TRISTESSES
Fous m'avez- dit qu'enfant , vous faisiez sentinelle, Guettant près d'un buisson un oiseau dans son nid , Lorsqu avide d'espace, il essayait son aile Avant de s'' envoler dans l'azur infini.
Il chantait radieux son cantique béni : Jeunesse, Liberté, Joie, Amour éternelle ' Sa mère répétait l'alerte ritournelle Sur l'extrême rameau du chêne rajeuni.
Dès qu'en vos doigts crispés vous l'aviez, d'aventure, Saisi, tout aussitôt commençait la torture, Et son aile tombait sous vos cruels ciseaux ,
Et vous le regardiez souffrir; sous votre étreinte
S'il laissait, pantelant, échapper une plainte ,
Fous Vëtouffiez, disant : Oh! les méchants oiseaux.'.
Vos plaisirs aujourd'hui , madame, sont les mêmes: Les oiseaux ne sont plus le butin alléchant , Mais vous avez gardé vos appétits extrêmes , Rien n'a modifié votre premier penchant.
Un coeur, ivre d? amour, vous chante ses poèmes, Froidement , sans pitié , vous étouffez son chant! Se prend-il à gémir dans des douleurs suprêmes, Vite, vous le tuez : — Meurs, meurs, oiseau méchant!
Et cependant , si Dieu vengeur vous disait : Femmes ! Qui donc a fait ces cœurs flétris, ces morts infâmes, Tout ce sang et ce deuil, ces sanglots, ces douleurs ?
Vous courberiez le front! . . , Et vous seriez damnées Si vous n'aviez là-haut, aux dernières journées, Intercédant pour vous, notre amour tout en pleurs!
— • Quod erat demonstrandum! dit Chardon qui vint me consoler, le brave ami! C'est plus grave encore que je ne pensais, continua-t-il. Enfin, tout cela pourra te servir pour ton volume de vers ! Je reviendrai te voir dans un mois , ton mal de dents sera passé.
30 juin.
Elle a quitté l'appartement.
A sa place est venue s'installer une femme fort
jolie aussi. Celle-ci a le tic des angoras. Elle ne paraît jamais sans avoir un chat juché sur son épaule.
Chardon l'a vue et, ayant longtemps réfléchi, m'a dit :
— Ne crois-tu pas qu'en remplaçant le chien frisé par un angora tyrannique , tu pourrais utiliser tes premiers sonnets?
Cette étrange idée nous a fait beaucoup rire.
1er juillet.
Au fait, peut-être pourrais-je bien changer ce chien en chat ! Je prends mon dictionnaire des rimes
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AMOUR ET MOBILIER
(Extrait du journal d'une demoiselle.)
15 juin.
Une de mes amies , Marie Brichon, qui se fait appeler Mme de Livry dans le monde , — une femme très-bien posée , — m'a adressée hier à son tapissier, Elle lui avait fait part de mon désir de meubler somptueusement mon nouvel appartement , et des arrangements d'argent que je puis prendre avec mes fournisseurs.
Je suis riche aujourd'hui, ou , du moins , j'ai la certitude de l'être, grâce à la reconnaissance que m'a signée Gaston lors de son départ , et qui est réalisable dans dix-huit mois.
Je n'aimais pas ce garçon ; c'est un enfant et je ne suis pas d'âge à faire des éducations ; il au-
raiî été capable de folies pour moi si j'eusse été cupide ; sa famille l'a fait partir pour l'arracher à mon influence ; elle a bien fait. D'autant que ce jeune homme qui a de bons sentiments , en somme , n'a pas voulu se séparer de moi sans me laisser un souvenir. Il m'a reconnu cent cinquante mille francs à prendre sur l'héritage de sa mère , en jouissance duquel il entrera à sa majorité.
Je vais donc pouvoir aimer sans calcul ! L'horrible question d'argent ne se placera plus entre moi et l'homme de mes rêves ! Quel changement ! Quel bonheur !
