‹ Mademoiselle, ma femmeChapitre 8 sur 11 · RÊVE · texte numérisé non relu

RÊVE

Contraint, en dépit de rhistorielte "Verdier, d'expliquer à M. de Vandreuil rorigine de sa blessure, on l'a vu, Didier s'en était tiré en altérant un peu la vérité.

Mais est-on coupable d'altérer la vérité quand, pour soi comme pour les autres, il y aurait au moins imprudence à la donner pure ?

Une question que nous soumettons à l'appréciation des casuistes.

2*i MADEMOISELLE M4 FÎiMME.

Ce qu'il y a de certain c'est que, contre la morale, qui veut que tout menteur paie fatalement son mensonge, Didier avait été récompensé du sien.

Récompensé par les éloges de M. de Vandreuil.

Récompensé surtout par ces précieuses paroles du vieillard, que, « depuis quelque temps^ sa petite fille l'entretenais plus affectueusement de son mari. »

Ces paroles, et le souvenir de l'épisode de la veille, — la proposition de Paule de le recevoir chez elle pour causer, — avaient épanoui l'âme de Didier...

11 se promettait bien de ne pas laisser s'écouler la soirée sans rappeler son oflre gracieuse à mademoiselle sajemme...

Mais les amoureux proposent et les blessés disposent. Pour quelques gouttesdesangperduesl...

— misérable espèce humaine !... — voilà qu'a^ près le dîner, — auquel il ne put toucher d'ail* leurs,— Didier se sentit pris de malaise.

Il avait vraiment un peu de fièvre !

— 1\ faut aller vous coucher, mon ami, fit doc» toralement le général.

— Mai s non ! mais non ! s'écria Didier.

— Si ! insista Paule. Geneviève vous montera une bonne tasse de tilleul... vous reposerez bien; et demain, pour vous rétablir... tout à fait... je vous parlerai d'un grand projet..." qui me trotta par la tête depuis hier.

Elle lui souriait en lui disant cela.

— Je vais me coucher! dit Didier

Il était au lit; Geneviève lui avait monté la bonne tasse de tilleul.

Mais il était à peine neuf heures! Il ne pouvait dormir encore l II n'avait pas encore envie de dormir I

Paule avait un grand projet à lui confier ! ..Et comme elle lui avait gentiment annoncé cela !.. « Pour le rétablir tout à faitl...» Qu'était-ce donc

que ce projet?

Machinalement, Didier avait pris un journal 6ur sa table de nuit. Titre du feuilleton de ce journal : ce Les Grottes d'Arcy, aouve^iirs de la Boun* gogne. »

Machinalement, il lut ce qui suit:

1IADEM0ISELI.E MA FEMME. 217

M. Blondel et sa carriole nous attendaient: nous nous dépéchâmes de nous habiller ; puis, ayant dit adieu à notre aimable hôtesse, nous prime» place, M. L .. par devant à côté de M. ]Uondel, Emile et moi, par derrière, dans l'afFreux véhicule, suspendu à la manière des charrettes de marchands de légumes, que son propriétaire osait décorer du titre de < tilbury ».

Notre voyage commençait; nous partions pour les grottes d'Arcy.

Il était six heures du matin ; chauffé par le soleil, le brouillard qui couvrait la campagne se résolvait en une petite pluie fine dont la continuité me parut bientôt fort désagréable, vu la légèreté

ie mon costume. Ma veste de coutil, ma casquette

de même étoffe devenaient lourdes et noires sous l'eau qui les inondait. Emile et M . Blondel riaient de mon désastre ; M. L., seul, me prit en pitié. S'exécutant, comme Saint-Martin, il m'offrit, non pas la moitié de son manteau, puisqu'il n'avait pas de manteau, mais une redingote de drap qu'il portait sous son épais paletot d'alpaga. Le tilbury s'arrêta pour qu'il me fat plus facile d'endosser mon vêtement de rencontre, puis M. Bloniel toucha de nouveau!... En route I en route I Saint-Bris disparut sur notre gauche ; sur notre droite, Auxerre avec sa vieille cathédrale et sa belle église de Saint Germain . Près de nous coulait l'Yonne, gracieuse et limpide sous ses ombrages de peupliers; les alouettes chantaient dans les blés, les grives dans les vignes, les pinsons dans les buissons... et nous aussi, quatuor sans prétentions, mais non sans poumons, nous chantions... et du Musset, s'il vous plait !...

