‹ Mademoiselle PascalChapitre 10 sur 26 · THÉRÈSE, LA SŒUR MARCELINE, LA SŒUR HÉLÈNE · texte numérisé non relu

THÉRÈSE, LA SŒUR MARCELINE, LA SŒUR HÉLÈNE

THÉRÈSE

Bonjour, mes Sœurs ! Vous êtes venues, par ce froid!...

SŒUR MARCELINE, Celle qui est vieille, qui a déjà

beaucoup soulagé la souffrance. Très gaie :

Notre- Seigneur est descendu sur la terre, en pleine nuit de décembre, mademoiselle Thérèse.

THÉRÈSE, soudain un peu gagnée par cet enjouement.

Il s'est réchauffé au souffle du bœuf et de l'âne. Asseyez-vous au coin du feu. Je n'ai rien de mieux à vous offrir.

SŒUR MARCELINE, tenant par la main la jeune sœur, une petite sœur aux beaux yeux bleus.

Je vous présente ma petite sœur Hélène. C'était la sœur Claire qui m'avait accompagnée dans ma tournée du mois d'août dernier...

THÉRÈSE

Soyez la bienvenue, sœur Hélène !

(Sur un nouveau signe de Thérèse, les deux reli' gieuses s'assoient auprès d'elle, devant la cheminée.)

SŒ,UR MARCELIN^E

J'espérais vous voir, au couvent, au cours de ce trimestre, mademoiselle Thérèse. Vous me faites ordinairement de petites visites, j 'ai failli vous écrire... Vous n'avez pas été souffrante?... Vous avez bonne mine.

THÉRÈSE

Ah! j'ai bien négligé mes œuvres, tous ces temps-ci, sœur Marceline. J'ai été très occupée à la maison.

SŒ.UR MARCELINE

Il faut être à la fois Marthe et Marie. Qu'est-U donc arrivé chez vous?

THÉRÈSE, après une légère hésitation.

Vous rappelez-vous nos cousins, les de Vayres?

SŒUR MARCELINE

Je crois bien î C'est moi qui fais les quêtes depuis trente ans, dans ce pays.

SŒUR HÉLÈNE

Et on a beau lui dire... Elle ne veut pas se reposer, mademoiselle!

SŒUR MARCELINE

Voulez-vous bien ne pas interrompre notre conversation, petite sœur... (Désignant un guéridon sur lequel est un hvfô.) Regardez les images... (A Tliérhe.) Quel est ce livre?

THÉRÈSE

Un album de cartes postales.

SŒUR MARCELINE

C'est parfait...

(La sœur Hélène s'est levée docilement el est allée s'asseoir devant le guéridon. Elle commence à feuilleter l'album.) Mais ie croyais cette excellente famille de Vayres éteinte.

THÉRÈSE

Jacques de Vayres restait seul. H est mort à Paris, l'automne dernier. Mon père et ma mère ont, ici, recueilli son enfant.

SŒUR MARCELINE Pauvre bébé 1 THÉRÈSE, après avoir retiré du tiroir d'tme table la photographie de Paid.

Regardez son portrait.

SOBDK MARCELINE, regardant la photographie, puis souriant.

Mais, c'est un homme !

THÉRÈSE

... On trouve qu'il m.e ressemble. Est-ce votre avis?

SŒUR MARCELINE

Non.

THÉRÈSE

Non? (Elle remet la photographie dans le tiroir.) Depuis quatre mois, je ne m'occupe plus que de lui, uniquement de lui... « Thérèse, me disait une de mes maîtresses au couvent, êtesvous bien sûre d'avoir deux mains? Les avezvous jamais vues, toutes les àeux, à la fois? » Je n'ai pas changé, je le sais bien.

SŒUR MARCELINE, après avoif ri.

Quel plaisir vous devez éprouver, aujourd'hui, à faire la maman !

THÉRÈSE

Bah! le bonheur arrive toujours trop tard, sœur Marceline ! On commençait enfin à se passer de lui, lâchem.ent. Au fond de la solitude, on découvrait une espèce de sérénité... Et tout à coup, comme une clarté trop brusque, il nous fait peur, il nous fait mal...

SŒUR MARCELINE

Les cœurs profonds ne sont j amais tranquilles. . . Allons ! allons ! Bénissez Dieu de vous envoyer

un devoir aussi doux avec cet enfant !... Mais, sa mère?

THÉRÈSE

Voilà où commence m.on souci... Paul ne l'a jamais connue. Bien pis ! on ne lui a jamais dit le nom de cette malheureuse, ce nom que je suis seule à connaître.

