‹ Mademoiselle Mars et sa courChapitre 4 sur 10 · KO MADEMOISELLE MARS · texte numérisé non relu

KO MADEMOISELLE MARS

nette couleur de rose et ne distingue que les qualités, tandis que l'autre se sert d'un verre trouble et n'aperçoit que les défauts.

L'un ne voit que la lumière et l'autre l'ombre. Mais parmi les observateurs il n'y en a pas un seul qui ne ferme tantôt un œil tantôt l'autre, d'où il résulte que tel acteur est blâmé^ aujourd'hui et couvert d'éloges le lendemain.

— Ceci s'appelle de la partialité...

— Je dirai même que c'est de l'injustice, et néanmoins je ne puis me soustraire à cette habitude.

— Il le faudra pourtant, mon cher abbé !

reprend mademoiselle Mars avec le son de voix le plus insinuant.

— Oh ! je suis déjà trop vieux pour cela !

soupire papa Geoffroy.

— La jeunesse est inconséquente, la vieillesse...

— Est entêtée et opiniâtre, comme votre très-humble serviteur.

— Ainsi donc vous êtes incorrigible?

— Avec moi on perdrait son temps et ses efforts.

Dans ce moment on annonça M. Brown.

— Faut-il me retirer? demande l'abbé.

— Restez, je vous prie, 'répond Hippolyte.

Après les compliments d'usage, mademoiselle Mars demande à son timide adorateur:

— Que nous apportez-vous?

— Des nouvelles de toute espèce, dit l'officier en s'asseyant. Depuis cinq jours on a opéré deux arrestations qui ne sont connues que d'aujourd'hui, et qui excitent les commentaires de toute la ville...

— Qui donc a-t-on arrêté? interrompt la comédienne.

— M. Grimod de la Reynière et mademoiselle Bourgoin.

— Que nous racontez-vous là? s'écrient à la fois l'actrice et le critique.

— Une aventure qui ce soir ou demain matin se lira dans tous les journaux, à moins que les ciseaux de la censure n'en décident autrement.

— Et connaît-on le motif de ces arrestations? demande mademoiselle Mars.

L'officier explique alors le fait dans toute sa simplicité.

— Je n'ose me permettre d'exprimer mon opinion, dit le prudent ex-jésuite.

— Quant à moi, ajoute Hippolyte, je trouve ce procédé inouï! Eh quoi, parce que mademoiselle Bourgoin a refusé de jouer à la Malmaison, on la jette en prison comme une criminelle ; c'est plus que de la rigueur, c'est de la cruauté! M. Brown, qu'eussiez-vous fait à la place de M. Chaptal?

— J'aurais sur-le-champ offert ma démission.

— A la bonne heure, j'en eusse fait autant! s'écrie Hippolyte, enchantée de cette réponse. La pauvre Bourgoin ! Elle, habituée à vivre au sein du luxe, comme elle va s'ennuyer dans la morne solitude de sa prison !

— Et mon pauvre ami Grimod... qui mangeait tous les jours chez Véry . . . comme son estomac va se révolter contre la détestable cuisine des détenus !

— La malheureuse!... pourra-t-on du moins aller la voir?

— Je ne le crois pas, mademoiselle; d après ce que j'ai entendu dire, le direc-

teur de Sainte-Pélagie , en vertu d'un ordre suprême, aurait refusé de recevoir le ministre Chaptal.

— Etl'infortuné Grimod?

— On raconte que, dans son désespoir, il se serait livré hier à une tentative de suicide, ou, en d'autres termes, il aurait avalé une soupe maigre de pois verts, pour ne pas être exposé au supplice de mourir de faim.

Hippolyte est partie d'un éclat de rire involontaire.

— Ne riez pas ! s'écrie papa Geoffroy, dont le visage s'est assombri tout d'un coup. Mon ami serait capable, comme le duc de Clarence accusé de baute trahison par son frère Edouard, de se noyer pendant sa captivité dans une tonne de Malvoisie, pour se dérober à l'horrible nécessité de soumettre son orgueilleuse soif au régime de l'eau.

— Mon cher abbé, vous êtes un railleur impitoyable.

— Erreur, mademoiselle ! si j'étais à la place de mon ami, dans ma juste affliction,

je verserais des larmes de la grosseur d'un œuf d'outarde !

