‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etc (volume 2)Chapitre 27 sur 48 · L^ESPAGNE POETIQUE · texte numérisé non relu

L^ESPAGNE POETIQUE

et que les barbares vinrent chercber quand ils surent que les Romains n'avaient plus que de

l'or Leur fer s'ëtait usé aux chaînes de leurs

esclaves ,. et ces esclaves en avaient fait des armes.

Squs Cbiudàsuiiithe ( 64^ ) , tous les. fléaux tourmentent la malheureuse Espagne. La peste y règne avec la famine, et la guerre civile joint ses fureurs à leurs fureurs. Chiudasuinthe rentre vainqueur dans son palais. Qui peindra cette fête de triomphe où n'assistaient que des spectres pâles V dëchamës, et où l'airain des temples, habitué au son des funérailles , ne trouvait plus d'accens pour la joie?... Sur la place publique , l'échafaud attend les vaincus *, et leurs femmes suivent leurs nouveaux maîtres en pleurant sous leurs voiles d'esclaves.

Ileusuinthe(652) cicatrisa ces plaies; mais au milieu du bonheur de sa patrie, qui lui donna le nom de père^ le sage monarque, comme Charlemagne à l'aspect lointain des barques des Normands , soupirait en voyant de lom flotter le pa-

* Sept cents Goths des plus distingués y furent mis à mort.

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TOlon des vaisseaux africains , et l'ombre de son père, ùiste encore de ses fureurs passées, s'en ve- Raft le soir lui conter, sût la rive déserte, la ruine pr ochaine de la patrie et le triomphe du croissant.

Yamba, son successeur, s'endort roi et se réveilla dans un cloitre..; peftdaat sa longue lé> tliar^e , le perfide qui la fit jia&tre veeomrre le malheureux priace du cilice de la pénitence. Cet habit qu*o^ ne pouvait plus quitter quand une ibis on l'ayait rev2tu , et qui ne cédait sa place ni À la cuvasse du guerrier, ai à la pourpre des rois, le fait mifienner dans un monastère. En quittant sim palais et ses sujets éplorés , il leur choisit im maiire...; il remet la couronne à Er> vige..., et c'est Errigie qui l'a trahi, détrôné... !

Le f ègne affreux de Yitizaa lenipli cette coiqie de fureurs que l'ange des vengeances tient levée sur les nations à punir (700). Rodrigue y fait tomber la goutte iqui la Ëiit dâMrder. L'invasion de l'Espagne par les Sarrasins me semble, pour la muse épique, un s^et d'ime toute autre importance que la prise de cet Uion qui inspira les deux plus beaux génies de l'antiquité , et qui , non content de cette gloire , se rattacha à l'immortalité dans les vers de Racine. C'est l'amour

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qtd amena ces deux grandes reines éa royaume des Gotbs et de la ville de Priam ; mais Rbdrigney bouillant, impëtneint, s'arrathatiides bras dé la Toliqilé an premier cri de gnerre , et s^ensevtKssaat arec tonfe sa noblesse, au milieu des débris deson trdne, est une autre figure que celle de l'effénâië ravisseur d'Hélène. Et cette beauté A fatale dans sa vengeance, et le père si malkenreox dans > son bomienr , que pour venger la tadie qu'on lui a faite, il livre sa patrie au joug étranger! YoilA des caractères qui ne le cèdent en fien pour l'énergie , et le tragique aux bëros de Lacédémone et de Troie; Si là chute de PergaiM intéressa la Grèce; l'Europe entière s'émnt i l'annonce de l'arrivée des Arabes... Ya-t-elle passer tout entière sons le sabre des adorateurs de Mabomet? et la torcbe d'Onan doit-elle poinrsuiiTC dans leurs asiles saint$ les trésors écbappés à sa rage fanatique? Non! la croix ne quittera même pas cette noble terre qu'elle a visitée la première ! Elle s'élève sur les rocbers des Asturies , et son bois- insulte à l'or du croissant. Avant que d'y suspendre sa harpe, le barde chrétien , au pied du signe révéré , percevait-, dans un chant prophétique , les jpmbres de Favenir.

