FRAGMENT
Et nom avons et» naitf pin» balles ipie vos fooN.
HACinB.
« Ab-tit goûté le charme des mais de notre patrie ? Ton oefl , fatigué par Fédat de Mire sM& qm éblouit , s*est-il doucenent reposé sur la lueur st donœ ifui tombe le long, de nos égU^ ses et de nos couTcas , quand la lune s'élèfte dans ce benn ciel de notre paierie P QuelcfueMs dùmnuée par le tenis j elle se^ montre à l'b<»i^ zon. Arrêtée sur la pointe de l'un de nos monu^ mens , elle semble se plaire à rappeler ja vieille domination des Maures , et s'éloigne bientôt en
jetaal im tayon à'ùt sur U com vtfitolitiiM du
» Le yeiit des montagnes est si. finâs ! il ar^ me at^c la âuiiii «I toutes les. croisses sont ouimrtes pour le eacevoir. Tu parles des biîses de ton pays... La brise M»st «adBera , le soir, dans tes rideaux f et fera incliner la flamme de ta lampe, tandis que, la tète appnyëe snr ta m^n^ t« regrettera», dans tes longues réveiies^ lèvent qui gémit auteur de la maison de ton père , et ^wï$ les ro^ers de cdle que tu regrettes sans doute !
» C'est le- soir qu'il faut errer dans les rues de la ville rafrakhie. De petites filles dansent afrec le tambourin , et les castagnettes guideiA tours jolis UMnivtemens. La mère , assise sur le pas de sa porte, chante et frappe la mesure dans ses mains. En passant ^ tu verras tontes les fe^ nétres ëclauré» , et des ombres légères se mouv<Hr derrière les rideaux. A quelque balcon so*litaire, une blanche fi|^ire paraît : elle^se penchei» «Ue écoute»...; car les cordes de la guitare nocturne frémissent lom d'elle sous la fenêtre d'une autre , et elle voudrait savoir si la main qui fait
l4o hh,S NUITS D^£SPitO«l!..
naître ces sons ékMgdfs ne porte pcmit Fonix... ^ ronix qu'un soir elle abandonna aux transport» d'un infidèle.
» Moi aussi j'écoute au milieu des nmts , car quelquefois j'ai entendu une voix douce . une Yoix qui murmure pour moi les airs d'un pays
étranger. Je me trompe oh ! je me trompe
certainement ! tu ne chantes point la nuit ! yos chants n'ont rien de grave, n'ont rien de rêveur ; ils semblent faits pour des théâtres et des fêtes : ce ne sont que des sentimens légers , éphémères qu'ils expriment. Le tems les fait passer avec eux ; on les citera demain comme ridicules , comme bizarres. Les nôtres n'ont jamais varié. Us charmaient les veillées de nos pères ; ils sont riches de tous les souvenirs de la patrie. Ce sont des accens nobles , fiers , passionnés , tels qu'en pdut faire entei»ire un noble CastiUan appuyé sur le pommeau de son épée. Interrompus par de longs silences , ils s'élèvent dans le cafane des nuits j et vont frapper l'oreille du jaloux qm s'éveille et gronde , parce que depuis long-tems on écoute à ses côtés. Le ton uniforme des cordes de la guitare frappées ensemblei leur fait un mer-
LES NVITS d'£SPA.GK£. i4i
vdiUèta accompagnement. II y a dans ce gémissement continuel des brjuits qn'on trouve sur les bords des tocrens ou àous la voûte des cfoHres.
» Le caractère espagnol est tout entier dans ces cbants... âpres , désordonnés , sans mesure ; ils s'élèvent et s'évanouissent avec des notes traînantes qui rendent bien toute sa lenteur, ou fimssent avec une brusquerie qui étonne. Leur monotonie est frappant^. Nos passions sont toujours les mêmes ; nous n'avons qu'une manière dé les exprimer, et cette expression est religieuse, parce que l'ame donne à son langage le caractère de ses émotions les plus puissantes et les plus habi-> tuelles.