Marie, qui a de l'expérience , m'a dit que tôt ou tard un jour arrive où nous donnerions tout notre luxe, tous les plaisirs bruyants dont on nous entoure, toute notre vie folle, agitée, ruineuse , pour une bonne parole dite d'une voix émue , pour un regard attendri , pour un cœur jeune , sincère, qui batte à l'unisson du nôtre, pour un véritable amour enfin. J'ai ri beaucoup d'abord de cette prédiction sentimentale , et prétendu que la pauvre fille avait l'esprit faussé par la lecture des romans. Aujourd'hui je commence à croire. Il se passe , sous mon sein gauche, un phénomène bien inattendu : j'y sens battre quelque chose , en
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vérité ! Par instants , j'éprouve de grands serrements qui me rendent toute triste; l'instant d'après, un épanouissement , un bien être , une joie , quelque chose comme un rayon du soleil qui vient éclairer des ténèbres; mon sang circule plus chaud et plus rapide ; mon pouls est agité comme par la fièvre ; et , dans tout moi , c'est une espèce de volupté inquiète , maladive , un bonheur qui me porte à pleurer.
Tout cela depuis que je connais René.
Seraient-ce là les symptômes de cette chose inconnue qu'on appelle l'amour?
Je le crois , je l'espère,
Le tapissier est venu ; nous avons fait le devis ; il accepte mes conditions.
Ma chambre à coucher sera en bois de citronnier avec filets et incrustations d'ébène ; le lit est une merveille , l'armoire à glace un chef-d'œuvre ; nous avons trouvé cela chez Jeanselme. Les tentures seront en satin bleu de ciel , relevé de minces encadrements de velours noir; ce sera riche et distingué. Le salon blanc et or , avec un meuble de satin cerise; la salle à manger en vieux chêne, 11 faat bien se mettre à la hauteur de sa position; j'en ai assez de mon reps et de mon damas!
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Pourvu que le tapissier me tienne parole ! Il m'a promis d'avoir terminé dans quinze jours. D'ici là je ne vivrai pas !
O mon petit paradis ! Comme j'y serai heureuse quand j'y aurai admis un élu.
Vraisemblablement cet élu sera René.
Il est poëte et me tient un langage que je n'ai jamais entendu; c'est doux et harmonieux ; cela vous berce ; si on les écoute les yeux mi-clos , ces jolies choses semblent une musique que chanterait un chœur aérien. C'est bien singulier , cette puissance fascinatrice de certaines paroles!
Il est distingué ; ses yeux sont d'une grande douceur , et la bonté y rayonne ; c'est là toute sa beauté, c'est bien assez pour un homme; et puis il a de l'allure et l'on sent qu'on est bien à son bras , bien gardée , bien défendue , par un gentilhomme ; un gentilhomme pauvre , du reste , oh ! mais absolument pauvre; cela seul me le ferait aimer. Il paraît que , dans sa profession , on gagne à peine son pain et son eau ; ces belles choses qu'il écrit , ces vers , ces livres se vendent pour presque rien; la façon n'est pas du tout payée; c'est comme dans la confection.
Aussi , comme elle sera douce , cette affection
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indépendante où l'amour seul sera le salaire de l'amour! Plus de ces écœurants trafics auxquels nous condamne notre pauvreté! Oh! les sourires pour les billets de fin du mois et les caresses pour le terme ! . . O pitié ! ô misère !.. Et ces sourires faux , et ces caresses de commande n'ont pas même le mérite de tromper ces hommes qui payent d'un air maussade, et en marchandant , le fermage de notre corps , et n'ont jamais une bonne parole pour nous relever de nos hontes. Dieu soit loué ! tout cela est fini !
Nous serons là , dans mon coquet petit salon ; lui à mes pieds, disant son beau poëme d'amour; moi, rêveuse, attendrie, sur les divans. . .
J'aurais peut-être mieux fait de commander mon meuble en satin vert d'eau : je suis très-blonde et cette nuance m'eût été plus favorable ; du reste , il est temps encore de faire changer cela. . .
Nous sommes allés nous promener au bois ensemble ; non pas en voiture , non pas cachés derrière des stores , mais à pied , bras dessus bras dessous , tantôt au milieu de la foule , tantôt dans les petits sentiers ombreux et solitaires.
