‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etcChapitre 40 sur 53 · LA DANSE AUX BORDS DE L'ELBE · texte numérisé non relu

LA DANSE AUX BORDS DE L'ELBE

Avril revient; la brise printannière Promet déjà les fleurs et les beaux jours : Dansons, mes sœurs, de la walse le'gère , Aux bords du fleuve , entrelaçons les tours !

Pourtant, mes sœurs, celle qui sur la plage, De ses palais fuyant le marbre et l'or, Venait sourire aux danses du village, N'y viendra plus et nous dansons encor !

O blanche fleur ! du ciel de la patrie Le ciel lointain te rendra-t-il l'azur?

Comme chez nous, l'herbe est-elle fleurie, Le vallon frais, le fleuve toujours pur?

L'on voit aux lieux où le Tage s'égare, De frais berceaux, des bois myste'rieux ; Là, sous ses pas qu'anime la guitare, La danse aussi foule des prés heureux.

Du sol natal , jeune rose éloignée, Dans ces beaux lieux retrouve ton printemsî Relève en paix ta tête couronnée; L'hiver a fui , ne crains plus les autans !

Là, des vaillans la bannière sacrée Défend la rose en flottant pour les lis; Heureuse enfin, et d'heureux entourée, Là tu diras : « C'est encor mon pays! »

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N° xxxvii. — icr avril 1824.

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Ëst tter.....„ ubi urbum condidit umbra Jupiter y et rébus non abstulit atra colorem.

11 se met en route au milieu de la nuit.

» Il est onze heures...; dormez! car tout est v calme !

» C'est l'heure où l'homme des ténèbres revêt son manteau brun, saisit sa lance qu'il passe dâns l'anneau de sa lanterne allumée, accroche son sifflet à sa ceinture , et , gardien errant de la tranquillité nocturne des rues de Madrid, s'avance lentement pour l'assurer. Sur mon passage , les chiens font entendre de longs aboiemens qui réveillent les voisins, et cependant, d'une voix alarmante , je crie le plus haut que je puis à chaque coin de rue

LE SERENO. g3

» Il est minuit... ; dormez ! car tout est calme !

» Je suis un pauvre sereno , et je ne sais plus

comment le sommeil vient avec la nuit Le bel

emploi pour un époux ! Anna y a regardé deux fois avant de me donner sa foi. L'hymen, sans nuits , est un jour sans soleil ; et cependant , Anna , je rentre avec l'aurore , la nuit est courte , et le point du jour Vaut bien ses tristes heures ! Quoique debout quand tout le monde se repose , je ne dors pas toute la journée Des deux baisers que je t'apporte pour réveille-matin, n'y en a-t-il pas un que je place sur une petite joue vermeille , entre les rideaux du berceau qui repose auprès de ton lit ? Mais si j'étais moins sûr

de ton amour, si la jalousie Qu'il serait cruel

de te quitter et de penser que peut-être un odieux rival, sans songer à mon avertissement, sourit en m'entend ant crier de loin :

» Il est une heure...; dormez! car tout est calme !

» Je passerai...; je veux passer toutes les nuits

devant cet hôtel brillant On ne dort pas dans

la chambre de son noble possesseur. Il y a quelques souvenirs qui remuent l'oreiller ; et les rêves qui parlent d'honneur délaissé , d'Espagnols sacrifiés v de roi trahi et de patrie vendue f sont

assez pénibles pour qu'on les évite en veillant..... Que ma voix s'élève alors sous ses fenêtres dorées ; je ne suis qu'un pauvre sereno , et je

ferai tressaillir ce grand en lui criant d'un ton ironique et vengeur :

» Il est deux heures... ; dormez! car tout est calme!

» Voilà une lumière qui brille encore à la lucarne de don Savantas : c'est quelque commentaire qu'il prépare. J'ai beau lui crier de dormir , il n'en veut qu'au sommeil de ses futurs

lecteurs. Qu'il écrive encore, et que Saint- Jacques m'abandonne s'ils ont besoin de mon conseil! Voici la maison où, hier soir, je crus arrêter un

voleur Il descendait du premier par une

échelle de corde Je tirai mon sifflet ; à ce signal, mes confrères arrivèrent ; il était trop

tard : l'échelle avait été retirée par en haut, et le voleur, très-bien mis , s'était déjà enfui après

avoir dit un doux bonsoir à la personne volée

« Qu'est-ce donc , Messieurs, » dit un instant après le mari, en paraissant en chemise sur le balcon voisin : « Rien, seigneur Cornua, » lui

répondisse

» Il est trois heures... ; dormez! car tout est calme !