« Assez dormir, ma belle !... > Au grand ébahissement —tout admiratif, j'ose

l'espérer — des paysans et des paysannes que nous rencontrions.

Nous avions traversé Champ, un mignon village gaiement assis sur les bords de la rivière départementale ; plus loin je remarquai Bailli-les- Carrières, Vincelles, puis Gravant, qui garde encore des débris de fortifications du temps de Charles VII. Mais, ô honte ! aujourd'hui les bastions disparaissent sous l'herbe folle; les fossés n'ont plus d'eau, on y cultive le chanvre ; cette maison aux solives sculptées, aux balcons à moulures gothiques, où, peut-être, l'héroïque fille que célébra — si singulièrement — Voltaire, chercha un peu de repos après un grand combat, cette maison, qui l'habite ? un sabotier. Il n'y a plus rien de guerrier dans l'aspect de Cravant; c'est un vieux soldat qui s'est fait laboureur et qui cache sa croix.

Dix heures sonnaient quand nous arrivâmes à Arcy. Nous descendîmes à une auberge où nous

devions déjeuner avant d'entamer notre excursion aux Grottes et, bien heureusement, M.Blondel^ homme d'ordre, s'il en fût, s'était muni de provisions, car, excepté du fromage et des œufs, If Brébant de l'endroit n'avait rien à offrir à notre appétit de voyageurs en char à bancs, l'appétit le plus formidable qui se puisse imaginer. A table, en face d'un pâté de lièvre, d'une gigantesque omelette et de quatre flacons d'un certain vin d'Yrancy, que je vous recommande, touristes, nous nous préparâmes donc à notre promenade souterraine.

Dans une salle voisine de la nôtre des paysans se livraient, en riant et criant, au noble exercice du jeu de billard. Leurs queues, dépourvues du moindre procédé, frappaient des billes jadis tovj^ des qui s'engloutissaient dans des blouses près desquelles la bouche même de M"^ ***, des Variétés, semblerait petite !...

0 billards d'ardoises, à bandes élastiques, du

Palais -Royal, ce primitif billard d'Arcy-sur-Cure avait-il le droit de se dire de votre famille ? Comme un de vos trisaïeux, oui, peut-être.

Le déjeuner terminé, nous nous acheminâmes vers le château dont le concierge, nommé Triquet, est en même temps le guide assermenté des curieux aux fameuses grottes. J'examinai M. Triquet tandis que, sur son ordre, un gamin courait quérir des chandelles chez l'épicier du village ; c'était un grand gaillard d'une cinquantaine d'années, à l'œil narquois.

Nous considérions le château :

— C'est bien ancien, ça, messieurs, nous dit-il. Tenez, au-dessus de ces grandes fenêtres, il n'y a plus de gouttières, pas vrai ? Eh ben! c'est que celles qui y étaient autrefois étaient d'argent massive, rien que ça ! Une fantaisie du seigneur ! En 93, on les a converties en médailles civiques. Eh ! eh ! en ce temps -là, on prenait son bien où on le rencontrait I...

« Mais voilà les chandelles pour nous éclairer aux grottes. — Si vous voulez me suivre, mes sieurs? Ah! vous allez admirer des merveilles!...

— Comment! dit M. L», à voix basse, c'est à la lueur de morceaux de suif, et pilotés par une demi-douzaine de galopins déguenillés, que nous allons admirer des merveilles î

— Eh ! mon ami, répliqua M. Blondel, qui, en sa qualité d'habitant d' Aux erre, avait rendu de fréquentes visites aux grottes, nous sommes en Bourgogne et non en Suisse ou en Ecosse. Nous •Wïus servons de chandelles parce qu'ici la torche est inconnue ; quant aux montagnards, nous ne pouvons en avoir. . .

