‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etc (volume 2)Chapitre 26 sur 48 · L'ESPAGNE POETIQUE · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE POETIQUE

Viris mrmitfM mêàUem Hispmwiû

L'histoihe est une belle chose ; mais comme on récrit maintenant , elle est bien triste et bien ennuyeuse. Le froid récit de dates et d'affaires politiques me fait. toujours l'effet d|i sommaire d'un autre livre qui doit me rendre présent à tous ces événemens , me faire voir leurs acteurs , m'entretenir de leurs mœurs , me rappeler leur allure, leurs costumes et leurs paroles. On a oublié, je crois, que Clio est une muse, et qu'on peut dire la vérité autrement qu^en style de gazette. Je voudrais voir Walter Scott écrire rhi&-

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toire de son pays, et Ystuteva à^Atala tenir la promesse quHl a faite en quittant Eudoxe et Cymodocie. Avec des ccrivaiBS semblaUes , nous aurons des tableaux , et nous n'avons que de faibles et maigres esquisses , et Ton pourra se dispenser d'indiquer à la peinture ^ à la poésie , les trésors qu'elles peuvent trouver dans ce champ jusqu'à présent si peu cultivé. J'aime ridée qui inspira la Gaule poétique* Les vertus et le bonheur , les sottises et les infortunes de nos devanciers ont été enregistrés si inutilement au profit de l'expérience et de la raison de leurs fils , qu'il ne sera pas mal de voir si les Muses et les beaux-arts en feront mieux leur affaire. Aucun pays ne peut leur offrir plus ample mois-, son que la noble' Espagne ifirh armisque nobilem. Son berceau est entom'é de tous les prestiges de la mythologie, et elle $*é¥ç]He au chant pastoral des heureux habhans de la Bé tique, si cé-^ lébrée par les poètes. Elle tressaille au bruit des pas d'Alcide, et le demi-dieu , pour prix de son accueil et de ses embrassemens, lui promet que ses fils hériteront de sa valeur. La voyez-vous dans cette première époque, déjà nobk et fière? Appuyée sur la massue qu'elle lèvera plus d'une

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fois contre Toppressioa j recouverte de la peau du litm de Némëe, la beUiqueiise smnazone, en souriant , lit sur les colonnes que lui légua son divin amant , les noms prophétiques des héros qfoi doivent illustrer ses ebamps \

Libre quand le monde se débat sous les^cha&ies de Rome , elle lui suscite ses plus grands ennemis^ EHe dcnnia des leçons à Amûbal'*^. €'est elle qiH lui dit qu'il pouvait vaincre Rome, pms-^ qu'il avaif vaincu Sagonte ; à sa voix , îl P^^ i et la valeur espagnole sert d'avast-^arde à la fortune de Carthage ♦*•

Le vieux spectre de l'^fricam vshebcu reparut souvent au premiar théâtre de ses succès; Dans sa haine éternelle , et choisissant le peuple qui pouvait le mieux la servir, il marchait devant les bataillons de Yiriate , quand , dans cts mêmes champs y ils donnaient ub démenti aux oracles du Capitole ; il riait en voyant ses aigles divisées s'y ensanglanter dans les querelles de Pompée et

* SîKtis Itaticos appelle TE-spagne lai maîtresse du grand Annibal dans l'art de la guerre.

*f Ai AnnihaU Hispanis primum o&iineôaal /nuitâm et idroèoris in omni exercitu erat,

TiT. Liv., Detad.in^ I. 7

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de Sertorius ; il planait sur les mms de Numance , et s'applaudissait de voir les Romains trouver aussi une Sagonte.

Dans sa résistance , l'Espagne donna une grande leçon au monde ; sa soumission fit son bonheur. C'est elle qui lui donna Trajan, Adrien, Thëodose!

Rome tombe^ et les membres du colosse ter^ rassë, séparés, disperses, s'agitent dans d'affreuses et sanglantes convulsions ; les Vandales, les Suèves , les Alains se disputent l'Espagne , et devant eux l'aigle s'enfuit après dé vains efforts ; l'aigle s'enfuij , mais la croix , espérance de la civilisation naufragée , s'élève et domine l'affreuse tempête.

Plantée en Espagne par deux saints apâtres , signe de pardon pour les vainqueurs , signe de consolation pour les vaincus, la croix a déjà jeté de profondes racines dans ce sol héroïque qu'elle doit féconder de lauriers et de palmes , et c'est en l'mvoquant que les nouveaux maîtres de l'Ibérie établissent un royaume puissant et se choisissent des rois.

Le royaume des Gpths commence , et la fiancée de nos premiers rois est unie à la longue épée

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de leurs premiers chefs. Cette amitié qui unit le peuple de saint Ferdinand au peuple de saint Louis n'est point dliier *, etsi^ de nos jours, le lion , à Tombre des lis , a détruit , dans, les champs de l'Andalousie, la révolution qu'on peut appeler le fléau des rois et des peuples, le glaive de Théodomer aida, dans les plaines de Châlons, Mérovée k repousser le farouche Attila , qui se faisait saluer de ce titré sanglant.