» J'ai remis dans son droit chemin un joueur qui , au lieu de rentrer chez lui , marchait en jurant contre les cartes , du côté du Mançanarès. J'ai trouvé sur la place un buveur qui s'y est couché , las de ne pas voir passer sa maison parmi toutes celles qui tournaient autour de lui. Il s'est rendormi en me disant que le Val-de- Pennas était excellent à la taverne de Gil-Perez. Quel réveil il aura demain! il est couché près àé la fontaine ! Je viens de prêter ma lanterne pour

allumer les pipes d'une patrouille qui passait

« Merci , mon camarade , m'a dit l'officier ; nous sommes Français ; votre roi est dans son palais ; nous veillons pour lui et pour vous ; » et moi de crier plus fort que jamais :

» Il est quatre heures...; dormez! car tout est calme !

» Grâces à nous, voici encore une nuit tranquille passée pour les habitans de Madrid!.... Le toit brun de leurs maisons commence à se dessiner sur le ciel plus éclairé ; les lanternes attachées de loin en loin, et de chaque côté de la rue , pâlissent et s'éteignent ; on entend déjà arriver les provisions du matin ; on s'éveille

Mon rôle est fini ; je vais me coucher : dans

un instant je serai près de toi, Anna, ma gen-

tille Anna!.... Toujours aimante , toujours fidèle , tu m'attends, n'est-ce pas? tu m'attends, toute seule? Je le crois; mais pourtant, par prudence , car d'ici j'aperçois ma porte , crions pour la dernière fois :

» Il est cinq heures... ; donnez! car tout est calme ! »

n° xxxviii. — 20 avril 1824.

Sofoit acris hienii Hor.

Voilà l'hiver passé

il tant se plier aux usages de son siècle et de sa ration ; mais par celte raison- là même % il ne faut pas condamner légèrement les usages d'une nation étrangère.

Voltairb.

Nous voilà dans le printems. Les arbres du Prado sont tout verts , et j'ai cueilli des violettes dans le petit jardin qu'on cultive au milieu des débris du palais du Buen-Retiro. Avril est un des jolis mois de Madrid. Toutes ces feuilles naissantes qui brillent d'un vert si frais i ne conserveront pas long-tems leur couleur printannière. La poussière et la chaleur flétriront bientôt la parure de ces bois. Jouissons donc de leurs n. 5

charmes passagers. Promenons-nous en pensant

à l'hiver ; c'est embellir ses jouissances que

de songer à l'ennui qui suivait leur éloignement.

L'ennui est vraiment le mot à employer dans l'occasion. L'hiver est ennuyeux à Madrid, heureusement qu'il est court. Le tems est encore fort beau dans le mois de novembre , et les pluies et les vents s'en vont avec mars. Mais les trois mois entre ces deux-là sont difficiles à passer. Presque toutes les maisons sont sans cheminées , et adieu les douceurs du coin du feu!

La cheminée est toute française. Il y a quelque chose de la gaîté , de la légèreté de la nation dans cette flamme active qui s'élève, qui s'abaisse en couronnant les chenets, et dans ces étincelles joyeuses qui s'élancent du sein de nos vieux chênes. Que de bons mots , de joyeux couplets, de contes gaillards, de noëls malins ont été trouvés au bruit pétillant du foyer domestique ! Auraient-ils été inspirés par la lourde chaleur des poêles d'Angleterre et d'Allemagne, et par les vapeurs entêtantes du brazero d'Espagne?