— Consolez-vous, M. l'abbé, dit l'officier. Cette abstinence forcée donnera une vigueur nouvelle à l'estomac de votre illustre ami , et de même qu'autrefois le phénix renaquit de ses cendres, plus brillant que jamais , de même l'appétit de M. Grimod sor^ra plus splendide que jamais de cette dure épreuve.

— Dieu le veuille! soupire papa Geoffroy. Mais, poursuit-il en s'adressant à mademoiselle Mars, permettez-moi de m'arracher aux charmes de votre conversation, pour aller accomplir le devoir de l'amitié et m'informer le plus tôt possible de la santé de M. Grimod.

— Vous n'avez exécuté que la moitié de votre pensum, mais en considération de l'important devoir qui vous réclame, la justice cédera aujourd'hui le pas à la clémence. Ce disant, mademoiselle Mars le débarrasse de Pécheveau de fil. La princesse Omphale, continue-t-elle avec une grâce ravissante, consent au départ de son Hercuîe.

ET SA COTTR.

Papa Geoffroy fait une révérence mythologique et s'éloigne. Puis Hippolyte pose son écheveau de fil sur les mains du jeune Werther en uniforme, qui se sent extrêmement flatté de cette marque t!e faveur.

— Montrerez-vous autant de calme et de patience que mon Hercule? demande Omphale, en pelotonnant son fil beaucoup plus vite qu'auparavant.

— Je me tiendrai coi comme une souris.

— Les souris me font peur, M. Brown.

— Eh bien, je serai tranquille comme un enfant qui dort.

— Mon ami, les enfants qui dorment parlent quelquefois en rêvant. . .

— En ce cas, je serai muet comme un poisson.

— À la bonne heure ! Ainsi donc, vous saurez vous taire?

— Oui, aussi longtemps que vous l'ordonnerez.

— Est-ce que vous parlez sérieusement, M. Jérôme?

L'officier ne réplique point.

— Pourquoi ne me répondez- vous pas ?

— Pour vous prouver que je sais me taire.

— Le silence, dit un poëte, est le dieu des gens heureux. Vous êtes donc heureux aujourd'hui ?

— Plus que jamais !

— Pourquoi donc? demande Hippolyte en débrouillant une maille.

— Parce qu'aujourd'hui vous êtes plus charmante qu'hier.

— Qu'est-ce qui vous fait dire cela?

— La robe que vous portez.

— M. Brown, je ne comprends pas.

— C'est avec cette robe, mademoiselle, que je vous ai vue la première fois. . .

— Et vous vous en souvenez encore?

— Oh ! je me souviens de toutes les robes que vous avez revêtues, comme un jeune cadet se rappelle la date de chaque victoire fameuse.

— Quelle comparaison !

— N'est-ce pas une victoire pour moi que de contempler en vous la déesse de la victoire !

— Vous vouliez vous taire comme un enfant endormi, et voilà que vous parlez

comme si vous rêviez tout éveillé. Combien de fois, mon ami, me faudra-t-il vous répéter que je déteste tout ce qui sent la flatterie ! Nous autres, pauvres comédiennes, dont les oreillessesontaccoutumées, malgré nous, aux propos flatteurs de quelques fous galants à l'excès, nous nous sentons plus touchées d'un seul mot de franche vérité, sorti de la bouche d'un ami, que de toutes ces phrases adulatrices qui ue sont que de la fausse monnaie. Est-ce que j'ai tort, M. Brown?

— Vous avez toujours raison.

— Ah ! encore une flatterie ! Et cependant votre cœur m'accuse d'avoir été souvent injuste envers vous.

— Vous 1 êtes encore, en prenant pour une fade adulation ce qui n'est que l'expression sincère de ma pensée. Est-ce donc un crime, mademoiselle, que d'appeler la rose la reine des fleurs; est-ce une flatterie que de vous appeler la rose des roses ?

— Que vous êtes insupportable ! vous finirez par me fâcher, s'écrie-t-elle, et d'un air moitié dépité, moitié content, elle casse

vivement son fil qui vient de s'embrouiller.

