, Fleury. La « seconde ligne )) est sous les ordres de M"*' de Nenon. Puis ce sont des « maréchaux de camp » et des brigadiers qui n'évoquent plus aucun souvenir, M"®^ Julie, Dancourt, Arman, Commartin, Candache, Blause, Iris, Cartier...
M"' Beauménard aurait droit, alors, au litre de a généralissime ». Elle est fort orgueilleuse de sa faveur auprès du maréchal; elle se soucie peu de ses passades," mais elle fait bonne garde s'il s'agit d'un attachement risquant d'être plus durable. Il n'est pas impossible qu'elle ait alors, par toutes sortes de roueries, déterminé M"^ Favart au parti qu'elle prit de quitter brusquement l'armée et de retourner à Bruxelles. Elle avait tiop d'intérêt à cette sorte de fuite pour n'y avoir pas aidé, sous les dehors de l'amitié.
Mais, l'année suivante, M™'' Favart était à bout de rési"^tance et « la divinité du parterre adorée » cédait au maréchal. On pourrait supposer, par la suite de son aventure, que, faisant de la
politique à sa manière, selon un calcul qui ne se devait point trouver juste, elle s'était donnée pour n'être plus désirée. Les luttes qu'elle devait soutenir en 1749 contre Maurice de Saxe sembleraient indiquer cette résolution exirême. Mais le témoignage de Marmontel dément cette hypothèse, et Marmontel savait bien, par son intimité avec d'autres maîtresses du maréchal, ce qui s'était passé en Flandre. Il parle nettement de la (( rivalité » de M"^ Beauménard et de ^jme Pavait, et de leur mutuelle jalousie. ^jme Pavart ne s'immola pas pour être plus tôt délivrée d'obsessions qui lui étaient déplaisantes, puisque, à son tour, elle supporta malaisément le partage et se donna la peine de combattre, avec des armes qui n'étaient pas peu redoutables, — son esprit moqueur, sa finesse, sa vivacité mutine, — la première occupante. Tout cela ne l'empêchait pas, d'ailleurs, d'aimer fort son mari.
M"^^ Pavart ne retourna pas à l'armée.
M"^ Beauménard, pendant la campagne de 1748 qui se termina par la capitulation de Maëstricht, en mai, prit part encore à quelques représentations du camp, plus espacées que l'année précédente, se retrouva de nouveau àTongres, ville
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morte que ressuscitait tout à coup un grand appareil militaire. Les représentations reprirent à Maëstricht même, pendant les négociations pour la paix. Puis ce fut le retour à Bruxelles et la dislocation de la troupe, à la suite de la débâcle de Favart, dénouement imprévu d'une aventure théâtrale qui avait eu des heures si pittoresques, encore entourées aujourd'hui du prestige de jolis défis d'élégance et de crânerie*.
1. La paix devait être [funeste à Favart. La restitution des Pays-Bas à l'impératrice Marie-Thérèse le privait des privilèges qui lui avaient été accordés sous l'occupation française, et il y eut une sorte de coalition des intérêts qu'il avait lésés à soQ arrivée à Bruxelles. Le marquis de Botta, qui représenta d'abord l'Autriche dans le Brabant, était assez naturellement disposé à soutenir les revendications contre Favart, soudain accablé de pmcé's, assailli de toutes parts, ayant déjà subi des pertes pendant sa dernière année d'exploitation du Théâtre de la Monnaie. On sait la lettre désespérée de Favart. contraint à prendre la fuite, à Bercaville : « Je suis persuadé que vos soins et votre expérience sauveront quelques débris du naufrage. Eh, qui n'aurait pas donné, comme moi, contre recueil que la mauvaise foi me cachait ! »
Les lauriers moissonnés dans les camps donnent un brin d'héroïsme aux aventures galantes de M^'" Bcauménard. Onla retrouvera plus tard, pas un de ces caprices sentimentaux qui mettent un peu de joli roman dans cette très libre existence de comédienne, dans d'autres camps, en Allemagne. Mais la voici, en 1748, rentrée à Paris, très décidée à toutes les conquêtes. Elle a été une charmante actrice d'opéra-comique : d'autres ambitions lui sont venues, et ce ne sont pas les appuis qui lui manqueront, ceux que trouve aisément une jeune femme, jolie et particulièrement piquante. Elle a une voix d'un
timbre agréable, le sentiment de l'expression, le goût de la musique, et elle s'avise de rêver de faire figure à TOpéra. On n'a pas de peine à obtenir pour elle la bienveillance du directeur TréFon laine, qui, prévoyant déjà la catastrophe dans laquelle il sombrera, ménage les influences par lesquelles elle pourrait être atténuée. Quel est. à ce moment, le protecteur de M"^ Béauménard ? Il n'est pas toujours aisé de s'y reconnaître parmi tant d'amis, qui sont rarement des amis exclusifs. Est-ce déjàMilord Stafford, un de ces fastueux Anglais qui sont déjà nombreux à Paris, et qui, quelques années plus tard, sembleront être venus en France tout exprès pour édifier la fortune des « demoiselles de moyenne vertu », selon l'expression, très euphémique, de l'époque*, Mylord Stalford, qui a eu deux de ses ancêtres décapités, et qui com-
1. N'est-ce pas M. Fanke, qui traitera la Gourdon elle-même, cette pourvoyeuse, avec les plus exquis raffinements de la galanterie ? M. Vooderburn emploiera toute une stratégie pour faire la conquête de la petite Verdault, qui s'estinin heureuse des dix louis par mois du chevalier deBoissenet. Lord Coventry épousera M^'e Lacroix, de la Comédie-Italienne. Mylord Crawford, trouvant M"*^ Desforges, également de la Comédie Ita'ienne, « entre deux draps » avec le danseur Grenier, se bornera à hausser les épaules, et à lui dire : « Mademoiselle, ce petit gredin vous ruinera, je vous en avertis.
pense, par son goût du plaisir, les infortunes de ses aïeux !