C'est pourtant du brazero qu'il faut se contenter pour corriger l'humidité ou la froideur de

l'air que des portes et des fenêtres , ordinairement fermant très-mal, laissent librement circuler dans de vastes appartenons. Le brazero est un grand bassin de cuivre que Ton remplit de charbon. C'est pour la domestique d'une maison le premier ouvrage en hiver ; elle l'allume à la porte de la rue ou dans la cour , pour détruire le mauvais effet du gaz qui s'en exhale i et elle hâte ia première combustion , en agitant l'air avec une espèce d'écran. Quand les charbons sont trèsrouges , le brazero est apporté et placé dans son tour de bois ; il reste stationnaire au milieu de l'appartement , ou il s'approche près du canapé où quelques dames bâillent en ouvrant , en fermant leur éventail , et en parlant du dernier sermon et de la prochaine tertullia Un joli pied

qui vient chercher la chaleur en s'élevant sur l'entourage du brasier , découvre sa petitesse mignonne et l'élégance de sa chaussure, et la fumée du cigare de papier allumé tout près de là, n'empêche pas le galant cavalier, placé en face , d'admirer ce que l'hiver lui fait apercevoir.

Le brazero se place aussi sous la table du dîner et sous celle du jeu; et, dans ces deux

IOO L r H I V E R A MÀDKÎD.

cas , le dessous est plus échauffé que le dessus. L'hiver n'apporte aucun changement dans la cuisine espagnole : elle est mauvaise dans toutes les saisons, et il me semble qu'à Madrid on avait peu le goût des cartes. On ne trouve dans les salons les plus fréquentés qu'une table de monté. C'est une espèce de loterie tenue par un banquier, et qui permet à une grande quantité de joueurs de tenter la fortune. Quelques vieilles surannées , assises autour du tapis vert d'où elles éloignent leurs filles , épient en tremblant la sortie de la carte qui doit apporter le gain ou la perte de la demi-piécette. Le jeune homme , debout derrière elles, songe peu à son duro hasardé ; mais qu'il serait heureux de pouvoir faire signe de loin à la petite cousine , qui lui remit en cachette une pièce qu'il vient d'engager pour elle , et de lui annoncer que la sota ( la dame ) , ou le cavallo , l'a doublée!

Parvenu à la suite de la gloire , l'écarté , avec son air houzard et aventureux , a marché , dans les sociétés espagnoles , l'égal du rtionté. Il a été le fidèle compagnon des officiers français dans cette dernière campagne. Le manteau du bivouac , la table grasse de la chaumière, en route

l'hiver a Madrid. ioi

lui servaient de théâtre ; et , prenant un air plus poli , il s'est bien gardé , dans la garnison , de se tenir à l'écart.

Sa présence établissait un singulier contraste dans les sociétés : le caractère des deux nations , avec ses différences , se lisait autour de ces deux tables. D'un côté , un jeu vénérable par son antiquité , et qui peut-être égaya , dans leurs bons jours , Rodrigue et sa Chimène | des cartes dont les figures bizarres datent certainement du tems des Maures ; de l'autre , une des folies d'hier qui sera déjà vieille demain ; là , le calme, l'impassibilité , le silence ; ici , les bruyans conseils , le non triomphant du refus des cartes , et les complimens à la fortune , et les regrets énergiques à l'aspect d'un roi retourné! Le monté, dans ses rangs , compta plus d'un transfuge , plus d'un de ses patiens adorateurs , séduit par la pétulance du bruyant étranger, paya cher son tardif hommage ; et plus d'un Français , se trompant de tapis , s'aperçut que tous les jeux sont bons pour perdre de l'argent.

Les cartes ne sont point nationales en Espagne ; on n'y voit point jouer les gens du peuple entre

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eux. Les Espagnols sont très-gais dans leurs di~ vertissemens. Les pièces qu'ils préfèrent sont les plus bouffonnes, et leurs tavernes retentissent de grands éclats de rire. Ils n'aiment point l'exercice , et dans leurs danses ils sont toujours en mouvement ; ils sont amis du calme et du silence, et leurs fêtes sont toujours trèsbruyantes. Us sont d'ordinaire très-réfléchis , et ils auraient tort de chercher à détourner leur sérieux naturel par une occupation trisie et sérieuse , comme le maniement ou la combinaison des cartes. Je crois que les seuls divertissemens qu'on adopte sont ceux qui font sortir l'ame et le corps de leur état habituel. Nous , qui étions jadis si légers , si remuans , si bruyans, nous avions des danses tristes et des jeux graves. Cette gravité , cette tristesse des jeux et des danses disparaissent à mesure que le caractère de la nation s'empèse ou s'attriste. On jouait bien plus aux échecs et au wisk, ce me semble , quand nous étions tout-à-fait Français. Depuis que le passé révolutionnaire et le présent constitutionnel nous ont abâtardis de tristesse et de politique , l'on ne danse plus le pesant menuet :

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et la bouillotte et l'écarté, avec leur légèreté joyeuse, ont enterré les jeux dans lesquels nos pères s'étonnaient de réfléchir.

