‹ Mademoiselle, ma femmeChapitre 7 sur 11 · E!Î4D£M0IS£LL£ HA F£MM · texte numérisé non relu

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Ce gui se passa dans l'entr'acte suivant est prévu. .

Parce qu'il avait évité la ruade de l'âne, l'âne n'en avait pas moins tenté de l'atteindre!

En écoutant le troisiènae acte, Didier fouillais de l'cail, la salle tout entière. .

Hector Grondin et Hermôsa occupaient une baignoire, la première à l'entrée des fauteuils d'orchestre.

Le troisième acte achevé :

— Je ieviens tQut de suite, dit Didier à Paulei

!' dégringola l'escalier et hecrta à la porte de Ja baignoire.

rondin ouvrit.

^ Eh I s'écria l'amant de mademoiselle Hermosa, c'est ce bon Di...

11 n'en put dire davantage, forcé qu'il fut, saisi au poignet par cinq doigts nerveux, de sauter de sa place dans le corridor.

— Ahl ça ! qu'est-ce que c'est donc? grommelat-il. — Il n'avait pas compris encoie. Le brouillard de Champagne, toujours, qui obscurcissait son intelligence.

— Chut ! fit Didier. Nous ne sommes pas bien ici pour causer, mon cher Grondin ; venez donc une seconde sur le boulevard» je vous prie.

Ils étaient sur le bouievard... de l'autre côté du boulevard.

— Mon cher Grondin, reprit froidement Didier, il est inutile, je suppose, pour obtenir satisfaction

do vos impertinences de ce soir, de recourir à des extrémités qui répugnent toujorn-s à des hommes bien élevés ? Le simulacre suffit, n'est-ce pas ?

Disant ces mots, Didier fouettait Tair de son gant à quelques centimètres du visage d'Hector Grondin.

Hector Grondin se rsdressa ; il comprenait enfin.

— Le simulacre suffît, dit-il, en écartant, d^ geste, et la main et le gant.

Didier s'inclina.

— Très bien ! A quelle heure, demain matin, mes témoins devront-ils s'entendre avec les vôtres ?

— A l'heure qu'il vous conviendra.

— De dix à onze, donc; je vous salue.

Et Didier s'en alla acheter des bonbons pour sa femme.

Et, totalement dégrisé, Hector Grondin retourna près de M*'^ Hermosa en se disant que, s'il attrapait le lendemain un bon coup d'épée, il pourrait se vanter de ne Tavoir pas volé.

Didier était naturellement brave ; il ne se préoccupa donc pas une minute, pendant toute la soirée, de sa rencontre pour le lendemain.

De retour à l'hôtel, néanmoins, comme, suivant sa coutume, après l'avoir accompagnée jusqu'au seuil de sa chambre à coucher, il prenait congé de Paule, cette pensée : « si j'étais tué demain ! »

le clofua une minute, hésitant, en face de la jeune

mio.

Mourir sans avoir été pardonné d'elle!... quel regret à son dernier soupir I

Surprise de son attitude, Paule considérait son mari :

— Vous avez quelque chose à me dire, mor ami ? fit-elle.

Et comme il se taisait, elle poursuivit en poussant la porte de sa chambre, où l'attendait Geneviève pour la déshabiller.

' — Voulez-vous enliv vous asseoir un instant chez moi ?

Il frissonna. Jamais Paule ne lui avait parlés doucement I... Klle l'invitait à entrer chez elle — A minuit !..r

200 MADEMOrsELLE MA FEMME.

Mais non ! Non !... Regret pour regret, en cas de mauvaise fortune, mieux valait celui du bonheur ignoré que celui du bonheur quelques heures savouré... et si vite perdu 1...

— Merci, balbutia Didier, merci... demain, si vous le permettez, nous causerons...

« A demain ! »

Et i'j se sauva comme un fou.

