‹ Mademoiselle MignonChapitre 17 sur 32 · IV · texte numérisé non relu

IV

Cependant, longtemps "après le déjeûner, en un des rares instants où les oreilles des jeunes mariés pouvaient percevoir un bruit extérieur, de singuliers accents se firent entendre dans le salon voisin, len°7.

— Ce sont saris doute aussi, dit Raymond, de jeunes mariés passant leur lune de miel en voyage et se dirigeant à petites journées sur le Rhin.

— Probablement ! répondit madame.

Et quoiqu'il n'y eût rien de nouveau et d'inconnu pour elle dans les façons de deux jeunes mariés dans cette situation, elle prêta'néanmoins l'oreille.

Tout à coup elle tira Raymond à elle :

— Écoute donc ! dit-elle.

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De l'autre côté , une grosse voix exprimait des sentiments à 65 degrés Réaumur.

— Mille tonnerres de Brest, s'écriait-elle, Reine, nous recommencerons souvent cette petite fête-là !.. Veux-tu ?

— Mais c'est la voix de mon mari !... dit la commandante.

— A mon grand désespoir , répondit Raymond en prenant un air contrit, c'est elle-même , à n'en pas douter!. . .

— Ah !.. . s'écria madame avec rage , c'est horrible ! ... je me vengerai !. . .

— Vengez-vous!., opina Raymond avec calme. Et elle se vengea, Raymond approuvant.

Puis ils partirent et quelques instants après, un commissionnaire apporta aun°7 une missive qui médusa le destinataire.

Il fit un bondi prit son chapeau et courut au chemin de fer, laissant Reine interdite.

— Mille tonnerres ! dit-il , mon avancement est flambé!...

A la gare il rencontra Raymond :

— Ah ! cher ami, s'écria-t-il, essouflé , pouvant à peine parler, c'est Dieu qui vous envoie ! Avezvous vu ma femme par ici?. . .

— Comment ! Madame est ici ? . , .

— Tenez, lisez !

Et il tendit à Raymond le billet suivant : « J'étais depuis longtemps sur la piste de vos trahisons; j'ai feint un voyage à Toul, persuadée que vous vous empresseriez, étant gêné à Lunéville pour donner cours à vos mœurs odieuses, de venir prendre vos ébats à Nancy avec votre maîtresse. Vous voyez que je ne me suis pas trompée. Le salon n° 7 de l'hôtel d'Angleterre a,- — je vous en prériens un peu tard peut-être — un carreau fort indiscret au-dessus de sa porte ; ni vous, ni Mlle Reine ne vous en doutiez . Je retourne chez ma mère , ne voulant point être en rivalité avec cette demoiselle. » Celle qui fut votre femme, etc.*

— Sapristi ! fit Raymond , c'est grave !. . .

— Mon cher ami , supplia le commandant , il n'y a que vous qui puissiez me tirer de là ! Vous avez de l'influence sur ma femme, elle vous estime beaucoup, il faut que vous plaidiez ma cause!

— C'est bien délicat! Enfin , j'essaierai, mon commandant! Mais où la trouver, à présent?

— Voilà le' diable ! Où la trouver?

— Cherchez-la ici dans les hôtels, moi je vais à Lunéville où elle est peut-être retournée par le train qui vient de partir. Attendez une dépêche de moi.

— C'est convenu !

Ainsi fut fait.

A dix heures du soir le commandant reçut une dépèche :

et Retrouvée. — Grand courroux. — Difficile à ramener, mais moi faire possible et impossible. Ne pas revenir encore.»

A deux heures du matin, il en arriva une seconde.

« Moi avoir fait tout ce qu'un homme peut faire, et assez heureux pour avoir réussi. Ce n'est pas sans peine! Rude besogne... Revenez, elle pardonnera. »

— Quel charmant garçon ! ... dit le commandant enthousiasmé. Officier distingué! Je vais faire mon possible pour qu'il soit porté au choix ! . . : Et mille tonnerres de Brest ! il ne l'aura pas volé !

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