Ces vieilles annales d'Espagne sont remplies d'intérêt pour nous autres Français : à chaque page, il est question de notre ^patrie, et ce ne sont point de petites figures qui apparaissent sur ce sol étranger.

Voici le fier Clovis qui , vainqueur d' Alaric , ne s'arrête qu'aux Pyrénées , qu'un autre héros de cette monarchie qu'il a fondée doit , plus tard , aplanir d'un mot. Voici les frères de Clotilde. Guidés par son voile sanglant . qu'elle leur envoya en signe de détresse , et qu'ils attachèrent k leur bannière royale, ils accourent en Espagne

* Voyez, dans Philippe de Gommines , re qu^îl dit de Tamitië qui , de son tem3, unissait les peuples de France et d^Espagne*

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pour punir Toppresseur ; ils accoiÉreiit..« et déjà les rois savent que dans ces ncdiles fils de France l'infortime trouve un a{>piiî ^ et le crime des vengeijffs.

Ailleurs, c'est roriginederune de nos vieilles basiliques , et la tunique du saint protecienr de SarragDSse, apportée par Clotaire vainqueur, est reçue avec vénération par le peuple de Paris , sous les voûtes toutes neuves encore de Téglise de Saint-Germain-des-Prés ( 543 ). -

555. Deux filles de: roi quitt^at l'antique alcazar de Tolède pour le pays des Francs. Athanalgide a marié ses en&ns à leuis deux rois..... Sigebert et Cliilpéric les attendent. Elles partent, et d'affreux pressentimens les accompagnent. De pâles éclairs glissent sous les ogives du cbâteau de Sigebert , et découvrent les vieilles statues des rois chevelus tout hupides d'une sueur de sang ; les harpes des scaldes , suspendues aux piliers, murmurent tristement ; la cloche qui doit maintenant annoncer l'heure de tant de forfaits s'agite d'elle-même , et tinte sur le palais... Brunehaut y est entrée, et déjà , dans la demeure de Chilpéric, au bruit lointain des fêtes, du mariage, tandis qu'on chante le doux nom de

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Galsiimthe, une autre femme, Frëd^goiide, médite le crime, et conte à Landry, effrayé,- comment , cette miit même , elle réya la nouvelle fiancée étranglée parles ordres de.sonépoux.

572. La France, à cette époque, ne jouit pas seule du triste avantage de fournir d'affreux su-, jets à la Melpomène moderne ; les discordes religieuses tourmentent l'Espagne, Ingoude est Pépouse d'Hermenegitde , et elle semble lui avoir apporté en dot les fîireurs et les infortunes de Branehaut sa m^re. Les dissen^ons et les haines -régnent dans le palais de Leuvilgide. Les Muses tragiques pourraient se plaire, je crois, au récit des sanglantes querelles d'un père et d'un fils ; et il ne me semble point indigne de leurs regards, ce jeune prince converti par son éponse à la fm calboUque , l'enlevant aux persécutions de l'arianisme, et préférant , dans les prisons de Cordoue, au changement de croyances, la mort qui Toi donne la palme du martyre.

La fille de Frédegonde est aussi appelée en Espagne. Recared lui offre la moitié du trône où il va s'asseoir, jnais la douce Rigoute, à l'aspect de ces rochers stériles, de ces plaines sans verdure qui annoncent son nouvel empire , secoue

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lentement la tête; elle songe aux fontaines, aux forêts , aux fleurs de sa patrie ; elle reprend le chemin de la France , dont elle fut déjà trop l<mg-tems séparée ; elle préfëre ses charmes aux pompes si souvent funestes d'un diadème étranger , et ses jeunes compagnes , en la revoyant , célèbrent dans leurs chants ce beau pays que les filles de roi ne quittent qu'en pleurant , et dont le souvenir , polir plus d'une , fut si doux et si cruel !

Déjà dans l'Orient s'élève le croissant qui , un siècle plus tard , dominera l'Espagne ; il grandit comme un astre fatal , et les Goths se préparent , par leurs guerres et leurs dissensions, à devenir une facile proie pour luL

Sbenaud (63i-636) appela les Francs contre Scmtila , le Néron de l'Espagne, après en avoir été le Titus. Dagobert sert les projets de Sise> naud , et , pour prix de sa victoire , veut enrichir sa patrie de l'une de ces merveilles * qui ornaient Rome, riche des dépouilles du monde,

* Cétait une fontaine dW du poids de cinquante livres. Les Ootfas Tenlevèrent aux soldats qui remportaient en France. Dagobert déclara la guerre , et se laissa désarmer par aoO|Ooo écus d*or.

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