Je disais tout à l'heure que les Espagnols aimaient le bruit dans leurs plaisirs : on s'en aperçoit dans la nuit de Noël. Les approches de la fête transforment les rues voisines de la plaza mayor en immenses magasins de tambours de toutes les formes et de tous les noms : il n'y a point d'enfant qui n'en ait un et qui ne s'escrime de toutes ses forces sur sa bruyante acquisition. La buena notche est une très-mauvaise nuit pour celui qui aime à dormir ; elle n'est guère meilleure pour l'avare qui, malgré lui, généreux le matin , compte le soir l'argent qu'il a dépensé pour les cadeaux d'obligation : on donne les étrennes ce jour-là ; les boutiques des confiseurs sont remplies d'acheteurs ; elles ne manquent point à Madrid , et elles se multiplient dans cette occasion. Sous les arcades de la grande place , vous ne voyez que marchands de dulces ; ils tiennent étalés sur une petite table des fruits secs , des boîtes pleines de confitures , ou de raisins admirablement bien conservés. C'est là que le

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peuple se presse pour acheter aussi le plaisir de donner : le pauvre s'imagine être moins pauvre en donnant. L'usage du réveillon existe en Espagne. De grandes troupes de dindes circulent dans les rues deux ou trois jours avant le jour de Noël. La ménagère, sur la porte, en arrête un qu'elle pèse et marchande, et les enfans, heureux déjà de leurs tambours, s'extasient à l'aspect du noir oiseau qui entre en piaillant dans la cour , et leur promet un plaisir de plus pour la bonne nuit.

La générosité en défaut à ISoël peut reprendre sa revanche au ier janvier : c'est encore un jour d'étrennes , mais il n'a point la gaité du dernier. On ne se réjouit ici qu'avec la religion , et l'extension de la joie publique est toujours en rapport avec la grandeur de ses solennités.

Le carnaval, que n'accompagne aucune cérémonie de l'église, est triste. Les mascarades , proscrites par Philippe V, avaient reparu avec les certes; et Dieu sait quels déguisemens héroïco-burlesques l'on vit figurer pendant les trois années de leur règne. Ces divertissemens et les bals publics ont été de nouveau défendus cet hi-

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ver. Quelques sociétés , plus nombreuses qu'à l'ordinaire, où Ton dansait quelques contredanses au son d'un piano , ou du violon de quelque officier complaisant , annonçaient seulement la présence de ces jours qui mettent toute la France en dépense de gaîté.

On a eu cependant à Madrid un échantillon des fêtes et des déguisemens que nous nous permettons dans ces jours de folie. Un soir que je passais près d'un hôtel brillamment éclairé , et entouré d'équipages à armoiries un peu surprises de se trouver là, je vis sortir des Colins à moustaches qui juraient d'une manière peu pastorale contre l'écarté , des diplomates en Jocrisses , des grands en Arlequins, des généraux en Figaro. On remportait au théâtre l'habit de Turcaret qu'avait endossé ce soir même le donneur de fêtes, et plus d'un invité, sous l'habit du marquis de Moncade, et toujours dans l'esprit de son rôle , s'éloignait sur la pointe des pieds en disant : « C'est donc ce soir que je m'encanaille! »

Le carême amène trop peu de contrastes dans 3a manière de vivre pour qu'on s'aperçoive de sa

présence. C'est toujours le tour de l'abstinence en Espagne , mais elle est telle qu'il serait impossible au zèle le plus prononcé , à moins de jeûner tout-à-fait , de renchérir pendant quarante jours sur cette vertu d'habitude.

La semaine sainte arrive : avec elle se terminera ce que nous avons à dire de l'hiver à Madrid ; et déjà ces fleurs qui parent les églises , ces branches vertes que l'on voit dans les mains de tous les fidèles , le dimanche des Rameaux , m'annonce que la saison dont je m'occupe est déjà loin.