1^2 LUâPA&NE POETIQUE.

Cet hpu^ ceDsoUlew, Agat fin de ce niriile «■vtage , teteatirait des whim de Pëhge , d' AlphoEsc, d'iMbeUe, de Fcrdiiiaiidï et le Cid tcigeur, et le vaLeuRSz GobmIvc, y a|»plc^traieat dans tonte leur glaire! il dirait aiiui lea gmttikn duCbiist, poiu* venger les ovti^es dd ù Gfàiz en Ëipagne, la relevant iritKnphanfe^nrlts tisirs de Sobioe , et dans eu awonces de gl«k« m de délivrance , In ne serai» poiat oiàiiiét , anUe patrie djB la gloire et de U Iftecté ! Im pins liem vers secaMot pour tù t Frante, pvur lei ^ la ' previire , pv I* nasse d'nves de Ourlet- Martel , appris , dans W plainea de Tonn* anx SanasHis terrassas, qbelewrÈgnealUitpamr: >

LES MAURES. lyS

— * N® XVIIl. —

Es uua Jlira gente la de Espana , Qut ^mando à péchas una empresa toma.

Les tiemUe et mar, la muette los estrana.

Diga Nmmaneta^ que le cuesta à Homa.

La nation espagnole est fiërc. Lorsqu'oilc a résolu une grande entreprise , la mer tremble devant elle, la mort fuit, et Numance peut dire ce qu'elle a coûté à Rome. "

Lops ns ViCA y Jérusalem eonquistaâa .

Grenade a ouvert ses portes *. Boaldil a remis leurs clés aux mains des vengeurs de la foi.

L'étendard de la croix , l'étendard de Saint- Jacques flotteùt avec celui^ de la Castille sur la tour principale. « Saint-Jacques! Espagne! Castille pour les rois Ferdinand et Isabelle !! » Entendezvous ces cris? ils parviennent jusqu'au fond des jardins du Généralif. Sous ses vieux myrtes, sous ses cyprès immenses, les filles et les femmes du

^ 2 janyjer i49X «*

roi pleurent en les écoutant. « Il nous faudra done quitter, disent-elles, les eaux jaillissantes, les doux zéphyrs , les fleurs , les jolies fleurs de la maison d'Amour *. »

Les vainqueurs sont entrés dans l' Alhambra **. Le roi , détrôné , Fa quitté en saluant de loin les époux triomphans... et il pleure maintenant sur le coteau voisin. « O Seigneur! 6 dieu des batailles! » s'est-il écrié en se retournant pour voir encore uiie fois les dômes et la cime des beaux arbres de ses palais abandonnes pour toujours... Et sa mère lui a dit avec un amer sourire : Bien: pleurez en femme la perte d*une couronne que vous iCaçez pus su défendre en homme et en roi **♦ /

« Oh! qui te rendra , roi fugitif et déshonoré, qm te rendra les délices du palais de TAlhambra, alors que les filles , les belles filles de Grenade erraient dans des danses voluptueuses autour de ses mille colonnes d'albâtre? Couché sur les car^ reaux de pourpre entassés sur les pavés d'une faïence brillante , enivré des parfums du jasiftin, du myrte et des oi^ângers, aux doux sons des

* Généralif veut dire maison d^amoar.

