‹ Mademoiselle Justine de LirouChapitre 4 sur 12 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Jacques est dans sa prison, et le poëme commence ainsi :

Strophe II (11. — Lorsque seul sur mou lit, un peu avant que le sommeil m'eut quitté, il me roula mille pensées diverses dans l'esprit, sans que je pusse en régler le cours, et que, malgré tous mes efforts, il me fut impossible de me rendormir... Prenant le parti le plus raisonnable, j'ouvris un volume et me mis à lire.

L'ouvrage choisi par Jacques est le livre de morale le plus en vogue de son temps, celui de Boëce : de la Consolation de la philosophie ; aussi le royal lecteur est-il naturellement conduit à faire des réflexions sur l'instabilité des choses humaines, et sur les dangers de toute nature auxquels l'homme est exposés pendant sa vie. Il dit donc :

(1) Chaque stance de sept vers à rimes croisées est numérotée, et nous avons reproduit les numéros des stances traduites afin que l'ont pût vérifier plus facilement l'exactitude ou les fautes de la traduction. Le litre écossais du poème est Kign't Quair, le cahier, le livre dw roi.

JACQUES I er D'ECOSSE.

VIII. — La nuit me paraissait longue; mes yeux commençaient à se fatiguer à force d'étudier. Je fermai mon livre, le plaçai sous mon chevet et m'étendis sur mon lit. Mais ne pouvant dormir, je roulai dans mon esprit cette matière nouvelle pour moi, à savoir : comment il se fait que les conditions de la vie de l'homme changent au gré de la fortune?

IX. — En réalité, c'est au moyen de sa roue vacillante que chaque homme grimpe sur le théâtre où il doit paraître ; et souvent, lorsque le pied manque sur cette roue qui tourne, les uns vont en haut, les autres en bas. Le rang, l'âge n'offrent pas plus de garantie au prince qu'au page, tant la fortune distribue ses dons d'une manière bizarre, surtout à la jeunesse qui trouve rarement un appui.

Ici les réflexions du poëte sont interrompues par le son d'une cloche que Jacques prend pour un ordre du ciel, auquel il doit obéir. Il saisit une plume, t'ait une croix sur son papier et commence son poëme. Ce chant, qui n'est, comme on en peut juger, qu'une introduction, se termine, comme il a commencé, par des réflexions morales qui caractérisent la tournure grave de l'esprit du prisonnier de Windsor. Naturellement préoccupé de sa cruelle destinée, le poëte continue de se plaindre :

XIV. — La jeunesse sans consistance, fruit non mûr, expo ïée aux caprices de tous les venis, ressemble aussi à l'oiseau nourri encore dans son nid, et qui ne peut voler à cause de la faiblesse de ses forces et de l'indécision de sa volonté. Ainsi

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JACQUES T r D ECOSSE.

la jeunesse est exposée à la bonne et à la mauvaise fortune; ah ! si elle pouvait savoir quelles peines, quels chagrins elle aura à supporter, que de pleurs elle verserait !

XV. — Ainsi, ce serait donc dans l'imprévoyance que l'on trouverait la sécurité ! Il manque à la jeunesse un guide : ainsi le vaisseau sans gouvernail va donner sur le roc qui doit hâter sa destruction...

XVI. — Ce que je viens de dire, je le pense de moi comme des autres. Quoique la nature ait assez favorablement partagé ma jeunesse, cependant ma raison manquait de maturité , mon esprit d'expérience pour gouverner ma volonté, lorsque je commençai à me débattre sans gouvernail, pour faire tète aux orages de cejnonde. Or, c'est ce que je vais vous raconter.

Au moment où s'ouvre le second chant, le poète, faisant trêve aux réflexions tristes, obéit à des inspirations plus riantes et débute ainsi :

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