‹ Mademoiselle GogoChapitre 7 sur 47 · ELat delà musique du Roi et des trois spectacles · texte numérisé non relu

ELat delà musique du Roi et des trois spectacles

Is s'intéressent. Le maréchal de Richelieu, noamment, n'hésite pas à remanier les programnes, fût-ce au dernier moment, en dépilde tou- 'S les objections que présente l'intendant des Menus, se heurtant parfois à d'inextricables difficultés, car il faut que le service de Paris no souffre point trop de ces changements brusquement décidés. L'intendant des Menus est alors, avant Papillon de la Ferté, M. de Civry. Il [)rend moins au sérieux que son successeur ces complications, ou, du moins avec plus de philosophie, mais, pour n'avoir pas discrètemenl réparé les imprudences des ducs et les avoir laissés s'apercevoir de leurs torts, il s'aliénera leur faveur.

C'est dans les Mênechmes (rôle de Finette) et dans Colin- Maillard que débute M"'' Beauménard. Colin-Maillard est une bagatelle alors presque cinquantenaire de Dancourt, se terminant par un vaudeville qui, à la première représentation, a semblé le plus ingénieux du monde :

Votre plaisir nous intéresse Pour nos soins ayez quelque égard.

Sur les défauts de notre pièce Faites, messieurs, Colin-Maillard.

Le Mercure^ à l'article « Concerts et Comé-

(lies delà Cour », rend compte, fort sommais ment, h son habitude, de celte représentatioi Si le nom de Gogo est fort répandu, celui d Beaumenard doit l'être moins, alors, carl'actric est appelée M"*^" Boismenars :

« La D"*" Boismenars débuta le 11 mars avec su( ces. Sa figure plut beaucoup ; elle avait le droit d s'y attendre. »

La brièveté est rachetée par la galanterie.

Le 17 avril, ce sont les débuts à la Comédie débuts attendus depuis ceux de Versailles qu n'ont pas peu fait grandir la faveur mondain de M"'^ Beaumenard, déjà très répandue. L Mercure, usant encore d'une autre orthographe lui consacre cette note :

« M'^' de Boisménard, jeune et nouvelle actrice débuta avec éclat pour les rôles de soubrettes. EU joua dans le Tartuffe et le Galant Sardinier. Oi compte fort qu'elle soutiendra les espérances qu'ell' a fait naître. »

C'est, en effet, Taccueil le meilleur qu'elle reçu. La franchise de son rire a charmé. G» rire aura d'ailleurs, avec le temps, une manière de célébrité. Mais il est alors si frais et s jeune! M"'- Beaumenard applaudie dans Dorine

MADEMOISELLE GOGO :i

pplaudie dans Marton, ne trouve guère qu'un ('tracteur: c'est Collé. Mais Collé, dans ses Ligements de théâtre, n'esttendre pour personne. ,^e s'acharne-t-il pas déjà suj' M°"' Favart, dont l trouve le jeu, non seulement vulgaire, mais udécent? 11 y a deux hommes bien différents en i-ollé. Il y a Famuseur, le « pourvoyeur » des libres représentations intimes du duc d'Orléans

I Bagnolet, le parodiste gaillard, le gaulois, très uaulois; et il y a en même temps en lui, à d'autres moments, un censeur des mœurs, quelque chose comme un bourgeois à l'esprit étroit : ces deux hommes se livrent en lui des luttes singulières.

II proteste contre les engouemenis de Paris, et 'son Journal pourrait porter comme épigraphe 'cette phrase qu'il contient et qui revient sou- ' vent avec quelques variantes : « Mais le par- I terre est fou, et il aura bientôt besoin d'un ' curateur. »

11 poursuivra M'"' Beauménard de ses raille- I ries et même de ses injures sans répit, seul, où à peu près de son opinion :

Le 17 avril, je vis débuter à la Comédie-Française M^"^de Beaumesnard (encore une autre orthographe î j dans les rôles de soubrettes de lartu/fe et du Galant Jardinier. C'était une petite créature de dix-huit à

dix-neuf ans, qui était à l'Opéra-Comique il y a hui' ou dix ans sous le nom de Gogo '. Depuis, elle a fai; ses caravanes dans les troupes de province et sur tout à Farmée, où elle été du sérail du Maréchal de Saxe. C'est une bien mauvaise actrice à mon gré, sans feu et sans agrément, une voix désagréable et un accent disgracieux.

Je l'ai vue dans Démocrite; c'était encore plus mauvais.

Collé est, cependant, forcé de constater son succès : il est vrai qu'il fait une prédiction qu'une longue carrière démentira :

Le public l'applaudit. Dans six mois, il ne pourra plus la souffrir et il la sifflera. Il ne sera plus temps quand elle aura été reçue ; il est si aisé de coucher avec les premiers gentilshommes de la Chambre!

S'il est sévère pour l'actrice, il ne méconnaît pas les charmes de la femme. En juin 4750, à propos d'un rôle refusé par M'''' Dangeville dont hérite M'^' Beauménard, Collé écrit d'elle :

La jeunesse et la beauté lui tiendront peut-être lieu de ce qui lui manque du côté du talent.

1. Ces huit ou dix ans eussent fait débuter bien jeune M"« Beauménard! Collé mettait bien de la marge entre la première apparition sur les planches de la comédienne et son entrée à la Comédie-Française.

Malgré Collé, elle réussira, — la liste de ses rôles sera là pour le prouver, — elle sera une actrice brillante et sûre, et, parallèlement à son existence galante, se déroulera une vie de théâtre bien remplie.

C'est le moment où, selon l'expression de Che vrier, M'*'' Beauménard « subjugue » tout Paris, et où « les conquêtes les plus tlalteuses et les plus respectables viennent couronner ses espérances )).

Elle demeure alors, rue Saint-André-des-Arts, au coin de la rue des Grands-Augustins, *< en porte cochère >>, une maison dont elle occupe le premier et le second étages ^ Mylord Stafïord est encore le protecteur en titre, un protecteur très épris, qui ne peut s'éloigner de Paris sans emporter plusieurs de ses portraits, qu'un de ses

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