** Quatre jours après la remise des clés de la ville.

♦♦♦•IJislorique.

thëorbes , des cbtres et des hautbois , tu les voyais fuir> revenir, disparaître dans de vagues et magiques vapeurs , sous Tondëe odurante qui vole autour des cascades et des foutaises d^ea|i de senteur , ou dans les nuages embaumés (pÀ sillonnent çà et là des vases de pspe et dea cassolettes d'or... Tu les comparais aknrs aux songes, aux doux songes de Tamant qui s'est endcnmi en disant : C*est demam ! des songes ! oui , le réveil est arrivé... et maintenant vous pkurez en femme la perte d'une couronne que cous n'twez pas su difendre en homme et en roi! »

Les fiers Espagnols ont secoué la poussière de leurs armures de fer dans ces lieux enchaatés. Gonzalve , d'un pied dédaigneux , fouie leurs riches tapis que déchirent ses éperons sonnans ; la sage Isabelle , son époux détournent leurs regards sévères de ces asiles d'amour et de volupté ; mais plus d'un jeune guerrier , à leur suite, a tressailli involontairement à l'aspect de ces réduits solitaires aux demi-jours caressans , aux lits de repos couverts d'étoffes d'or et d'argent... Quelque jeune odalisque endormie leur donna cette douce pression qui les affaisse encore ; ces roses efleuillées , dont leurs coussins

sont encore jonchés , ont passé dans ses doigts ^ sont peut-être tombées de son sein... ! une émotion inconnue fait battre leur cœur sous la croix de la cuirasse ; ils relèvent leur heaume , et selitent avec délices les doux zéphyrs que l'art appelle dans ees beaux lieux *, glisse sur leurs fronts qu'ont noircis le soleil et la poussière des combats.

Bientôt ce sentiment dont ils s'étonnent a fui \(Ân d'eux. Us ont retrouvé leur zèle de chrétiens, leur orgueil d'Espagnols devant les peintures dont une main savante a recouvert les murs d'une vaste galerie dont les fenêtres ceintrées laissent apercevoir les bords enchantés du Daro et du Xeml. Ces peintures sont consacrées à la gloire des Maures d'Espagne , et les soldats d'Isabelle et de Ferdinand ont rougi de colère en les parcourant des yeux ; car souvent , dans ces représentations>, Fétendard du croissant flotte, triomphant , sur les débris de la croix.

O rives de la Guadalette! le pinceau avait

* « Des courans d'air qu'on a diriges avec beaucoup d^art f Tiennent renouTeler, à chaque instant , la délicieuse fraîcheur qu^on respire dans cet édifice. »

DuPEARON , Voyage d'Espagne.

d'abord retracé les scènes de carnage qui effrayèrent vos flots , quand Rodrigue se yit arracher le trône et la vie...! c'est en vain que, sur son char d'ivoire , il anime par ses exploits ses soldats au combat...! il va tomber! Tarif est vainqueur, et l'Espagne est soumise * !

Le peintre n'avait point oublié l'humanité , la modération des triomphateurs : dans un second tableau , il les représentait laissant aux cités soumises en peu de mois , leur dieu , leurs lois., et ne leur demandant que les tributs qu'ils payaient à leur maître.

*♦ Voici la reine Egilone qui , déjà oublieuse de ses premiers sermens et durgpialheureux Rodrigue, essaie le bandeau de reine sous ses voiles de veuve. Nouvelle Andromaque , - elle a séduit son vainqueur. Abdélasis la conduit à l'autel , et dans la foule de ses Arabes qui l'accompagnent , brillent déjà les poignards qui doivent , dans la mosquée , l'immoler au ressentiment de l'implacable Valid.

Cette autre femme, si belle dans ses larmes, et qu'Ahdérame, sur les débris de Cerdana, livre aux ambassadeurs qu'il envoie au calife , est la

t^6 LES MAURES.

fille du duc d'Âquitai&è. Eudes, qui favori^it les projets ambitieux de M unuh , gouyemeur de la Catalogne , lut dotma la maili de la belle Noméraitce. La yictoire d'Abdëraïkie a déjoué l'espérance de cette union ^ et le Maure entoie i Damas la tête du traître , et sa teuve^ qui doit^ comme Egilone , donnet des lois k son maître *.

