LES BRELOQUES DE
L'heure du passage de la diligence approchait ; elle se rendit , à peine vêtue , sur la route , et courut , craignant d'arriver trop tard.
C'était à la fin de décembre; il y avait un pied de neige sur les chemins.
La diligence arriva. Mariette courut au-devant d'elle; elle aperçut Jacques dans le coupé; il porta son mouchoir à ses yeux en l'apercevant , mais elle le vit se retirer dans le coin opposé , comme pour éviter de rencontrer son visage aimé et de se laisser attendrir.
— Jacques! Jacques! s'écria-t-elle, courant tout près de la voiture ; et elle tenait le médaillon en l'air et disait lamentablement : Reviens , reviens ! je te dirai tout !
La diligence la dépassa et disparut à un tournant.
Et Mariette tomba évanouie dans la neige , sur le bord du chemin.
Elle fut ramassée , demi-morte , le matin r par des rouliers , et transportée à l'hôpital.
— Elle est perdue ! dit le médecin.
Le surlendemain , Jacques reçut de Paris une lettre signée d'une sœur de charité, lui disant que la malheureuse fille était au plus mal et demandait à le voir.
Il prit la poste , et le lendemain était à l'hôpital de B***.
— Ah ! que je suis heureuse de te voir , murmura Mariette, qui s'en allait se mourant ; je puis bien partir maintenant, va , puisque je pourrai t'embrasser encore une fois! Comme j'ai été folle de ne pas vouloir te dire le secret? Nous aurions pu vivre encore longtemps heureux ensemble, à nous bien aimer ! . . Au fait , vois-tu , cela vaut peut-être mieux ainsi : j'aurais été un obstacle pour toi. Je vais mourir heureuse , parce que je sais ce que c'est qu'aimer ! Mais toi , pourquoi as-tu cru que je te trompais? C'est bien simple, va, l'histoire de mon médaillon ; ce sont des cheveux de ma pauvre petite Jeanne , que j'ai perdue il y a deux ans; elle dort au cimetière Montmartre; tu ne savais pas cela , toi ! Je n'osais pas te le dire! . . Et puis , ce pauvre petit ange , c'était un souvenir à part ; je ne voulais pas le mêler aux choses de ce monde parce qu'il me semblait qu'il appartenait à Dieu ! Ah ! promets-moi une chose : voici le premier de l'an ; je lui portais ses étrennes , de jolies fleurs pour sa tombe ! Porte-lui donc de belles chrysanthèmes , cette année. . . Tu voudras bien , n'est-ce pas ?... Je m'en irai tranquille si je sais que ma petite Jeanne n'est pas délaissée là-bas !.. Ah ! je t'ai bien aimé , va ! Tu prendras mon médaillon quand je serai morte. . Garde-le bien en souvenir de moi. ,
LES BRELOQUES DE Meue MARIETTE.
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La sœur de charité lui présentait le crucifix; elle le baisa, puis elle saisit la main de Jacques et la mit sur son pauvre cœur qui ne battait déjà plus qu'à peine; de l'autre main elle porta le médaillon à ses lèvres.
Puis elle sourit, soupira. . et mourut.
Longtemps on craignit pour la raison de Jacques.
Aujourd'hui , inconsolé , traînant la vie comme un fardeau , il n'a d'autre récréation, aux heure? libres que lui laisse le travail , que d'aller s'asseoir et rêver sur les tombes de Mariette et de Jeanne, car il a fait creuser le dernier lit de la mère à côté de celui de l'enfant.
Telles ont été , mon ami , les amours de Jacques et de Mariette.
Triste histoire , n'est-ce pas ?
Mais , comme dit Mùrger , on ne peut pas être gai tous les jours.
Hélas!
A vous , de tout mon cœur , cher ami.