‹ Mademoiselle MignonChapitre 13 sur 32 · LA DEMOISELLE DU CAFE CHOSE · texte numérisé non relu

LA DEMOISELLE DU CAFE CHOSE

nous aligner , et le blessé renoncera à tout ! Veux-tu ?

— Ça y est !

— Sans rancune?

— A'ucune!

Là-dessus , nous nous battons , et je lui passe un séton à travers le bras. J'étais affecté ; il faisait une grimace de particulier tortillé de coliques ; j'allai à lui et lui dis :

— Poilu , mon vieux frère , j'ai gagné , mais je te donne une revanche ; même enjeu en cinq points d'écarté !

Nous jouons , je gagne ! Pour le coup , je dis à Poilu :

— Poilu , tu es la crème des hommes f je t'aime comme un frère , va d'un autre côté , tu trouveras chaussure à ton pied !

Et me revoilà du matin au soir installé près du comptoir , consommant à moi seul toutes les provisions du café , poussant des soupirs comme un orgue, et disant à la mère en l'embrassant : — Madame Chose, je voudrais vous appeler ma mère ! — Aglaé relevait la tète en m'entendant dire cela. Le fait est que c'était mon intention , et que je trouvais qu'il n'y avait que le mariage qui pût payer un semblable trésor. Je le disais à la princesse , qui commençait , elle aussi , à prendre feu. Ça dura comme cela plus d'un mois encore, moi

promettant d'épouser dès que je serais officier , elle faisant chaque jour une petite concession. De petites concessions en petites concessions , il arriva qu'une fois , après une déclaration dite à genoux en l'absence de la mère , avec une voix qui eût attendri les pierres , Aglaé subjuguée , me dit :

— Vous voulez que je me sacrifie pour vous ; vous ne croiriez pas à mon amour sans cela. Eh bien , soit! Mais , mon Dieu , si ma pauvre mère le savait ! Écoutez , voilà ce que vous allez faire : ce soir , vous partirez comme d'habitude à dix heures ; en sortant , tournez de suite à gauche et prenez l'allée ; montez au premier , la porte en face , c'est ma chambre ; cachez-vous y ; à onze heures , quand j'aurai mis les volets , j'irai coucher ma mère , et quand elle sera endormie , j'irai vous retrouver. Mais , au nom de mon honneur et de ma vie , ne faites aucun bruit ! notre bonheur dépend de votre adresse et de votre discrétion !

Eh bien, voulez-vous que je vous dise? L'épaulette de sous-lieutenant ne m'a pas fait autant de plaisir que ce petit discours. Bagolin , ce soir là, s'est promené dans la chemise d'un homme heureux.

Enfin dix heures sonnent. Je prends mon casque et mon sabre , embrasse la maman Chose comme tous les soirs , en lui souhaitant bonne nuit , et je sors. J'enfile l'allée. Bon ! tout va bien ; pas de

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