SŒUR MARCELINE

Une femme indigne?

THÉRÈSE

Oui. Une passante... Il ne m'en parle pas. Que sait-il? Rien, sans doute. Je n'ai pas abordé ce sujet avec lui, non plus qu'avec mes parents, à miÛle lieues, comme n'importe quels étrangers, de supposer ce mystère, et dont toutefois le secret me pèse bien... Je dois même dire que j'ai tout fait pour entretenir mon père et ma mère dans leur ignorance. Ai-je bien fait? Aije bien agi envers eux?

SŒUR MARCELINE

Certainement. Qu'il y ait, au moins une fois, un innocent qui ne paie pas pour des coupables !... Vous le savez comme moi, les gens vertueux le sont souvent avec injustice et rudesse.

THÉRÈSE

Mais... envers Paul?

SŒUR MARCELINE, après avoir réfléchi quelques secondes.

Non, qu'il sache ou ne sache pas le nom de sa mère, ne lui en parlez pas, puisque vous ne pouvez pas lui en dire de bien. Remplacez-la. Continuez, silencieusement. S'il pense encore à l'autre, bientôt il l'aura oubliée. (Un silence.)

THÉRÈSE

Excuses-moi de vous avoir entretenue de ces choses. Il est si rare de pouvoir parler en confiance ! Cela m'a fait du bien. Merci !... Cela m'a soulagée un peu.

SŒUR MARCELINE

Je garderai le secret, comme votre confesseur. THÉRÈSE, avec un petit geste d'excuse et de confusion.

Mon confesseur 1...

SŒUR MARCELINE

Oui, oui, je sais... Hélas! Ah! mademoiselle Thérèse, pour être parfaite, qu'il vous manque peu de chose 1

THÉRÈSE

Dieu. C'est ùnmense !

(Elle se lève. Un silence. Enfin la sœur Marceline l'entraîne dans un coin du salon.)

SŒUR MARCELINE

Mademoiselle Thérèse, j'ai une communica^ tion très importante à vous faire. C'est le Bon Dieu, sûrement, qui l'a voulu ainsi. C'est très bizarre... Mlle Juanita Dorviet...

Oiii.

THÉRÈSE

Eh bien? Vous la connaissez?.

SŒUR MARCELINE

Figurez-vous que, tout à l'heure, nous nous étions arrêtées au fond de votre jardin, parce que ma sœur Hélène s'est écorché un doigt en refermant la porte d'une maison, aujourd'hui, et que j'ai dû lui faire un petit pansement. Ce n'est rien... Nous étions là, lorsque nous avons aperçu, dans un sentier, Mlle Juanita qui pleurait...

THÉRÈSE

Elle était souffrante?

SŒUR MARCELINE

Bien mieux. Tout à coup, elle est venue vers moi en essuyant ses larmes ! « Vous allez voir Thérèse? — Oui, mademoiselle. Qu'avez-vous? -— Donnez-lui ceci de ma part. Je n'en veux plus. » EUe a ajouté que, peut-être, vous comprendriez le reste. Nous devons la retrouver près du portail et lui dire si vous pouvez la recevoir.

THÉRÈSE

Je l'attends. Que vous a-t-elle donné?

SŒUR MARCELINE, appelant.

Sœur Hélène !... (A Thérèse :} Une bague en diamants.

THÉRÈSE

Sa bague de fiançailles?... Oui, elle est fiancée avec un jeune homm.e de son pays. Ce mariage ne l'enchantait guère.

SŒUR HÉLÈNE, SUT le point de remettre la bague quelle avait, par prudence, passée à l'un de ses doigts.

Pardon, mademoiselle, je me trompais. Je vous remettais mon anneau de religieuse. C'est la première fois que je l'ôte de mon doigt.

THÉRÈSE

Les anges n'auront pas eu le temps de voir. Mais, pourquoi me fait-elle envoyer cela, à moi? Je n'ai pas à intervenir en cette affaire. C'est étrange !... (Avec saisissement :) Tiens, il y a du sang sur cette bague !

SŒUR HÉLÈNE

C'est mon doigt, je parie. Je me suis blessée, tout à l'heure.

THÉRÈSE

Montrez votre main... Attendez, je vais vous donner un médicament. J'ai, dans ma chambre, une boîte à pharmacie très complète, pour mon dispensaire... Je reviens,

(Elle sort. Presque aussitôt, par la porte du fond, à droite, paraît Anne, précédant les demoiselles de Teyroc, personnes distinguées et desséchées, d'un âge qu'on ne peut plus préciser, entre quarante et soixante ans.)

SCÈiNE III

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