N° XXXI
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Parc ère éevictis! .
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Silence, Messieurs, c'est le moment des larmes, même pour les vainqueurs.
Henri IV sur le champ de Courtras.
Le soir que Ferdinand arriva à Aranjuez, la place et le parterre en face du château furent illuminés d'une manière brillante. Le Tage semblait réjoui de toutes ces clartés qui faisaient étinceler ses flots. On entendait au loin les cris de joie d'une foule immense accourue de Madrid , et de jeunes filles, en chantant , dansaient sous les fenêtres de l'habitation royale ; de grandes"" fusées s'élevaient de la place, et, d'une hauteur immense, laissaient tomber, en éclatant, des
étoiles nombreuses qui bientôt disparaissaient dans leur trajet nocturne.
Un jeune milicien achevait dans ce moment sa pénible route.
« Du haut de cette côte, disait-il , appuyé sur le bâton qui remplaçait son arme abandonnée... ; du haut de cette côte on voit , pendant le jour, la vallée où court le fleuve , où tremblent les
beaux arbres d'Aranjuez Luisa ! s'il était
moins tard , je pourrais reconnaître d'ici ta maison, la maison où Ton ne m'attend pas, et qui peut-être ne doit plus s'ouvrir pour moi... Et pourtant qu'ai-je fait ? je me suis trompé... peutêtre ! Oui , je me suis trompé : il fallait vaincre pour avoir raison! Oh! c'est une affreuse souffrance de renoncer à ces nobles illusions de liberté, de gloire , et la punition de cette erreur n'est-elle pas assez grande de la reconnaître ! elle ne suffira pas! ils nous maudiront; ils nous proscriront ; ils enlèveront aux autels de la patrie , au trône du roi , des courages, des bras que la misère et le désespoir dévoueront plus terribles à d'autres maîtres ! moi , je n'ai plus rien à craindre de leur haine. La mort , je le sens, va me mettre à l'abri de leurs coups... •
/jo LE MILICIEN,
la fatigue m'accable et la fièvre me brûle. Ma blessure s'est rouverte, et les femmes, dans les villages, détournent la tète en voyant mon sang qui a traversé les linges dont j'entoure mon pauvre bras. Ma route a été si longue! elles étaient si tristes mes nuits quand je couchais sur le revers d'un fossé ou sous les grandes portes de feuillage que nos frères ont élevées pour célébrer nos défaites ! Si cependant Luisa pleurait sur ma blessure ; si elle disait , en accourant : « Mon Francisco est de retour... ; qu'il a tardé! mais enfin le voilà! nous serons unis; mon père a dit : Oui, » je renaîtrais peut-être à l'espoir, à la vie. Son père pourrait y consentir ; son père flottait, indécis et tremblant , au milieu des dissensions publiques... Il n'a rien fait pour la cause de la liberté ; mais il n'a rien fait contre... Pourquoi abandonnerait-il à la haine , au mépris ses défenseurs qu'il n'a pas voulu ou qu'il n'a pas su combattre? Mais son fils, mais le frère de Luisa... ! voilà celui qui ne me nommera jamais son frère. Il s'est armé contre nous ; sans en prévenir son père , il a quitté ses foyers , il est allé combattre ; et le soldat d'Eroles ne pardonnera pas au milicien de Madrid ! »
LE MILICIEN. 41 Il continua tristement sa route. Il chancelait à chaque pas. « Je n ai jamais été aussi faible, disait-il en s'appuyant contre les bornes du bourg où enfin il était arrivé ; si ce tremblement pénible qui agite mes doigts est celui de l'agonie ; si cette soif brûlante qui attache ma langue contre mon palais ; si ces vagues et terribles images qui passent devant mes yeux sont les précurseurs de la mort , mes derniers momens sont bien terribles! Je suis ébloui de toutes ces clartés, et ces cris de joie me parviennent perçans et douloureux comme si l'on tintait sur ma tête la cloche qui sonne mon heure dernière. Tout le monde passe à côté de moi avec un rire cruel ; ils m'ont deviné sans doute, et cependant je cache de mon mieux mon uniforme déchiré... J'ai été pressé dans la foule qui maudissait les miliciens, et des femmes , des enfans avec leurs cheveux flottans sur de bizarres habits de fête, ont formé des danses furieuses autour du soldat mourant. »
Il était parvenu dans une rue plus solitaire. Il s'approcha machinalement d'une maison. La fenêtre était ouverte, et ses maîtres étaient à la fin d'un joyeux souper.
« Point de pardon ! point de grâce pour les ennemis du roi! Qu'ils meurent tous...! » s'écriait un gros homme en élevant à sa bouche un verre rempli de vin.
C'était le père de Luisa.
« Non, mon père, non ; mais que le roi vive et règne sur tous les Espagnols heureux et unis, » dit un jeune soldat nouvellement arrivé , et en se levant avec vivacité.
C'était le frère de Luisa.
« 0 mon père! dit une jeune et belle fille en tremblant: ô mon père! et Francisco...! »
C'était Luisa.
« Francisco! le milicien! s'écria le gros homme en jetant un regard furieux à sa fille ; si je savais que tu y penses encore, je te maudirais comme son père Fa maudit ! »
Quelque chose , dans ce moment , frappa contre les degrés de la porte. Un long soupir suivit ce bruit singulier...
Et tandis que le milicien expirait , la tête sur la pierre froide , sur la pierre de la porte de Luisa , deux hommes qui passaient dans la rue disaient :
LE MILICIEN. 4^ « Ballesteros s'est présenté au roi à Séville. » Quiroga a été accueilli d'une manière brillante en Angleterre.
» Morillo et Labisbal ont emporté leurs richesses en France, et on les recevra aux Tuileries... ! '! »
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