— N'ayant pas de montagnes... c'est juste. Faitil froid dans cesgrottes? J'ai pris ce paletot pour me prémunir contre les fluxions de poitrine...

— Oh ! n'ayez pas peur! dit M. Triquet, vous ne gèlerez pas !... Seulement, comme noussom-

mes en septembre et que la saison a été pluvieuse, il 7 aura un brin d'eau, je crois, là-dedans

Il nous montrait un trou de soixante- quinze centimètres environ de hauteur sur cinquante de largeur.

— Qu'est-ce que cela? s'exclama M. L.

— Mais c'est l'entrée des grottes, dit M. Blondel. Pensiez-vous donc trouver une porte cochère?

— Mais...

— Messieurs, les chandelles sont allumées; que chacun de vous veuille bien prendre un petit gars, pour le guider.

— Il y a donc du danger à marcher seul ?

— Quelquefois. Demandez à Joseph, tenez. Joseph, mon guide, à moi, était un enfant de

treize à quatorze ans, au visage singulièrement pâle et triste. J'allais l'interroger, mais il marchait déjà devant en me disant:» Venez-vous, monsieur? »

Nous pénétrâmes dans les grottes, dont Toriflce, d'abord bas et étroit, devenait de plus en plus haut et large à mesure qu'on avançait ; mais l'inégalité du sol, semé de cailloux humides, nous imposait une allure prudente. Je compris l'utilité de l'assistance de ces petits paysans accoutumés à courir là dedans comme des chats. Des stalactites, formées par l'eau mêlée de salpêtre et de craie qui suinte des parois, se contournaient autour de nous et menaçaient, si nous n'y prenions garde, de nous briser la tête. Du reste, l'air qu'on respire dans ces excavations est plutôt chaud que froid. A la lueur tremblotante de nos luminaires, je jetai un coup d'oeil sur M. L.; il marchait comme sur des œufs en s'appuyant sur deux gamins.

— Nous voici à Tune des salles les plus eu-

rieuses, messieurs, entama notre cicérone, de ce ton traînard particulier aux gens qui répètent, par métier, ce qu'ils ont cinq à six cents fois peutêtre, déjà répété : voilà le buffet d'orgues I regardez le buffet d'orgues I

Le buffet d'orgues était une stalactite énorme dont la structure rappelait de loin — de très-loin, — celle de l'instrument sus-nommé

— Voici le cierge pascal, messieurs. — Défiezvous à votre tête !

— Défiez-vous à vos pieds, me disait, à chaque minute, mon guide.

M. Triquet poursuivit :

— Regardez cette femme qui tient un enfant dans ses bras... et ce prêtre qui exhorte un agonisant.

^ Ah l vraiment! où est le prêtre?

226 MADEMOISiiLLE MA FEMME,

— Mais près du lit.

— Bon! je prenais le lit pour le malade.

— Ceci est le mouton pendu par les pieds] N'êter-vous pas de cet avis, messieurs^ que ce mouton est parlant?

— Bêlant, vous voulez dire. Fichtre! mais j'ai trcp chaud avec mon paletot, moi I je le retire, tint pis! Ah!... ne me lâchez donc pas, petits malheureux ?

En opérant son changement de costume, M. L. s'était fourré le pied dans une flaque d'eau. Nous partîmes d'un éclat de rire qui augmenta son humeur. Je l'entendis murmurer comme nous pénétrions dans la troisième salle : « Trèsjolies, ces grottes, mais le plus agréable moment, après celui où l'on y entre, doit être celui où Ton en sort. »