Le seul des Omniades écbappé aux fureurs d'ÂbdalIa , un autre Abdérame, a passé d'Afrique en Espagne , où l'appelaient les partisans de sa famille. En vain , au nom des Âbassides, Joseph tenta de lui résister... Âbdérame est vainqueur ; il an^che l'Espagne aux persécuteurs de sa famille. Il=>était représenté s'asseyant sur le trône qu'il éleva au milieu de Cordoùe embellie par ses soins **.

^* « Il s'éleva alors une nouvelle iftoùarchîe redoutable aux chrétiens D*un autre côté les forces des

Sarrasins en étaient beaucoup diminuées , car outre que ceux qui restaient en Espagne se privaient , par leur rébellion, des secours de ceux d'Afrique et d'Asie, plusieurs d'entre eux , suivant l'exemplr: d' Abdérame , avaient érigé leufs gouvernemens eu autant ds principautés séparées. Ainsi l'Espagne sarrasine s'affaiblit en se divisant » Ma&iai^a.

L£S îlAtTHES. tyg

Haccham ou Hiscem , non lok de là , terminait la grasde mosquée commencée par Abdérame. Le peintre s'était étudié à retracer les richesses de ce temple magnifique... On le voyait avec ses yingt-neuf nefs, ses trois cents colonnes d'alb&tre« de jaspe et de marbre, ses vingtquatre portes de bronze couvertes de sculptures d'or, et ses quatre mille sept cento lampes.

Un autre tableau rappelait la magnificence, la douceur, la galantarie d' Abdérame II. Cette jolie esclave qui effeuUe d'un air boudeur les roses de ce vase d'albâtre , a juré de voir murer la porte de son appartement plutât que de louvrir au calife... Malgré son air fâché , on devine que son ressentiment ne sera pas de loi^ue durée , car sa porte entr' ouverte laisse apercevoir le mur de pièces d'argent qu'on élève devant par les ordres de son mattre, et un eonuque noir lui crie en riant qu'Abdérame a promis de ne franchir cette barrière que lorsqu'elle voudra la démolir à son profit.

Une longue suite de peintures était consacrée au règne glorieux de l'émir Al-Mumenim ( prince desvraiscroyans), Abdéramelll. Ses.victoîres, la magnificence de la ville et du palais qu'3 fit

l8o LES MAURES.

construire pour Zelira , son esclave favorite , le laxe merveilleux qu'il déploya pour recevoir les ambassadeurs de l'empereur grec , Constantin IXy la protection qu'il accorda aux sciences y aux- Muses et aux beaux-arts, étaient dignement rappelés dans cet endroit. Ces tableaux semblaient annoncer que pour ce prince la vie n'avait été qu'une longue suite de jours de gloire et de bonheur, et cependant le dernier le représentait triste, rêveur... Assis dans ses jardins , au pied d'une fontaine, il semblait écouter le bruit de sa source qui alimentait sa rêverie, et regarder sa fuite rapide qui lui rappelait la fuite rapide du tems. On lisait sur le marbre ces mots qu'il y avait gravés : « Cinquante ans se sont écoulés » depuis que je suis calife. Richesses, honneurs, » plaisirs, j'ai joui de tout, j'ai tout épuisé. Les » rois , mes rivaux , m'estiment , me redoutent » et m'envient. Tout ce que les hommes désirent » m'a été prodigué par le ciel. Dans ce long es- » pace d'apparente félicité, j'ai calculé le nom- M bre de jours où je me suis trouvé heureux : ce M nombre se monte à quatorze... Mortels , apa préciez la grandeur, le monde et la vie! »

Plus loin, c'était le trait de justice d'Hak-

LES MAURES. iSl

kam II, $on fils"*^. Le sac rempli de terre prise dans le champ usurpe était aux pieds d'Hakkam : le calife l'avait trouvé trop lourd pour le porter. Le bon cadi le lui montrait , et Ton croyait l'entendre dire : « O comniandeur des croyans! le sac que tu trouves si lourd ne contient pourtant qu' une petite parcelle du champ que tu as usurpé ; comment soutiendras-tu le poids de ce champ ^ quand , chargé de cette iniquité , tu paraîtras devant le grand juge? »

