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la palme que leur admiration et leur habileté y ont attachée.
En parlant d'habileté , j'arrive assez mal à (>ropos aux productions modernes des artistes espagnols ; il eût mieux valu laisser les amateurs s'inquiéter si cette école, qu'ils viennent d'admirer , a cessé d'exister , que de leur donner de sa décadence, ou, pour mieux dire, de sa destruction , des preuves aussi frappantes , ans» tristes que celles que l'on a étalées dans la pièce qui précède la galerie italienne. Les tableaux qu'on y trouve sont au dessous de la critique , et devant eux on s'aperçoit avec tristesse que , pour lesr beaux-arts , on doit s'en tenir , en Espagne , comme pour tout ce^que l'on y voit, aux souvenirs et à l'espérance.
Et cependant j'ai visité un sanctuaire où brille encore une étincelle du feu sacré : c'est chez don Lopez , le premier peintre du roi, où l'un de nos camarades, qui a (ait sa connaissance, je ne sais comment , et qui lui-même ne manque point de talent en peinture, m'a conduit hier. L'extérieur élégant de sa maison , ^située dans les environs du palais , quelques bustes antiques , quelques }ias-^reliefs qui décorent sa façade, annoncent l'ha-
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bitation d'un homme de gaét , et tranchent as&e2 sur l'uniformité maussade des autres maisons pour qu'on s'en aperçoive avec plaisir. La porte d'un homme d'esprit est autrement placée que celle d^un sot, a dit je ne sais plus quel auteur^ et l'on pourrait , plus sûrement que sur bien d'autres indices, juger les hommes sur l'extérieur de leurs
demeures Ce qu'il y a de certain, c'est que
j'aurais assez mauvaise idée d'un peintre qui se ferait une maison semblable aux autres. Dans les beaux-arts, point d'originalité , point 3e talent ; et c'est déjà beaucoup de les trouver dans les alentours de l'artiste ; on espère aussi les rencontrer dans ses productions.
Quand nous eûmes sonné , le guichet de rigueur s'entr'ouvrit pour nous laisser passer. Un il n^est pas à ta maison , et la promptitude , la facilité avec laquelle une vieille gouvernante prononça ces mots , nous prouva qu'elle épargnait ainsi souvent à son maître les visites des oisifs et des curieux. Cependant , cette fois, c'était la ' vérité , car en sortant nous rencontrâmes don Lopez qui rentrait. Il est encore jeune ; sa taille est petite, son œil vif ; il nous accueillit avec beaucoup de politesse, et d'après son invitation ,
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nous le suivimes et nous entrâmes, non sans sourire de la mine renfrognée de la vieille qui semblait avoir regret au peu d'effet de son no esta en la caza.
INotts avons cru revoir un atelier de Paris en entrant dans la belle pièce où don Lopez travaille : des chevalets couverts d'ébauches et d'esquisses, des mannequins habilement drapés, de beaux plâtres d'après l'antique, de superbes gravures du Poussin ; des cartons entassés sous les boites et les palettes s'y faisaient remarquer dans cette confusion qui n'est point le désordre, et qui s'embellit par Tidée du travail et de l'étude qu'elle semble favoriser. Ce qui frappe le plus dans cette réunion d'objets d'art , c'est un grand tableau qui n'est que commencé , et qui , achevé , ne peut manquer de consoler un peu ceux qui s'affligent du déplorable état de la peinture en Espagne. D'après l'esquisse, ce tableau nous a semblé rich« de composition ; la scène est dramatique , et les figures nous ont paru d'une heureuse expression... mais nous y avons vainement cherché des traditions de l'ancienne école. Nous ne savons pas quelle route suivent les contemporains , les rivaux de don Lopez , les tableaux
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modernes , que nous avons vus au Musée , nous ayant appris seulement qu'elle se rapprochait des dessus de cheminées ; mais , quant à lui , nous croyons que son système , sa manière tiennent ' quelque chose de la direction que le génie de Lebrun, dans un tems, donna à notre école. Le Cyrus vous met en pays de connaissance; vous cherchez où vous l'avez déjà rencontré , et vous êtes de suite au fait en songeant aux batailles d'Alexandre. Sorti d'Espagne, Rapprendrai avec plaisir que don Lopez a termiiié son grand tableau. Il n'est encore connu , je crois, que par quelques beaux portraits et la faveur de la cour. On attend depuis long-tems son Cyrus\ Puisse cet ouvrage lui assigner une place honorable à la suite des bons peintres de sa patrie! Mais qu'il se hâte de faire sortir son nom de l'atelier: les réputations , ainsi que le disait Delille en parlant d'un poète dont la gloire reposait sur des manuscrits, ne sont point comme les olives, les pocheiées ne sont pas les meilleures.