— Cette troisième salle, dite la salle des Chati-

ves-sourts — c'est toujom^s M. Triquet qui parlait, — doit son nom à l'illustre Buffon qui a écrit à son sujet une intéressante page que j'ai appprise par cœur pour l'agrément des visiteurs : « étant un jour descendu dans les grottes d'Arcy, dit-il, pour en examiner les stalactites, je fus surpris de trouver, sur un terrain tout couvert d'albâtre, et dans un lieu si ténébreux et si profond, une espèce de terre qui était d'une tout autre nature. C'était un tas épais et large de plusieurs pieds d'une matière noirâtre, presqu'entièrement composée déportions d'aîles et de pattes de mouches et de papillons, comme si ces insectes se fussen rassemblés en nombre immense et réunis dans ce lieu pour y mourir et y pourrir ensemble. Ce n'était cependant autre chose que de la fiente de chauves souris, amoncelée probablement pendant plusieurs années dans l'endroit de ces voûtes souterraines qu'elles habitent de préférence, car, dans toute l'étendue de ces grottes, je ne vis aucun autre amas d'une pareille matière et je jugeai que les chauves-souris avaient fixé dans cet endroit leut

demeure commune, parce qu'il y parvenait encore une très faible lumière par l'ouverture de la grotte et qu'elles n'allaient pas plus avant pour ne pas s'enfoncer dans une obscurité plus profonde. »

% Telle est. messieurs, la page de M. de Buffon.

— Ouf!... souffla M. L.

— Qui— poursuivit le cicérone imperturbable, —visita deux fois les grottes, à vingt années de distance, en observant même à son second voyage que les stalactites avaient augmenté d'une façon tellement sensible qu'en supposant l'augmentations des concrétions toujours également progressive, il ne faudrait pas plus de deux siècles pour combler la plus grande partie des grottes et pour les transformer en de belles carrières d'albâtre. Frappez, du pied, le sol, messieurs ; entendezvous comme il résonne ? On croit qu'un bras de la rivière la Cure passe dessous. Attention, s'il vous plait; voici le bosquet de roses.

— En avons-nous encore pour longtemps ? fit M. L.

— Non, monsieur ; pour un quart d'heure au plus ; n'approchez pas trop du bosquet de roses ; cet endroit obscur, qui Tavoisine, est un trou dont on ne connaît pas le fond, le trou du diable,

— Brrr... ! frissonna M. L.

— Il y a deux ou trois cents ans de cela, un criminel fut amené dans ces grottes; un brigand d'une audace sans pareille. Il était condamné à la roue ; on lui promit qu'il serait seulement pendu s'il parvenait à trouver le fond du trou du diable. Il accepta la proposition. Plus de deux mille personnes l'accompagnèrent ici.

— Elles devaient être bien gênées !

— Elles se serraient ! — On laissa au bandit le choix des moyens pour atteindre le but désigné, et voici ce qu'il inventa : présumant que, si le

gouffre était, réellement, d'une profondeur extrême il resterait à sa surface commo un simple bouchon de liége, il ordonna qu'on lui attachât deux pavés à chaque pied pour plonger plus aisément, et aux reins, une corde pour le retirer si on ne le voyait pas reparaître...

— Ah 1 « si on ne le voyait reparaître î » Je commence à croire que ce grand criminel était un grand farceur, dans son genre !... Et qu'arrivat-il?

— On exécuta ce qu'il demandais ; il se précipita, lesté de ses quatre pavés... mais, à la stupéfaction des assistants, la corde qui le retenait se brisa, comme un fil d'où il suit que le bandit resta au fond de l'eau.

— Avec ses pavés, Oui, oui ; il avait préféré la noyade à la potence et à la roue, ce monsieur. Une affaire de goût !..

— Cette salle, la cinquième et dernière...

— La dernière? tant mieux ! ce doit être la plus belle ! grommela M. L,

— Cette salle est celle de V Océan, de l'Océan furieux. Admirez, Messieurs, comme ces vagues ressemblent bien à des vagues! elles mugissent.., on croit les entendre!

Les vagues ressemblant à des vagues étaient de petits monticules jaunâtres s'étendant àrinfini sous la voûte et singeant en effet des flots qu'un coup de vent fantastique eût tout d'un coup pétrifiés.

— Vous pouvez avancer, messieurs, dit M. Triquet à M. L., les vagues sont solides.