Les Espagnols ne regardèrent qu'avec honte et douleur les tableaux suivans : le turban vert d'Almanzor et son formidable cimeterre brillent sur les remparts soumis de Barcelone et de Léon» Gonzalve , avec un cri de rage, frappe et crève de son gantelet de fer la toile sur laquelle on avait peint l'entrée à Cordoue du fier Sarrasin entouré des dépouilles de l'église de Compostelle , qu'il détruisit ♦♦. ,

La noble Isabelle sourit à cet emportement d'un zèle religieux. « Grand capitaine^ dit-elle au Castillan , votre épée nous vengea plus sûrement que votre gantelet des injures des mfidèles ; mais puisqu'ils ont retracé la suite des hauts faits de

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leur Almanzor , devaient-ils oublier la plaine de Calatagnazor et Medina-Coeli, qui en furent le t^ne et le tombeau * ?

» Et maintenant , ajoute la reine en montrant les autres tableaux , le cimeteri'e du Sarrasin n'a plus fioumi beaucoup de sujets aux peintres de leurs yictoires. Cependant alors le glaive des princes cbrétiens ne connaissait plus le sang des étrangers ; il\ie faisait plus couler que celui des chrétiens. Ils se déchiraient et usaient dans des gueires honteuses les armes qui j réunies, pouvaient alors rétablir l'indépendance de k patrie... Ils font plus ; ils recherchent l'alliance des infidèles , et prennent part^dans leurs querelles; car, frappés du même vertige que les chrétiens, et oubliant leurs premiers , leurs seuls emienns , les Maures aussi combattent entre eux, et la discorde sauve ainsi la croix que la discorde fait chanceler.

» Mais cette croix se relève radieuse sur les drapeaux d'Alphonse. Us appellent de toutes les parties de l'Europe des chrétiens avides de gloire pour eux et pour leur dieu... Au rendez-vous ,

» * Vaincu auprès cle Calatagnazor, petite viile sur les frontières de Castille et de Le'on , Almanzor se sauva à Medina-Cœli ^ où il se laissa mourir de faim.

LES MAURES. l83

les fleuri de lis ne manquèrent point sur les écus, ni les panaches blancs anx morions , car de ^ brayes qui. couraient où l'on défendait Topprimé, et où Ton redressait les torts, le plus f^and nombre vint de France... Aussi la croix triompha encore , et Tolède fut soumise *.

>» Saisissez vos pinceaux , habiles peintres de Cordoue et de Grenade! toilà celui qui vous donnera de beaux sujets pour exercer leur orgueil nationaL.. Le voilà... il s'ëlève, il grandit... Le Cid ! peignes ; oh ! peignez les fêtes , les (êtes somptueuses des palais de Grenade et de Cor-

* io65. On Ht dans ThUtoire de Marîana ^ que « les » Français se rendirent auprès ,d* Alphonse, en plus » grand nombre que les autres. Le voisinage de la » France et de TEspagne , et leur inclination guerrière , » les avaient attires {usqu^à Tolède. Ils rendirent dans » cette guerre, et dans les autres qu*on eut à soutenir » contre les Maures, des services si considérables à M FEspagne , que les rois accordèrent de grands prîvi- » l^ge&pouf eux et pour leurs descendans. C'est , selon 1* toute apparence , la raison pour laquelle on appelle » communément , en espagnol ^framcs , les soldats et les » gentilshommes qui ne paient point d'impôt , comme » en font foi les anciens monumens , et les titres d'im- » munités qui furent alors accordées aux habitans de " » Tolède. » ( Liv. ix. )

l84 LCS MAURES.

doue! mais cachez le deuil qu'étend sur le front de vos maîtres Tépëe de Rodrigue! déguisez le trouble mortel qui les suit au milieu de leurs fêtes, car de loin ils entendent encore, contre les portes de leurs cités , la hache d'annes de Rodrigue...!