Il ose me donner le bras , lui ! Quand Gaston me conduisait au bois , c'était dans un coupé her-
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métiquement fermé ; il se jetait au fond de la voiture ; si je mettais la tête à la portière , il me retirait brusquement et me disait : — Ah ! ma chère , cela ne se fait pas ! il avait l'air de promener sa honte , et pour un peu il se fût mis une fausse barbe.
René, au contraire , me respecte et me relève à mes propres yeux ; il est fier et rayonnant , et il semble dire à la foule qui nous observe : Voyez comme elle est belle ! Voyez comme je l'aime et comme nous sommes heureux ! . .
Dans la grande allée des acacias , il y avait une dame âgée , bien belle , avec de beaux cheveux blancs , qui venait à notre rencontre enlisant; à peu de distance de nous elle a levé les yeux et s'est arrêtée subitement en me regardant avec une étonnante fixité. J'ai poussé le bras de René pour la lui faire remarquer.
— C'est ma mère , a-t-il répondu simplement, sans cherchera l'esquiver.
Sa mère!.. J'ai rougi jusque dans les yeux. Alors cette bonne dame a pris une allée latérale pour nous laisser passer. Mais , avant de disparaître, elle m'a encore examinée bien longtemps en dessous ; ce n'était point du tout un regard courroucé ; c'était , au contraire , un regard ami , plein de douceur , qui pouvait se traduire ainsi — : Aimez-le bien, mon enfant! C'est mon fils,
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puisque mon amour ne lui suffit plus , chargezvous de son bonheur !
Ainsi il ne me désavouait pas , même devant sa mère! Cela m'a fait un bien ! J'étais émue jusqu'aux larmes ! Marie me l'avait bien dit aussi qu'il vient un temps où toute pécheresse est affolée de réhabilitation. Comme elle est heureuse, cette bonne dame qui n'a jamais failli et dont la vieillesse sereine semble le calme déclin d'un jour sans nuages ! Aussi comme son regard est doux et comme elle est indulgente , ignorant le mal ! . . .
Ah ! folle que je suis ! au milieu de toutes ces choses nouvelles qui me bouleversent, j'ai oublié le lustre du salon ! je n'en fais jamais d'autres ! . . . Je cours le commander ! Mais si cela continue, ce tapissier n'en finira jamais !
20 juin.
René est venu aujourd'hui à deux heures. Il m'a apporté un ravissant petit coffret à gants en bois de rose incrusté , que nous avions vu ensemble à l'étalage de Tahan et que je m'étais proposé d'acheter. On n'a pas d'idée des merveilles que produit l'ébénisterie moderne !
Pauvre garçon ! cela doit lui coûter au moins soixante francs. Hier j'ai eu l'indiscrétion de
regarder pendant son absence son porte-monnaie qu'il avait laissé sur la table ; il contenait tout juste trois louis ; je ne suppose point que mon pauvre poète ait des cachettes qui regorgent d'or ; il porte indubitablement toute sa fortune sur lui. Ainsi, il aura dépensé tout, absolument tout, pour satisfaire à une de mes fantaisies. Comment va-t-il vivre, à présent ? Il est vrai que les hommes ont tant de facilités pour trouver de l'argent ! Et il avait l'air si heureux en me faisant ce petit cadeau !
Ah ! si je n'avais pas tant d'inquiétude ! . . .
Mais ce tapissier me donne de mortels soucis. Voici maintenant qu'il hésite, et qu'après ses promesses formelles , je ne sais plus s'il me fera ma fourniture : — Les affaires sont très-dures ; il a subi, cette année, des pertes considérables sur des créances de femmes ; la valeur que je lui offre en garantie est tout à fait hypothétique; on peut toujours discuter une dette contractée par un mineur ; tous les jours il y a des exemples de semblables engagements qui ne sont pas considérés comme sérieux, etc., etc.
Voilà ce que débite cet homme dont je dois pourtant payer le crédit à des intérêts usuraires.
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A-t-on idée de cela?. . . Aller jusqu'à douter de Gaston! C'est indigne! Ce procédé me rend folle! J'ai envoyé ma femme de chambre pour avoir une réponse définitive; je l'attends avec une impatience ! . . .