M Les nuib en Espagne sont délicieuses. Astu remarqué comme elles arrivent rigidement ? A peine le dermer rayon du soleil a-t-il quitté les jointes de nos dômes qu*il teiat d'une belle couleur rougeâtre , que voici la nuit qui tombe y qui ^épaissit.... Dans notre ciel, les grandes différences de la lumière et de la température ne sont point amenées par des états intermédiaires. Toutes les transitions sont brusques ^ instantanées : la nuit atteint le jour ; Tété s'enfuit sw~
142 LES NUITS D^eSPA^MB.
pris par les froides et Iwiigaes pluies de Thiftr. Tu remarqueras la même disposition daas nos esprits : ce que rous appelez la modération « ce vide sSencieux qui sépare deux mouvemens de l'amè , n'est point connu de nous. Nous aimons ou nous haïssons. Le peuple crie : Fspe ou mture ! tout est positif; tout est prononcé dans le caractère de l'Espagnol. Ce mode de gouvernement que vous avez, adopté, et que vous offrez à notre* admiration , a tout le vague , toute Tîncertitude qui tourmentent les vieilles sociétés. On trouve
chez nous l'énergie d'un peuple jeune encore
L'Espagnol restera monarchique ; il pourrait devenir républicain , s'il cessait d'être religieux ; mais il n'adoptera pas de long-tems le nom qui signifie qn^on peuple ne sait être ni l'un ni l'autre.
M Non&aîmotts ou nous hajbsom ; et si l'on t'a parlé dv peu de durée de nos sentimens, sois en sûr, on t'a trompé l il n'y a îqu'un amour pour la fiDe d'Espagne : c'est le pitmier , c^esf le dérider. Etre infidèle , c'est m pas savoir aimer.
» Quels sont le» obstacles qu'une femme ici connaît avec l'amour ? Quel sacrifice, quand elle aime , a«l-elle pu ne pas s'imposer !
LIS vuiTS d'espagke, i43
9 As-tii oui' raconter l'histoire de celles qui . aim^mit quand Tennenii rint ravager notre pa-^ triep Elles étaient bien malhenreuses d'aimer im emiemi de leur Dieu , de leur roi ! L'une d'elles, et ce ne fut pas la seule, quitta la maison de* son père, et elle ne se retourna pas pour Toir la fenêtre de la chambre où , plus jeune , elle dormait à cdt^ de son frère! elle tratna se» pas le kflig des grandes routes , le long des routes sablonneuses oà il n'y a pas d'ombre quand le soleil brftle ; elle suivit le Français dans cts longues plaines de l'Andalousiç où jamais on n'est airétë par le doux bruil d'une source ; elle s'égara avec lui dans les détours dé ces montagnes aiides où les. guérillas attendaient près de leurs carabines qui frappent à coup sAr ; elle le suivit jusqu'au jour où , en revenant , elle ne retrouva plus dans son village le toit de son père et la chambre où , enfiint , elle dormait à côté de son frère... Il y avait des ruines, une croix nmre tout auprès! presque folle , elle s'y reposa , et le lendemain l'étranger partit sans elle; car après qu'une balle eut sifBé près de la croix , la veille, un Espagnol , en s'éloignant parmi les rochers
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qui protégeaient sa fuite , criait : « Malheur à celle qui choisit us époux parmi ceux qui ont tué son père ! ^on frère , s'il le faut , la tuera ! »
n Vous , vous n'avez point tué nos pères ; vous' les avez délivrés , et nos frères combattent à vos côtés ; mais je ne quitterai point ma patrie , et je ne verrai jamais les pays que tu vantes... Tu partiras pourtant ! va ! le soleil est beau y le soir, sur les hautes muraSles du couvent voisin , et des hymnes pleins de douceur s'élèvent de son enclos béni ! c'est là que fleurissent les roses du Seigneur ; c'est là qu'on pardonne à celles qui ont aivné , et qu'on ne leur défend pas de. prier pour l'absent. Qui sait... ? quand votre tâche sera remplie , quand vos trompette sonneront l'air d'adien , une religieuse ^ une nouvelle religieuse soupirera peut-Stre dans $es longs voiles blancs, au bruit lointain du départ , au bruit parvenu , en mourant , dans les solitudes du cloître !»
LES BOHÉMIENS, li^S
^N** XVI. — 20 septembre iSaS.