» Sarragosse tombe, et ce sont encore des Français qui poussent le cri de victoire*... Le Portugal s'élève , et couronne Alphonse qui arracha Lisbonne au croissant. L'astre fatal pâlit , il va tomber dans le puits de l'abîme... ; l'abîme qui se réjouit de ses malignes influences , ou le ciel , qui nous réservait l'honneur de lui porter les derniers coups, prolonge sa languissante existence..., et ce sont encore les querelles des princes chrétiens qui le sauvent.

» Mais ils se réunissent au bruit du danger commun. L'Afrique vient encore de vomir sur notre malheureuse terre une armée innombrable comme celle qu'y conduisit la trahison du comte Julien. Alphonse sera plus heureux que Rodrigue, et la bataille de Tolosa va venger sa patrie

* Guerre du Portugal avec le royaume d'Aragon. (iiiS) Ligue de T Aragon et de la Castîlie contre la Navarre.

LES MAUKES. l85

de raffront qui lui fut fait dans les champs de Xërès. Quel peintre vous cojoservera aussi le sou^ venir de cette grande journée? quel peintre con~ duira nos regards dans cette affreuse mélëe d'où va sortir le sort de l'Espagne? Qui nous montrera le pontife s'élançant au milieu des lances , des épées , en élevant la croix , enseigne d'espérance et de salut que Tannée a choisie...? Rois, prêtres , soldats suivent ce signe par lequel on Iriomphe.,. Alphonse frappe déjà de sa hache les chaînes de fer qui lient la palissade dont s'est entouré Mahomet... Placé sur une colline, il tient l'Alcoran d'une main, le glaive de l'autre^ et parle encore de victoire à ses soldats... ; promesse menteuse comme le trône qui l'appuie! ils ont lâché pied ; la déroute devient générale , et l'ange de la victoire , aux ailes déployées , offre de nobles palmes aux vainqueurs des Africains. Cette France, si ambitieuse de lauriers, que partout où l'on en distribue elle vient dire : Me voilà! était encore au partage , et en emporta sa glorieuse part ♦. '

* laii: Cette bataille de Tolosa a fourni à M. Horace Vernet le sujet cl^un tableau remarquable , exposé au Salon de iSaa.

l86 LES MAURES.

» Cette défaite est suivie poar eux de défaites plus cruelles encore, Ferdinand , qui sut joindre à sa couronne de roi le laurier du héros et l'an-» réole des saints , s'arme lui-même dieyalier * ; elle sera fatale à l'infidèle cette ëpée qu'il prend sur l'autel où son nom un jour sera invoqué. Au milieu du bruit de ses victoires, l'église de Tolède s'élève embellie des dépouilles qu'il consacré an Seigneur*'* ; et tandb que le roi d'Aragon arbore la croix sur les murs de Valence, le saint, l'héroïque Ferdinand crie : Castille et saint Jacques ! sur les remparts de Cordoue... Il retrouve dans son temple maudit les objets sacrés qu' Almanzor avsHt dérobés à l'église de Compostelle , et les Sarrasins , enchaînés', les reportent à l'autel do protecteur de l'Espagne ♦**.

» Séville, Grenade, Murcie, le royaume des Algarves sont encore au pouvoir des musulmans. Saint Ferdinand leur enlève Séville ♦♦♦♦, et dans ce siège, Mahomet-Alhamar, qui fonda le royaume de Grenade, vient , humble tributaire, joindre ses drapeaux humiliés et surpris aux bannières des chrétiens. Alphonse range Murcie sous ses

LIS MAlfRES. 187

lois*. Là^rëyolte d'un fils l'arrête dans ses projets c<mtre les infidèles... Malheureux roi qni fut forcé d'avoir recours à ces ennemis dont il më« ditait l'entière expulsion*'*!