Tenez, voyez-vous, monsieur : voilà l'effet de vos flatteries sempiternelles. . . ce pauvve fil et moi, nous ne savons plus où nous en sommes. Oh ! papa Geoffroy était bien plus sage, ajoute-t-elle en lui reprenant le* reste de son écheveau.

— M. Geoffroy est un homme âgé...

— Et vous , qu'est-ce que vous êtes ?

demande Hippolyte avec la plus délicieuse naïveté ; un jeune étourdi en qui on ne doit pas avoir la moindre confiance, je vous l'ai déjà dit une fois.

— Pourtant, mademoiselle, je vous ai instamment priée de mettre ma docilité à l'épreuve, n'importe dans quelle circonstance. Plus cette épreuve sera rude, plus elle me semblera douce.

— Paroles en l'air que tout cela, monsieur !

— Mademoiselle, vous m'offensez...

— Bonté divine, loin de moi cette intention, car je vous... Mais en vérité, s'écrie-t-elle tout à coup en s'interrompant, vous me troublez tout à fait. Que voulais-je donc dire? Ah! je me rappelle. Vous

ET SA COUK.

exigez absolument que je vous mette à Tépreuve ? Fort bien, je le ferai.

— Mais quand ? demande Jérôme tout enthousiasmé.

— Maintenant , à l'instant même , M. Brown! Tout à l'heure vous m'avez promis d'être muet comme un poisson, en vous faisant fort de vous taire aussi longtemps que je l'ordonnerais. Est-ce bien là ce que vous avez dit, M. Brown ?

— Je l'ai dit et je le répète.

— Eh bien, je serai aussi cruelle que la noble dame dont Brantôme raconte l'histoire. Je vous prends au mot et vous impose pour épreuve et pour châtiment — • tremblez, mon pauvre ami ! — l'obligation d'être muet comme la tombe durant six mois, et de ne pas articuler un mot devant moi, devant d'autres ou seul avec vousmême, pendant cet intervalle. Si vous vous sentez la force de soutenir cette épreuve, donnez-moi la main comme gage de votre parole .que fidèle à ce serment, accepté par moi en témoignage de votre obéissance, vous l'accomplirez de point en point, et ne le romprez à aucune condition avant

1 époque indiquée. M. Brown, y consentezvous?

L'officier lui tend la main sans souffler mot.

— Dès ce moment vous êtes condamné à un silence de six mois. Nous verrons, s'écrie-t-elle avec transport et les traits tout rayonnants, si vous êtes en réalité l'homme que vous prétendez être. La noble dame de la cour de Henri III condamna son chevalier à un silence d'une année ; moi, je n'en demande pas autant et je n'exige ce pénible sacrifice que pour six mois, espace déjà bien long. Si vous sortez vainqueur de cette terrible lutte, Jérôme, mon cher Jérôme, répète-t-elle avec un regard que la joie illumine, vous aurez obtenu la plus belle victoire, celle que l'on remporte sur soi-même, et je serai la première à proclamer votre triomphe. Tenez, dirai-je à chacun, voici un homme, tel qu'il n'en existe pas un autre sur la terre ; voici un héros digne de l'estime et de l'amour... du monde entier, achève-t-el!e en lui serrant une seconde fois la main.

Jérôme la presse avec élan sur son

cœur. Dans ce moment son mutisme plein d'éloquence était plus touchant que la plus douce poésie du Tasse ; plus puissant que toutes les stances de Pétrarque, plus expressif que tous les serments d'amour des poëtes de toutes les époques. Tout frissonnant de bonheur, il plonge son regard dans l'œil d'Hippolyte étincelant comme une nuit étoiiée, dépose un long et brûlant baiser sur sa main et s'éloigne à la hâte.

Mademoiselle Mars tombe sur un siège et pleure. Puis elle prend son carnet et y inscrit d'une main tremblante la date de ce serment solennel.

C'était le quinze août.

Ceci nous remet en mémoire quatre proverbes très- vieux: un latin, un italien, un français et un allemand.

Voici le premier ; Ut ameris, amalilis esto — ■ Pour être aimé, sois aimable.

Le deuxième: Z'amore è cieco e non conosce lumc, ma perde intelletto ed il luon costume. — L'homme que l'amour enivre, est aveugle tout en voyant clair.

Le troisième: Amour ne s'achète ni se

vend, mais au prix d'amour, amour se rend.