On distribue des branches d'olivier aux portes des églises , et chacun s'en revient de la messe avec les rameaux bénits : on les attache au chevet du lit , on en pare le tableau de la madone protectrice de la maison. J'ai vu aussi des palmes très-élégamment décorées de rubans ; l'officiant à l'autel et ceux qui l'assistent en tiennent à la main tant que durent les offices. Ce jour amène, selon moi , l'une des fêtes les plus touchantes , les plus poétiques de la religion. Enfant encore , et tout fier de porter un de ces buis qu'on va v cueillir la veille , à la lisière des vieilles forêts

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de France f j'admirais , près de ma mère, cette imitation des joies de Sion qui se mêlent si singulièrement au récit des douleurs de la croix ; ët je concevais je ne sais quelle leçon sublime dans ce baiser que nous donnions à la terre , parés encore des signes du triomphe.

Le jeudi saint, tout bruit de voitures cesse dans les rues. Quand on relève les postes , les troupes défilent silencieusement, leurs armes renversées ; la cloche se tait ; vous n'entendez qu'une espèce de crécelle en bois que les enfans font crier, ou les pas et les voix de ceux qui se pressent vers les églises.

Elles sont toutes fermées au jour, mais l'autel est chargé d'un brillant luminaire qui vous permet d'apercevoir les riches draperies qui voilent le tabernacle, et la foule qui vient se prosterner et adorer le Christ au tombeau. Le costume noir des femmes espagnoles , leurs voiles et les longs manteaux des hommes ajoutent beaucoup à ce

deuil des lieux saints Un moine monte en

chaire et prêche sur la passion ; sa voix plaintive atteint quelques tons qui peuvent faire sourire l'étranger, mais qui redoublent la componction

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de ses auditeurs , et un credo qu'ils prononcent tous ensemble avec chaleur, quand il a fini. Annonce que son éloquence n'a point été sans effet.

La nuit ne ralentit point le zèle religieux : on coniinue à visiter les églises. Il y en a qui sont le rendez -vous de la bonne compagnie; ce sont celles où Ton entend le prédicateur le plus vanté et la meilleure musique. Cependant , à chaque coin de rue , des chanteurs , sur un ton triste et lent , répètent avec leurs guitares les lamentations du jour; des confréries, précédées de lanternes et de bannières , passent en psalmodiant d'une église à l'autre ; et des religieux , marchant lentement de chaque côté de la rue , vous demandent d'une voix funèbre des prières pour ceux qui sont en danger de mourir en péché mortel.

Il y a une grande procession le vendredi saint. On y porte avec pompe de hautes figures de plâtre , peintes et habillées , qui représentent les différentes scènes de la passion , depuis la prière au jardin des Oliviers jusqu'à la translation au tombeau. Ce sont des gardes-du-corps du roi

qui portent le crucifiement. L'aspect de ces représentations exalte , plus qu'il n'est facile de le dire, les esprits des spectateurs accourus sur leur* passage ; mais les deux figures qui sont le plus entourées d'adoration, sont le Christ de Nazareth et la Vierge au pied de la croix. Mariana , dans son grand ouvrage , raconte longuement les

prodiges qui firent trouver ces deux statues

Ce récit et celui des miracles qu'elles ont opérés se répètent à chaque instant dans la foule ; et tandis que de petits jeunes gens, qui ne sont ni Espagnols , ni Anglais , ni Français , mais qui sont apprentis philosophes , et qui n'ont pris de nos livres et de nos modes que le poison et le ridicule, s'éloignent en déguisant mal un froid sourire d'impiété, les balcons se garnissent; les vieux chrétiens sont prosternés , et les discours les plus passionnés s'échappent de tout ce peuple, à l'aspect de ces images miraculeuses , qui furent aussi entourées de la vénération de leurs pères. L'étranger vraiment philosophe, sans partager ces croyances que la religion ne commande point, leur donnera un signe de respect ; il se demandera ce que serait ce peuple exalté et hrû~

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lant avec l'incrédulité 11 n'y a point dans son

caractère , dans son esprit de nuance et d'opinion mitoyenne : ce ne serait point l'indifférence qui succéderait à son zèle religieux, ce serait l'athéisme le plus effréné avec toutes ses conséquences.

l'escurial.

n° xxxix. — 25 avril 1824.

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