— Trop aimable ! je n'ai nullement le désir d'imiter notre Seigneur, fut- ce sur des flots de pierre! — Et puis, nous avons tout vu, n'est-ce pas? Bravo ! je demande à m'en aller, à présent I Jo suis en nage! il me faut de l'air! je réclame de l'air!

1t32 MADEMOISELLE MA FEMME.

— Mon cher L., dit Emile, vous êtes trop petitmaître I nous ne vous emmènerons plus avec nous dans les souterrains !

— Ça me fera plaisir!

— Mais vous n*aimez donc pas les choses originales?

— Si ! dans un roman ou au théâtre !... Au naturel, non ! ça me fatigue !

Tout en devisant, nous avions regagné rentrée des grottes. En revoyant le jour M. L. poussa un hourra de joie. Nous payâmes notre cicérone, qui s'éloigna suivi de son cortège de petits paysans. Un seul, que je retins, était resté près de nous. Les paroles de M. Triquet : « Demandez à Joseph ; » avaient piqué ma curiosité ; avant de récumpenser Joseph de ses peines, je voulais l'interroger.

— Pourquoi es-tu triste, mon ami? lui demandai-je.

Il baissa la tête.

— Mon Dieu, monsieur, répliqua-t-il, c'est que papa était le conducteur aux grottes avant M. Triquet. Un jour qu'il menait un Anglais, en voulant lui montrer la hauteur d'une roche dans la salle des Chauves-souris^ il fit une chute... on le rapporta mort à la maison...

« Cependant, comme maman n'est pas riche, afin de lui gagner quelques sous, je viens souvent ici avec mes camarades guider les voyageurs...

« Mais , voyez-vous ...»

Un sanglot s'échappa de la gorge du petit garçon.

— J'peux pas m'y habituer... ça me fait toujours du chagrin de revoir l'endroit oùpapa a été tué !...

Nous nous regardâmes, M. Blondel, M. L., Emile et moi.

Et nous glissâmes chacun une petite pièce d*or dans la main de ce pauvre enfant, forcé, pour faire vivre sa mère, de venir pleurer chaque jour dans le lieu où son père était mort.

Nous ne garantissons pas que Didier lut d'un bout à l'autre ce feuilleton que nous ne nous sommes permis de transcrire ici, tout entier, que parce que le récit qui en fait l'objet nousrepor^ tait agréablement vers le passé. Nous aussi, il y a quelque vingt ans, nous avons rendu visite aux Grottes d^Arcy\ c'est donc au charme que nous éprouvions en nous rappelant une époque, déjà bien éloignée de nous, hélas! que vous devez celte manière d'intermède, pour lequel, lecteur, nous réclamons votre indulgence s'il vous a paru d'un médiocre intérêt.

MADEMOISELLE MA FEMIiffS. S35

Pour revenir à Didier, qui, après avoir lu — ou à peu près, — les pages qui précèdent; avait jeté loin de lui le journal, il reposait maintenant la tête sur l'oreiller, les yeux fermés...

Tl ne dormait pas encore, cependant, non; il était plongé dans cette sorte de torpeur, qui précède le complet anéantissement de soi-même pendant laquelle on a vaguement conscience de ce qui se passe autour de soi, tout en étant incapable de s'en rendre absolument compte.

Ainsi, tout d'un coup, il ne vit pas, mais il comprit, pour ainsi dire, qu'une personne était entrée d'un pas léger dans sa chambre...

Cette personne éteignit la lampe qu'il avait laissée allumée sur sa table de nuit...

Puis cette personne se pencha vers lui...

Il n'entendit pas, il comprit que cette personne lui disait, à demi-voix :

— Dormez bien, mon ami, et à demain I

Ahî... mais rêvait-il? Gomme cette personne achevait son affectueuse exhortation, Didier senti deux lèvres fraîches et embaumées effcurer son front!...

Il n'y avait plus de torpeur qui tintl...

— Pauleî... ma chère Paule! murmura Didier en se dressant, les yeux ouverts, les bras étendus en avant, sur son lit.

Mais il ne saisit que le vide, il ne vit que l'obscurité.

Paule s'était enfuie;

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