Le quatrième et dernier : Liébe Hierwindet ailes. — L'amour surmonte tout.

M. Grimod de la Reynière, privé de sa liberté depuis cinq jours déjà, était furieux de n'avoir pas encore subi d'interrogatoire.

Dès le second jour de sa détention, pour tacher de combattre l'ennui qui pénétrait par tous ses pores, l'idée lui était venue de prier le directeur de la prison, un des plus fervents lecteurs dé YAlmanach des gourmands, de lui procurer un de ses auteurs favoris. Un savant allemand, qui cite dans deux traités latins, les ouvrages de prédilection de tous les hommes célèbres (1), raconte qu'un pieux Arabe, nommé Abou Hanifah, lut sept mille fois le Coran du

(1) Jean Frédéric Sommcrlat — Exercitallones historicolUUrarix de eruditis cujnsdaiti iiàri anialoribvs. Leipzig» 1715.

commencement jusqu'à la fin, pour apaiser les souffrances, d'une longue captivité, et que de cette manière sa prison devint pour lui un paradis. A coup sûr, il fallait pour cela un estomac mahométan et l'appétit dun bédouin. Le président du Caveau moderne avait meilleur goût: sa lecture favorite était le délicieux poëme de Joseph Berchoux, la Gastronomie, que M. Grimod avouait avoir lue cent quatre-vingt-dix-huit fois, depuis le premier vers jusqu'au dernier, dans l'espace de cinq ans. Il le relut donc pour la cent quatre-vingt-dix-neuvième fois, et déclara que jamais ce livre ne lui avait causé autant de jouissance. Et pourtant il savait déjà par cœur des pages entières de poëme, comme Juste Lipse savait son Tacite, Jules Scaliger son Térence et le cardinal Mazarin les tragédies de Sénèque. Pour abréger les heures de sa détention, il s'occupait en outre de l'ébauche d'un nouvel ouvrage, dont il portait le plan dans son cerveau depuis des années, et qui sous le titre de : Manuel de V amphitryon renfermait une foule d'observations gastrouomiques , tout en préci-

sant les droits et les devoirs réciproques d'un maître de maison et de ses convives.

Qu'il nous soit permis d'extraire du deuxième et du troisième chapitre de cet ouvrage de notre Apicius sous les verrous, une série de pensées et de paragraphes isolés, afin de donner àceux qui nous lisent un léger avant-goût du contenu de ce livre et du remarquable esprit de son auteur.

Deuxième chapitre, àlcoran des gourmands.

Manger est un besoin, mais savoir manger est un art ! dit la Rochefoucauld dans ses Maximes, que nous recommandons à quiconque sent l'envie d'être un gastronome éclairé.

Tout convive qui se fait attendre plus d'un quart d'heure pour le dîner, est un rustre plutôt qu'un gourmand.

L'homme qui attache sa serviette à sa cravate ou à la boutonnière de son habit, ne peut être qu'un parasite ou un imbécile.

II y a des femmes qui croient se donner un air distingué et imposant , en gardant leurs gants à table. Quel manque de tact, quelle faute, quelle sottise ! Porter des gants à table, est chose aussi peu naturelle que se mettre au lit avec des bottes et des éperons.

L'ancien chancelier anglais Thomas Morus dit dans son Utopie, que le caractère et les penchants de l'homme ne se révèlent nulle part mieux et plus aisément qu a table.

Un simple plat, servi sur une table bien éclairée, flatte plus le goût que le mets le plus délicieux mangé dans l'obscu-

rité. La lumière est l'étincelle de Prométhée qui allume l'appétit le plus vif dans l'estomac le plus paresseux.

Le convive, bien élevé, n'entamera jamais une conversation qu'après le premier service. Jusque-là manger est l'occupation la plus sérieuse, dont personne ne doit détourner mal à propos l'attention des autres commensaux.

L'homme qui sait vivre ne doit jamais être plus prudent dans le choix de ses paroles, que lorsqu'il est à table. Parler pendant le dîner à sa jolie voisine de la beauté d'une autre femme, à un poète ou à un musicien du talent d'un de ses rivaux, à un général des victoires d'un autre capitaine, ou à un rédacteur de journal des innombrables abonnés d'une autre feuille, c'est gâter l'appétit de son auditeur, ou se faire soupçonner d'être un méchant ou un nigaud.