Le lendemain matin, à huit heures, il était chez un jeune avocat nommé Octave Verdier, un de ses anciens amis, quelque peu négligé, comme les autres, par lui, ces derniers temps, et qui, nonobstant, s'empressa de se mettre à sa disposition, et se chargea même de lui procurer illico

on second témoin : un camarade commun de collège, officier de marine de profession, pour le moment, par chance, en congé à Paris.

Didier avait demandé qu'on activât, autant que possible, les choses.

Les témoins s'étaient vus à dix heures et demie .

A midi, nos adversaires, Tépée en main, étaient en présence, aux abords de la porte Jaune, dans ane allée du bois de Vincennes

Hector Grondin étail brave aussi ; — on peut dire et faire souvent des sottises, et ne pas manqurv de cœur ; — et il avait cet avantage, sur Didier des Prats, d'être des trois

quarts plus habile que lui dans l'art de l'escciine.

Et il le prouva en le blessant dès la seconde ou troisième passe.

Une blessure légère, d'ailleurs ; le fer glissa sur l'os, à l'avant bras, et ne âtque sillonner les chairs...

Didier voulait continuer .

— Pardon, dit Hector Grondin; je suis à vos ordres, mon cher Didier, mais avant tout je tiens à déclarer hautement que j'ai eu tous les torts envers vous, hier au soir, au théâtre, et que je vous en demande pardon.

Didier tendit la main à Hector et, le prenant à l'écart :

— Non, fit-il, ce n'est pas vous, mon ami, qui avez eu tous les torts en cette affaire. Si, coume un niais, il yacind mois, chez Marion, je n'eusse

pas parlé, commeje Taifait, de M"' de Vandreuil, vous eussiez respecté hier M"^ des Prats.

— Et je devais la respecter quand même ! Mais nous avions si bien dîné, Hermosa et moi!... Enfin, vous ne m'en voulez plus, Didier ?

— Nullement I...

— Et... s'il n'y a pas indiscrétion. .. c'est donc que vous aimez votre femme que vous avez quitté Marion?

— J'adore ma femme, mon ami.

— A la bonne heure!... Si j'eusse pu deviner cela ! Mais nous avions si bien dîné, Hermosa et moi !...

Il n'en sortait pas, de son excuse, ce brave Hector Grondin !

On s'excuse, — comme on réfléchit, — comme on peut!

Bien que sans gravité, nous l'avons dit, la blessure de Didier réclamait les soins d'un homme de l'art.

Didier passa chez son médecin se faire panser. Et le pansement, bagatelle! mais ce qui contraria fort Didier, ce fut la recommandation expresse du médecin déporter son bras en écharpe pendant au moins trois ou quatre jours.

Que dire au général, à Paule, pour expliquer ce bras en écharpe ?

Le dévoué Octave Verdir^ servit encore son ami, en cette occurrence. F^x métier, un avocat n'est jamais à court d'expédients. Le sût-il noir, ne faut-il pas qu'il blanchisse son client? Chemin

faisant on brocha une petite histoire que le Démosthène en herbe se chargea de débiter à M. de Vandreuil et à sa petite fille : « Après avoir déjeuné chez Octave, Didier, curieux d'examiner une vieille épée Louis XIII, l'avait détachée d'une panoplie, et, en la remettant en place, il s'était blessé. >» Voilà tout ! L'invraisemblable peut-être vrai, quelquefois

Et, en effet, comme sa petite fille, le grand père parut très édifié par l'histoire de l'épée Louis XIII perçant le bras de Didier pour le punir de l'avoir arrachée à sa poussière.

Mais quand le général fut seul avec son gendre :

— Ah ! ça, s'écria-t-il, qu'est-ce que cette farce là, Didier ? Je n'ai rien voulu dire devant Paule... mais votre ami l'avocat est un menteur, n'est-ce pas ? Vous vous êtes battu ?

— Général...

