L'ATELIER DU PEINTRE
raim» les Ubltanz en r^cit ; car «nr la toile «t en conltnv , qooiqo* \*en jnf* anMÎ d^cid^raent qa*aii antre , j'avontraî que je n*; «ntendf rien dn tout.
DiDcaoT.
Les philosophes ont leur moment de franchise : J.-J. Rousseau Ta prouvé, par ses Confessionsy d'ime façon assez cynique , etl'ayeu de Diderot , que je place en commençant ce discours, parait singiulier à qui connaît le volume qu'il publia sur le salon de peinture de je ne sais quelle année. Ce recueil , plein d'observations très-fines et trèsjudicieuses, prouverait que. l'on peut, quoiqu*on rCy entende rien , parler, et même bien parler de la peinture... par hasard, à ce qu'il parait. C'est ce hasard que j'invoque en ce moment , non sans
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me rappeler le mot de Fontenelle. « Les bons mots sont des hasards ^ disait-on devant lui. — Qui ne favorisent que les gens d'esprit , rëpondit-il. »
L'Espagne est une mine d'excellens tableaux.
Que de richesses de ce genre enfouies dans les églises et les couvens! Les palais du roi, à Madrid et dans ses environs , en sont peuplés , et les solitudes religieuses de TEscurial sont aminées par tout ce que \t% pinceaux illustres d'Italie et d'Espagne ont produit de plus parfait. Outre cela, Madrid possède deux galeries de peinture ouvertes à l'étude des peintres et à la curiosité des étrangers. De ces deux collections, la plus riehe est le Musée royal , situé dans le beau bâtiment du palais neuf, au Prado : Tautre, qui appartient à l'académie des beaux-arts, conlientx de bonnes copies des meilleurs tableaux de l'école italienne. Il n'y a que des originaux au musée del Prado.
Il se compose de trois salons qui ouvrent sur une rotonde élégante. L'école italienne se trouve dans la pièce qui fait face à la porte d'entrée ; les deux salons latéraux sont occupés par l'école espagnole.
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Je suis fâché qu'il n'y ait point là ime réanion de tableanx de l'école flamande : après avoir vu , par elle , ce que produit la servile imitation de la nature ; après avoir vu , par l'école italienne , ce que l'on peut trouver ou perdre en cherchant à Fennoblir , on apprécierait tout le mérite àes tableaux espagnols. Leurs auteurs , entre ces deux extrêmes, ont su garder un heureux milieu. Plus rapprochés de la nature que les Italiens, plus nobles que les, Flamands, ils ont donné à leurs productions les qualités qui distinguent ces deux écoles si éloignées l'une de l'autre. Mais ce 'qu'il y a de mieux dans ces grands artistes trop peu connus, c'est qu'ils sont vraiment de kur pays : leur pinceau est espagnol avant tout. Une tête de pénitente par Jl/irrî//a, un martyre par Josef de Bibera^ VEspagnolet , vous feront aussi bien connaître que l'histoire , tout ce que la religion a pu et peut inspirer à ce peuple ; c'est elle qui lui a fait une école à part. Elle est vraiment nationale cette école, et elle l'est, non pas à la manière des Flamands, par la représentation des costumes et des habitudes du pays, mais par l'étude et l'imitation parfaite du sentiment , disons mieux ,
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de la passion qui toujours a dominé en Espagne. Nous , nous avions rendu les sentimens religieux comme nous Jes éprouvons sous notre ciel tempéré, et dans notre société incrédule. Nos tableaux d'église sont de glace à càté de ces créations ; et cette extase, cette onction, cette passion mystique , cette chaleur d'ame qui font vivre. les toiles espagnoles, prouvent toute la grandeur.des moyens <]tte la religion met au pouvoir du peintre chrétien , et font regretter que nos artistes ne soient f oint fanetiques, quand ils traitent des sujets religieux... Raison , dans les beaux-arts, est , ou peu s'en faut , synonyme de froideur. .
Il y a dans ce musée 817 tableaux de l'école espagnole. On aurait dû s'attacher \ y placer, au moins, un tableau de chaque maître connu ; et il y a bien des noms cités dans l'histoire de cette école qu'on ne trouve point dans le catalogue.<. Ceux que l'on y voit , lorsqu'on le parcourt devant les ouvrages dont il dcmne l'explication , sont dignes de la gloire qui les suit. Voilà Zurbarom^ qui se fait admirer par la correction, du dessin et la beauté du coloris. Voilà ce Murillo dont nous parlions tout à l'heure, l'un des derniers soutiens de l'école, qui fait oublier,. par Ja
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douceur ingénue qu'il donna h ses tètes , par la légàreté aimable de son pinceau, par la frai^ cheur admirable de ses carnations , le suave et Tonctueux de son coloris, la vérité et le piquant de sa manière, son peu de correction dans le dessin , et son défaut de noblesse dans ses figures. - Voici cet EspagnoUt dont le génie, agrandi par* l'étude de MichelTÂnge , ne se plait qu'au milieu des scènes terribles qu'il rend avec une force vraiment effrayante. Admirez Felasçuez, troppeir connu hors de son pays ; Ribalià, qui remplit de ses tableaux la ville de Valence, sa patrie ; Maieo Cerezo , distingué par ^son coloris ; Antonio del Castillo f qui réussit dans je paysage et le portrait , et qui serait par£s|it si son coloris et son goût égalaient son dessin ; Carducho, connu par ses tableaux de l'histoire d'Espagne; Momies^ surnommé le Dmn; Sanchez Coillo, qui se surpassa dans un tableau de procession qui orne la sacristie de l'Escurial ; et Juan de Pianos , qui suivit avec succès la route ouverte par Raphaël , et qui , sans atteindre la grâce , la dignité , la correction de ce peintre vraiment divin , a donné à ses nombreuses productipns la touche d'un grand maître.
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Panni ces tableaux remarquables, on reconnaît facilement ceux qui ont fait un tour à Paris... ce sont les plus beaux. Us ont un air de fraîcheur et de jeunesse qui prouve que le changement de pays ne leur a pas nui. La nouvelle existence qu'on leur adonnée à Paris y pouvait , en quelque façon , légitimer leur présence. Il en est de même de la translation de la croix , autrement la route de douleur, par Raphaël . qui fait le plus bel ornement du salon du milieu, consacré, comme Qn Ta déjà dit , à l'école italienne. Ce chefd œuvre était dans un affreux état de délabrement^quand la victoire le compta parmi nos trophées ; il est revenu à Madrid dans toute sa première beauté. Si tous ces tableaux enlevés à Paris n'y servent plus de preuves aux succès étonnans de nos soldats (et ces succès sont trop bien reconnus pour qu'ils en aient besoin) , ils attestent du moins, et attest^eront toujours l'habileté de nos artistes. Notre passion pour les beaux-arts est immortalisée par leurs ingénieuses découvertes qui ont revivifié les plus belles productions. Gloire aux peintres français ! La
fortune a bien pu jBétrir les lauriers qui couronnaient ct& chefs-d'œuvre , mais elle a respecté