M"^Beauménard, frivole dans la vie et sérieuse dès qu'il s'agit de théâtre, travaille léchant avec application. Ce n'est pas sans quelque curiosité qu'on s'apprête à assister auxdébuts deM"^ Gogo clans le grand art. Mais débute-t-elle ? Les registres journaliers de l'Opéra ont été brûlés pour cette période, et les recueils de distributions d'ouvrages nouveaux ne contiennent point son nom. Il se peut qu'elle ait paru dans un opéra du l'épertoire : le Mercure est muet à son sujet. 11 est certain, en tout cas, qu'elle abandonne bientôt la musique, pour revenir à la comédie, pour laquelle elle est faite.
Bellecour, son camarade très intime de Lyon, se faisant alors une réputation en province, d'où ilattirera sur lui l'attention, semble, pendant un de ses retours à Paris, qui n'a pas été sans une rencontre désirée de part et d'autre, avoir été le bon conseiller. C'est lui qui remet M"^ Beauménard dans sa véritable voie ; elle est soubrette des pieds à la tête. C'est à cet emploi que la destinent, par un ordre de la nature, sa vivacité, son visage piquant, l'instinctive gaîté de son geste. Ce n'étaient pas de ces conversations qu'elle pouvait
avoir avec mylord Stafford : de là, pour intermittente qu'elle soit, la persistance de la liaison de la comédienne avec le comédien.
Cette fois, l'homme de qui dépend l'ordre de début à la Comédie-Française est le duc de Richelieu, l'un des quatre piemiers gentilshommes de la Chambre, qui a la haute direction des théâtres. Le maréchal de Richelieu a alors cinquante-trois ans. Le temps est déjà loin où il possédait toutes les grâces et oii, selon le mot de Rulhière, il était de ceux « dont la figure donne peu de modèles )>. Il est fort épaissi, les lignes de son beau visage se sont empâtées, et, s'il prétend toujours être un grand vainqueur, les capitulations ne sont plus déterminées par le seul entraînement qui poussait vers un séducteur charmant: elles sont dictées par des raisons moins désintéressées. Il n'est pas encore, cependant, « la vieille coquette » que dépeindra un jour fort crûment M"^ Duthé, la ruine encore prétentieuse qui répand autour d'elle une odeur dont tous les parfums ne peuvent avoir raison, l'ancien héros dont les derniers jours seront ternis par l'interminable et misérable procès intenté par lui contre son ancienne maîtresse, la présidente de Saint-Vincent. 11 s'occupe fort
de sa charge et de tous ses détails, se querellant sans cesse même quand il n'est pas « d'année » avec son collègue le duc de Gesvres, puis avec le duc de Duras, dont les attributions se mêlent aux siennes; plus il ira, d'ailleurs, plus il deviendra, avec un autoritarisme où il y a de la taquinerio, d'humeur difficile. On sait dans quelles crises de désespoir il jettera, par les modifications constantes apportées dans ses décisions, l'intendant des Menus, Papillon de la Ferté, si souple que soit celui-ci.
(Mais c'est encore pour lui la période de la gloire. D'autres campagnes l'attendent, les heu- ; reuses, et les autres. C'est plus tard «qu'il goû- I tera les figues de Minorque » en prenant j Porl-Mahon. Dans l'administration des théâtres, I il est- fort brouillon, mené surtout par ses préj férences du moment. Plein de morgue, il est, l cependant, familier avec les comédiens ; il souf- I fre, de leur part, quelques libertés. Il les reçoit I chez lui, s'amuse de propos de coulisses, s'ac- I commode d'un certain oubli des distances. Quant ! aux comédiennes, nombreuses sont celles qui lui ont payé leur tribut ; elles attestent leur intimité de quelques heures ou de quelques jours avec lui, dans ces assemblées, « en le pre-
nant par le bras et en lui demandant des conO tures et des bonbon?, qu'il va leur chercher » ».
Faite comme elle l'est, il n'est point malaisé à M"'' Beauménard d'obtenir l'attention du maréchal, « moyennant une petite complaisance^». Elle est trop avisée, d'ailleurs, pour n'accorder ses bonnes grâces qu'à bon escient: sa malice, son esprit primesautier ont séduit le maréchal autant que son éclatante fraîcheur. Le duc de Richelieu est, au demeurant bon connaisseur en fait de théâtre et sent que, cette fois (ce qui ne lui est pas toujours arrivé), il aura l'opinion avec lui. 11 donne un ordre de début pour le spectacle de la Cour, à Versailles, le 11 mars 1749.
La Comédie-Française, à partir du mois de novembre, va jouer deux fois par semaine, le mardi et le jeudi, à Yersailtes. Les comédiens sont « voitures » aux frais de Sa Majesté, el chacun d'eux reçoit un droit de présence de six livres, payés par le trésorier des Menus-Plaisir ^ Dans ces représentations, se manifestent les sollicitudes particulières des premiers gentilshommes de la Chambre pour les sujets auxquels