— Parbleu!... avec cela que c'est diffitrle'à Toir !... Vous qui ne sortez jamais, vous détalez ce matin... avant l'aurore... et vous ne rentrez que dans le milieu de la journée ! La suite de quelque discussion hier au soir, au théâtre... pour quelque niaiserie !...

— Général...

— Hum! Hum!.:. Un duel!... Un homme, marié depuis cinq mois à peine, se battre !... Ah ! ce n'est pas bien, ça, Didier! Ce n'est pas bien!... Et si votre femme le savait!...

— Et si c'était pour ma femme que je me fusse battu, général?

— Hein! C'est à cause de... oh ! mais c'est différent ! Vous avez bien fait, en ce cas, mon ami ! Comment cela est-il venu? Contez-moi cela, Didier, contez-moi cela!...

— Cela n*en v&ut pas la peine, général. Und«

«es jeunes fous... que je fréquentais autrefois... a trouvé spirituel, en me rencontrant hier, avec ma femme, au foyer du Gymnase, de la nommer... tout haut... en la comparante..

— A qui ?

— A ma dernière maîtresse.

— Le drôle !... Et vous lui avez donné une Ic;çqn, j'espère ? Il est arrangé de la honne manière, lui?

— Hélas, non, général ! C'est lui, comme vous voyez, qui m'a blessé!... mais, de son propre mouvement, ensuite, devant tous, il a reconnu ses torts.

— Il a réconnu ses torts ! Il a reconnu ses torts î... — Etest-ce que Paule avait entendu...

— Elle n'avait rien entendu, général.

— Ah 1 Alors... si elle n'avait rien entendu î... N'importe ! vous avez eu raison, Didier, de... et

je suis doublement fâché que cet imxjertinent...— mais vous n'êtes paut-être pas très fort, l'épée en main, Didier?

— Pas très fort, non, général; je l'avoue humblement.

— Il faudra que nous tirions ensemble... un de ces jours que ma goutte me laissera tranquille !... Et, vraiment, vous ne souffrez pas trop, mon ami?

— Pas du tout, géuéral. Une égratignure...

— Enfin !... l'intention y était, si le sort n'a pas été pour vous ! Ah I voilà ce que c'est que de faire sa société de gens sans éducation... sans principes... sans morale...

— Je vous prierai de remarquer, général, que, depuis cinq mois, j'ai complètement rompu avec ces gens-là I

— C'est juste ! Je dis des bêtises, moi, maintenant !.., Je vous aime et je vous estime, Didier., parce que vous êtes un digne et charmant garçon qui aimez bien votre femme... notre petite Paule... — qui vous aime bien aussi, elle !...

— Vous croyez, général?

— Comment! je crois I... Est-ce que vous en doutez, vous?

-Non... mais... quelquefois... vous savez, générai, une fille fait de ces confidences à un père...

— Que le mari ne demande pas mieux que d'entendre répéter, n'est-ce pas? Ah I ah I... Eh bien ! oui, depuis quelque temps, surtout, j'ai remarqué que Paule m'entretenait plus souvent... et plus affectueusement de vous !...

-Ah!...

— a Didier par ci... Didier par là !... » Ah ! on

s'occupe beaucoup de Didier !... Mais vous êtes un maladroit, mon ami l...

— A quel propos, général ?

— Eh ! à quel propos ?. . . vous aussi, peut-être, comme elle, vous allez faire semblant de ne point me comprendre ? Comment, mon cher, vous ave? un amour de petite femme.. . depuis cinq mois... et... quand ce ne serait que par gracieuseté pour votre vieux grand-père... pour l'occuper I...— Eh! eh I... je le bercerais, moi, ce petit.., je promènerais la nourrice !...

— Général...

— Ce n'est pas votre faute, j'en suis très convaincu... mais c'est égal... pour moi, si ce n'est pour vous... un petit Paul ou une seconde petite Paulette, par grâce, mon ami 1

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