‹ Mademoiselle Justine de LirouChapitre 7 sur 12 · CHANT III · texte numérisé non relu

CHANT III

De la réalité, notre poëte prisonnier s'élance dans

jacoues 1 er d'écosse. 277

un monde imaginaire, dont le caractère mixte participe à la fois du christianisme, dans lequel Jacques avait été soigneusement élevé, et de la mythologie païenne dont son esprit s'était imbu en étudiant les auteurs de l'antiquité sous la direction de son savant gouverneur, sir John Pelham. On trouve aussi dans cette partie du poëme quelques reflets des poésies de son prédécesseur, G. Chaucer, qu'il cite et reconnaît pour son maître, et à l'imitation du Roman de la Rose, Jacques fait grand usage des personnifications de vertus et de vices. Il faut donc s'attendre à un amalgame souvent assez bizarre d'idées contraires, d'images incohérentes, telles du reste qu'elles se présentaient aux meilleurs esprits lorsque la Renaissance à son aurore causait un mélange confus des croyances de l'ancien monde et de celles du nouveau. On a déjà vu que Charles d'Orléans ne se faisait aucun scrupule de mettre en scène dans ses poésies les personnifications du moyen âge avec les divinités du paganisme, et, quand nous rencontrerons les mêmes abus dans le poëme de Jacques d'Ecosse, nous aurons pour tous deux la même in-

diligence, puisqu'ils obéissaient à un goût généralement répandu de leur temps.

Pendantsonsommeil,Jacques,déterminéà pénétrer jusqu'à la sphère de l'amour, est bientôt transporté en songe jusqu'à l'empire de la puissante Vénus. En parcourant les abords du palais de la déesse, il rencontre sous les portiques des amants de tous les pays qu'il compare aux martyrs et aux confesseurs de la foi. Quelques personnages allégoriques lui apparaissent aussi, puis il se trouve en présence de ceux qui ont chanté l'amour : Homère, Virgile, Ovide. En quittant ces poètes, le voyageur arrive dans un lieu comme les Champs-Elysées où sont rassemblés des jeunes gens qui se livrent à diverses récréations.

XIII. - Hélas! dit-il alors, en les considérant, ce sont ceux qui, dans la force de l'âge, ont suivi l'Amour de différentes manières et ont trouvé la mort dans des cas très-divers. Les' uns ont succombé au chagrin d'avoir perdu leur amie, les autres en combattant pour leurs dames.

XV. - Quant à ceux que l'on voit plus bas, se tenant droit, la tête couverte d'amples capuchons, ils ont été moines autrefois, et à a faveur de cet habit ils ont caché leur conduite au monde. Ils ont servi l'Amour, mais en secret. Aussi est-ce à cause de cela, hélas! qu'ils baissent leur capuchon!

JACQUES I er D'ECOSSE.

XVI. — Car bien qu'ils aient été téméraires eu agissant ainsi, c'est en secret qu'ils ont sacrifié à l'Amour ; et l'œil du monde n'en a rien vu. Aussi leur hommage a-t-il été à moitié lâche; ils ont d'abord renié l'Amour, puis ils se sont repentis. C'est par honte qu'ils font tomber leur capuchon sur leurs yeux.

XVII. — Voyez-vous maintenant cette longue file marchant derrière le rideau du Plaisir? Quelques-uns d'entre eux, rependant, ont respecté les lois. Retenus par des amis, ils ont évité le blâme. Ils se sont sincèrement lavés dans le cloître des amours de leur jeunesse ; aussi se sont-ils réconciliés et ont-ils effacé les fautes qu'ils avaient commises.

D'autres victimes de l'amour attirent encore l'attention du poëte, entre autres ceux qui ont imprudemment disposé de leurs corps, tandis que leur âme les entraînait vers des attachements d'une tout autre nature. Enfin, lorsque la revue des amants qui errent autour du palais de Vénus est achevée, le songeur arrive jusqu'au trône de l'Amour.

XXI. — Dans un siège d'honneur, continue le poëte, je vis Cupidon, le dieu aveugle, assis. Son visage se détachait suides ailes richement empennées. De sa main il tenait un are lout bandé et prêt à jouer ; et, près de lui, on voyait dans un carquois trois flèches dont les pointes étaient forgées de différents métaux.

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