René s'est assis à mes pieds.
— Il faudra bien aimer votre Madeleine , lui ai-je dit. Si vous saviez comme mon cœur appelle une affection sincère, et quels rêves de bonheur à deux j'ai faits depuis quelque terhps !
— Si je vous aimerai ! a-t-il répondu ; mais comment pourrais-je faire autrement ? Vous êtes la jeunesse , vous êtes la joie , le rayonnement et l'extase! Je vous regarde et les prestiges des songes éblouissants passent devant mes yeux! Je vous regarde et la parole expire sur mes lèvres , impuissante à dire mon admiration pour votre ineffable beauté! Tenez, mettez la main sur mon cœur et vous le sentirez qui bat à se rompre! Je suis vôtre, corps et âme ; pas une de vos pensées qui ne soit mienne ; le sourire de vos lèvres , la tristesse de vos yeux, tout cela est à moi ! Je vous veux tout entière avec vos joies et vos douleurs ; vous m'avez fait un autre monde, plein d'enchantements et d'idéales félicités ; car c'est le propre
des amours vraies, mon adorée, de vous emporter dans les sphères éclatantes peuplées de visions célestes ; laissez - moi m'endormir dans cette ivresse et dans la volupté des baisers sans fin ! .
Un joyeux soleil pénétrait dans le salon et nous inondait de lumière. René est allé fermer les persiennes et a tiré les rideaux. Dans la demi-obscurité qui succéda à l'éclat des rayons , les choses prenaient un aspect discret et mystérieux , et les contours indécis* se perdaient dans la vapeur transparente de la pénombre.
Il a des idées particulières sur l'amour, — des idées de poète ; il dit que l'amour,— le seul digne de ce nom, — s'inspire aux sources de l'idéal , — il se sert beaucoup de ce mot , — et que , par essence , il cherche le mystère ; qu'il s'effarouche du bruit des voix et de l'éclat des lumières , et que, même au milieu de ses fièvres et de ses emportements , il veut rester pudique et comme immatériel ; — une foule d'imaginations singulières , enfin , auxquelles je ne comprends pas grand'chose , mais qui doivent être d'exquises délicatesses.
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Eh bien, pour lui plaire, je ferai suspendre dans ma nouvelle chambre à coucher une lampe d'albâtre que nous allumerons la nuit et qui répandra une lueur pâle et douce sur... le mystère, comme il l'appelle.
Ma nouvelle chambre à coucher!. . . J'en parle comme si je l'habitais déjà. Si j'allais ne pas pouvoir l'habiter ! . . . Serait-il donc possible que le billet de Gaston fût discutable?. . . Moi qui lui ai donné ma jeunesse , serais-je indignement trompée ?.. .
Et cette femme de chambre qui ne revient pas!
— Ma Madeleine bien-aimée, dit René, n'avezvous pas un autre nom?
— Madeleine n'est pas mon nom, ai-je répondu; au pays, je m'appelais Marie; à l'atelier encore on me nommait ainsi ; plus tard on m'a dit que ce n'était pas distingué, on m'a baptisée Madeleine, et je me suis laissé faire.
— Eh bien , s'est-il écrié , reprenez le, ce nom de Marie que je trouve charmant ! Je ne vous connais plus que sous ce nom qui sera à moi tout seul ; moi seul vous aurai parlé d'amour vrai , Marie... et tant de faux serments ont dû monter jusqu'à vous , Madeleine !
— Oh! mon Dieu, ai-je répliqué, pas tant vraiment que vous croyez !
— Pardon, Marie, dit-il, je ne vous fais pas de reproches, je ne veux pas rappeler un passé auquel la fatalité seule a présidé; vous n'avez jamais encore aimé , vous me l'avez dit , je le crois , je veux le croire ; je ne raviverai jamais le souvenir des mauvais jours ; mais aujourd'hui Madeleine est morte , et Marie endormie fleur se réveille fleur. A moi donc ce nom qui est pur de toute souillure ; à moi ce nom d'enfant que vous aviez déposé à la porte d'une vie misérable. Si , par malheur, un jour, mon amour ne rencontrait plus d'écho en votre cœur, je vous appellerai de nouveau Madeleine, et vous n'entendrez plus jamais parler de moi !