Le plus grand crime que le gastronome

puisse commettre à l'endroit d'un confrère, c'est de lui troubler son appétit. L'appétit est Pâme du gourmand , et quiconque cherche à le pervertir, se rend coupable dun assassinat moral, d'un meurtre gastronomique, et mérite les galères à perpétuité.

Rien ne favorise mieux la digestion qu'une anecdote bien racontée et provoquant le rire.

En nulle circonstance le menteur n'est plus amusant qu'à table. Pendant un bon repas, le Thomas le plus incrédule devient l'enfant le plus facile à convaincre.

Un sot n'est jamais plus sot qu'à table, attendu que l'homme d'esprit n'a jamais une meilleure occasion pour se placer dans le jour le plus avantageux.

Celui qui tout en mangeant, peut lire

des livres, des journaux ou des lettres, doit être un Anglais ou un Kamtschadale, et posséder un appétit excellent ou détestable.

La meilleure manière de refuser un mets offert par la dame de la maison, c'est de demander avec politesse un second morceau du plat précédent.

Un découpeur doit être désintéressé ou maladroit à l'excès, s'il ne sait pas s'y prendre de façon à ce que, devant se servir le dernier, le meilleur morceau ne reste pas pour lui.

Les aiguillettes d'une volaille sont préférables aux ailes. Il faut tenir compte de cette remarque, lorsqu'on sert les dames.

Quand un convive présente un plat à un autre, celui-ci doit se servir sans délai, car

toute discussion sur une préséance ridicule occasionne le refroidissement des mets, et c'est commettre envers soi-même et envers les autres une faute grossière, dont personne ne nous sait gré.

Devant la loi et à table tout le monde doit avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. La table nous rend tous égaux.

A la manière dont une personne se nettoie les dents à table, on peut mesurer le degré de son éducation. Nous sommes surpris qu'on n'ait pas encore eu l'idée d'écrire un traité sur l'art de se nettoyer convenablement les dents pendant les repas.

Nous conseillons à tout gastronome , ayant des prétentions au savoir-vivre, de s'administrer dix soufflets plutôt que de renverser une seule fois à table une salière ou un verre plein, ce qui constitue l'abomination de la désolation.

Quiconque mange des pommes ou des poires avec la pelure, se fait passer pour un gueux ou un cynique. Le fruit que Ton ar cueilli soi-même doit seul être mangé de cette façon.

Une bonne table entretient la santé, la santé conserve la constitution, et de ces deux choses dépend tout ce qui maintient Tédifice social sur des bases solides.

La première vertu du vrai gastronome, c'est de ne jamais manger plus qu'il ne sait digérer, et de ne jamais boire plus qu'il ne peut supporter.

Les béotiens seuls ruinent leur estomac et s'adonnent à l'ivresse.

L'ivresse appelée en latin crapulositas, en allemand betrunhenheit, en anglais cra-

pulence ou rhonib, et en persan Udamag buden, est la prostitution de l'estomac.

Le gastronome pur-sang n'a que deux amis véritables au monde : lui et son cuisinier — si toutefois ce dernier est réellement bon, sans quoi il faut le chasser au plus tôt.

Tout convive, qui dit un mot désagréable à son hôte avant un intervalle de trois heures, mérite un blâme sévère. La recon naissance de l'estomac satisfait doit durer au moins aussi longtemps que la digestion du dîner.

La devise du vrai gastronome est celle du vieux Michel Montaigne: Mon métier est l'art d.e lien vivre.

Voici, d'après Martin Luther, le premier des dix commandements gastronomiques : î. u

Mange ce qui est bien cuit, lois ce qui est clair, dis ce qui est vrai.

Le plus beau verset du Nouveau Testament, c'est celui de l'apôtre saint Paul, qui dit: Que celui qui mange, ne déprise point celui qui ne mange pas; que celui qui ne mange pas, ne juge point celui qui mange.

Combien papa Geoffroy avait raison, lorsqu'un jour il avait appelé M. Griuiod le Jésus Sirach de la cuisine .

Troisième chapitre.

Salmigondis de réminiscences historïco-gastrono-

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