» Deux siècles s'écoulent , et le croissant n'a point encore disparu d'Espagne. Toujours divisés 9 toujours occupés dans les querelles de leurs maîtres, les Espagnols semblent renoncer à cette héroïque résolution qui coûta tant de sang à leurs pères. Alphonse le vengeur est le seul des rois qui se succèdent , dans ce long espace de temS, à faire un noble usage de sa vaillante épée. Il est salué dans les [Plaines de la Salado du titre de li- Jl>érateur de l'Espagne *** , et ajoute aux noms de Tesun et de Tolosa-xm nom que maintenant les infidèles n^ entendent point sans rougir.

» La voix qui dit aux flots : Vous n'irez pas plus loin ! s'est sans doute fait entendre aux Maures renfermés dans Grenade, car ils ne songèrent point à profiter des malheurs, des crimes, des guerres qui vinrent fondre sur notre malheureuse patrie : partagée en quatre royaumes, elle, souffrait alors tous les maux que la tyrannie peut

♦ 1266. — ♦♦ laSa. — ♦«♦ i34o.

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faire peser sur ane nation * ; mais Dieu , qui punissait TEspagne , ne voulait point la perdre : ceux'qui alors, plus que jamais, pouvaient réussir dans leur projet de son entier envahissement , passèrent le tems de son deuil et de sa faiblesse dans un long et pacifique sommeil , et , chose étrange! leurs discordes signalent le retour de sa paix et de sa force !

» Jean II apprend aux Castillans la route de Grenade ébranlée par les révolutions , et sous Mulei-Hassem s'élève le dernier éclat du flambeau prêt à s^éteindre. Le jour de la vengeance s'est levé : la Gastille et FAragon sont nni&pour ne plus se séparer, et c'est nous, rob catholiques , car c'est là notre plus beau nom , qui sommes chargés par le Très-Haut de diriger contre Grenade son souffle exterminateur. 11 a parlé... elle est tombée! et nous crions devant ces vaines représentations d'une gloire qui trop

* Toute TEspagDC chrétienne e'tait alors partagée en quatre royaumes , et gouvernée par les quatre plus méthans hommes de TEurope. Pîerre-Ie-Cruel était le fléau de la Gastille, comme Pierre IV Tétait de FAragon ; Pierre-le- Justicier régnait en Portugal : la Navarre était à Charles-le-Mauvais

IéKI MAVBKa. 169

bmg-temi l'ofihiM : * Glwre ^ Dira! c'est lui ^ aou a doaaé ti TÎtto«e! >

> Aiaà f»x{^ la noble IsabeOé , et les échos de la TÎUe craqnise pwtent jasqu'an toi iitrtné les mots que ramée répète avec sa rane : • GI(AiliDîeQ!c'eji lui qiti wm W dbnffë U vktohv! »

^90 VS mKSBT DE /BKAVX'KSPlilTS.

»• XIX. — ^ 6 octobre i8a3. -

im DIN£R D£ BEAUX-'ESPRITS.

Nous valoat miens ^«c ce* icnwuê aata-

reU qui parle»! comme le commua des Irammei . Je «e MU pat ponrqeoi il y a tant d'honatlrs gens qai Ica estiment. Cela était fort bon à Athènes on à Rome, oà ton! le monde ^taît confondu, et c*cst ponninoi Socmte dit à Alcibtade qne le peuple est un excellent ■satire de langue} mais à Madrid, nous aTons un bon et un maavats usage, et nous nons f «primons autrement qne les bourgeois.

LtSAoa, Gti-Blas,

Je ne sais trop comment j'ai fait la connaissance de Cbërubin Tonto, un banquier de Bilbao, depuis quelque tems établi à Madrid. C'est un gros bomme, fou de l'esprit. Il n^y a que les cboses qui Yous manquent xlont on soit si curieux : le banquier en question le ferait croire à qui connatt l'esprit qu'il recbercbe. Ce n'est point celui c[uî

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