Quel étrange garçon ! . . .
Ma femme de chambre vient enfin de rentrer. Trop tôt, hélas ! Elle m'a fait un signe , et j'ai tout compris.
Tout est perdu.
Oh ! ce coup m'a été terrible ! J'ai dû pâlir affreusement ; il s'en est aperçu et me saisissant les mains, il s'est mis à mes genoux et me regardant avec une tendresse infinie :
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" — Marie, m'a-t-il dit, vous souffrez! vous avez un secret et vous me le cachez ! Qu'avezvous? Je veux le savoir, c'est mon droit ! Ditesmoi tout, je veux tout partager ! Une peine? Eh ! mon Dieu ! que ne peut-on vaincre, lorsque l'on est soutenu dans la lutte par cette grande puissance qu'on appelle l'Amour ! . . . Parlez , je serai fort, j'aurai du génie, je vous défendrai contre le sort , il n'est pas d'obstacle que je ne me sente capable de surmonter. Mais il faut que vous m'aimiez, il faut me le dire, il faut me donner du courage! Marie, Marie, m'aimez-vous?...
Il m'avait pris la tète entre ses mains et les yeux dans les yeux, attendait ma réponse avec une terrible anxiété.
Hélas ! je n'avais plus l'esprit à ces enfantillages ni à cette poésie : .
— Mon ami, m'écriai-je en me dégageant et en éclatant en sanglots , mon ami , attendez que j'aie fini mon affaire avec le tapissier.
25 juin.
Je n'ai plus revu René. Pourquoi?.. .
Ces poètes ont des imaginations si étranges !
26 juin.
J'ai reçu un billet de René. Il ne contient que ces mots :
« Adieu, Madeleine. »
J'ai, de plus, acquis la certitude que la créance de Gaston a à peu près la valeur commerciale du billet de la Châtre. Gaston ! un enfant ! . . . déjà si vieux pour le mensonge ! . . .
Allons , misère , recommence ton œuvre! Retombe sur moi de nouveau, rocher de Sysiphe ! . . . Il va falloir refaire des toilettes pour Mabille et le Château des Fleurs !
Laissez toute espérance ! . . .
Oh ! ce Gaston î Oh ! ce tapissier !. . .
BRELOQUES DE Melle MARIETTE.
A M. Théodore de Banville.
C'est à vous, mon ami, que je dédie cette histoire des amours de Jacques Lorrin et de Mlle Mariette.
Il y a trois ans , Jacques vint à Paris faire son droit.
Sa première pensée, en arrivant dans la grande ville, fut d'aller voir sa sœur de lait, Mariette Rémy, qui avait quitté le pays depuis tantôt six ans pour venir ici apprendre l'état de modiste.
Ils avaient été élevés ensemble , tout près de
Moulins, dans une petite maison que je vois d'ici.
Tenez , mon ami , fermez les yeux , remontez le cours du souvenir , vous la verrez comme moi, la maisonnette blanche émergeant des touffes de verdure , comme une marguerite sur l'émeraude des prés, calme et réjouissante à l'œil, avec son petit filet de fumée qui s'élevait en vapeur bleue sur le fond sombre des grands arbres. Vous vous la rappelez ; elle était à gauche de la petite sente moussue qui conduisait à la Fontgeorges , ce nid de feuillage que vous avez chanté. Il y avait, tout près , un immense sorbier , à l'écorce duquel nous déchirions nos pantalons les jours de congé; et aussi , abritée par une petite niche toute couverte de lierre , d'églantiers, de giroflées et de glycines, la fraîche fontaine qui donne son nom à l'enclos.
La veille de son départ , Jacques était allé à la maison de la Fontgeorges pour demander l'adresse de la Mariette. Il n'avait rencontré que le grandpère , le vieux Rémy ; vous vous souvenez , le vieux Rémy que tout le pays appelait le père Juste, quoique son vrai nom fût Tiennet, mais parce que , dans sa longue existence , personne ne lui avait jamais connu une mauvaise action.
LES BRELOQUES DE Meue MARIETTE.