‹ Mademoiselle Olympe (ancienne maison Palmyre)Chapitre 14 sur 22 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

— Je n'ai pas à m'occuper de cela. Je vous demande si vous voulez un extrait (page 312),

et qui ira bravant tout jusqu'au tribunaL Après, ce sera le mari qui vous obligera à venir sur un autre terrain.

Henri mordait ses lèvres, obligé de tout subir; mais il eut un sourire de satisfaction en entendant Pierre lui déclarer qu'un jour ils se trouveraient face à face. Il avait peur des tribunaux, mais il n'avait pas peur de l'homme, et si Pierre n'avait été armé, il le lui aurait prouvé.

Pierre Costin sortit en lui répétant :

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— Chez moi demain, avant midi.

Et il descendit rapidement l'escalier, furieux de son insuccès, rageant d'avoir été joué par sa femme, par les deux, car il était bien convaincu que les deux misérables allaient se revoir le soir. Mais il n'avait pas menti, il était décidé à tout.

Il allait être séparé de sa femme ; il était sans famille ; il ne pourrait reconnaître son enfant, mais un jour il pourrait l'adopter.

Il se jeta dans sa voiture et dit au cocher de le conduire rue des Tournelles.

En levant la tête, il vit à la fenêtre du premier étage le Beau Henri, la physionomie riante, l'air moqueur, qui lui fit de la main un petit salut plaisant...

Il sauta de voiture et se dressa le regardant fixement, croyant le dompter par son regard.

Henri éclata de rire en criant :

— Maintenant tu peux avoir ton petit revolver... J'ai le mien. Comme tu es gentil, je ne te dérangerai pas demain. Je garde mon fils — mon fils à moi — et «*est ta femme qui le soignera.

Fou de colère, Pierre saisit son arme; mais Henri disparut, et il put entendre, avec le bruit de la fermeture de la fenêtre, un immense éclat de rire.

Le cocher riait aussi. Pierre en fut comme abruti.

Écrasé sous le ridicule, il se précipita dans sa voiture. Il n'avait plus qu'une pensée : aller faire la plainte dont il avait menacé le misérable.

La voiture avançait et allait tourner la rue lorsqu'elle s'arrêta tout, à coup. Pierre, surpris, se pencha à la portière ; il vit la Costolade qui, ayant fait un signe au cocher, venait vers lui.

— C'est vous qui avez fait arrêter?

— Oui.

— Vous m'avez reconnu? fit Pierre stupéfait du sans-gêne.

— Non, monsieur, je vous guettais. Je suis là depuis quelques minutes seulement. En voyant votre voiture à la porte, je me suis cachée au coin de la rue et j'ai attendu votre sortie.

— Pourquoi?

— J'ai à vous parler.

— Montez alors.

La Costolade obéit. Comme le cocher attendait pour repartir, Costin demanda à Olympe où elle voulait qu'il la conduisît.

— Oh! faites-nous promener sur le boulevard; j'en ai pour deux minutes. Pierre donna l'ordre au cocher ; la voiture se mit en marche.

Il interrogea alors la jeune femme :

— Que voulez-vous me dire?

— Monsieur, je vous en prie, dites-moi d'abord si vous avez réussi.

Pierre la regarda fixement, cherchant l'explication de cette curiosité siiîguhcre.

Comme cela ne pouvait avoir d'importance, qu'au fond il devinait qu'il avait uno alliée dans la Costolade, il lui raconta en deux mois ce qui s'était passé.

Aussitôt Olympe lui repondit :

— Cela ne m'étonne pas. Je vais vous parler franchement : je hais votre femme, celle qu'on appelle la Phryné; j'adore Henri 1 Je vous demande en giice de le ménager, et je vous sers loyalement.

— Je vous avoue que j'ai pour ce monsieur un absolu mépris, et que j'ai l'intention de le lui prouver, puisque je me faisais conduire à la préfecture pour déposer une plainte contre lui.

— Oh! monsieur, je vous en supplie, ne faites pas cela. Ce que vous n'avez pu savoir, je vous le dirai ; ce que vous voulez, je vous le ferai avoir. Mais grâce pour lui! C'est un malheureux, mais ce n'est pas un méchant.

— Je ne veux pas le juger, fît dédaigneusement Pierre; je le méprise trop pour me souvenir de lui. Je consens à ne rien faire contre lui maintenant, si mon enfant m'est immédiatement rendu.

— Je me charge de cela... Avant d'aller plus loin, il faut que vous sachiez bien des choses. D'abord, il est nécessaire que vous alliez relever l'acte de naissance de l'enfant; faites-le; en le Usant, vous verrez ce que vous devrez faire.

— Que voulez-vous dire?

— Ne me demandez rien, je ne vous répondrais pas. Mais avant de faire la moindre plainte, faites ce que je vous dis.

— Tout en n'ayant pour celle qui porte mon nom que haine et mépris, je ne veux pas qu'on la place plus bas qu'elle n'est.

— Moi, monsieur, je veux me venger de celle-là; je veux vous la montrer assez méprisable pour que vous n'ayez aucun ressentiment contre Henri. En somme, je veux vous donner les moyens, dans le procès en séparation qui est en instance, de l'obliger à se taire, à demander, elle, la séparation de piano, sans dire un mot de ce qu'elle sait de vos relations avec... avec la mère de votre enfant.

— Je pourrais lui imposer silence?

— Oui, fît Olympe avec un sourire confîdentiel.

— Si vous faites cela, je vous jure que je ne tourmente pas le sieur Masset.

— Voici notre petit traité. Je vous livre votre femme dans des conditions telles qu'elle n'a que l'exil pour échapper au scandale. Votre enfant vous est rendu. Et, en échange, vous ne ferez rien à Henri, quoi qu'il ait fait.

— Mon Dieu! vous m'épouvantez. Qu'a-t-il fait?... Et quel crime a donc commis Régine?

— Je ne veux rien vous dire.

— Mais quel mobile vous dirige?

— Oh! il est simple, fît crânement la Costolade. Je veux qu'on chasse loin de France la femme qui m'a volé Henri, et je veux qu'il me revienne. Je veux mon amant, mon homme. Vous le méprisez, soit... Moi, je l'aime!...

Pierre fut un peu étourdi de l'aveu de cet amour malsain, qui semblait, comme une plante, avoir poussé plus fort à mesure qu'on le couvrait de fumier.

— Eh bien, soit. Que dois-je faire?

— Vous irez..., tout de suite, à la mairie de Montmartre, relever l'acte de naissance, qui vous montrera que vous seriez imprudent en agissant judiciairement.

— Qu'est-ce que tout cela veut dire? Ce mystère m'inquiète. J'irai. Après?

— Vous viendrez chez moi demain, à dix heures du soir.

— Chez vous?... Pourquoi?...

— Voir M"^° Costin, la Phryné î...

— Chez vous, elle va...

— Ne me demandez pas d'explication. Venez...

La Costolade avait fait arrêter la voiture; elle ouvrit la portière et descendit, Costin lui demanda :

— Mais je ne connais pas votre demeure.

— Tenez, fit la Costolade lui donnant sa carte; demain, à dix heures. '

Et elle s'éloigna rapidement, pendant que Costin, stupéfait. Usait sur la carte qu'elle lui avait donnée :

Mii« OLYMPE

Ancienne maison Palmyre CORSETS BREVETÉS S. G. D. G.

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