‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etcChapitre 47 sur 53 · ROMANCE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

ROMANCE ESPAGNOLE

Ils chantent , l'heure vole , et leurs maux sont passés, Dkxille.

« Prends garde , la vieja! point de faux pas , la capitana! Marchez , marchez toutes , mes excellentes mules j au bruit de vos sonnettes et de mes chants traînans , qui réjouissent les échos de la vieille Espagne.

» Vous êtes les meilleures des mules qui agitent leurs têtes bruyantes sur les routes des deux Castilles! Marchez ! Pablo vous chante , et Margarita , en regardant sur la route si vous n'arrivez pas , fait sauter à votre intention la paille hachée et la délivre de la poussière qui gâterait votre repas du soir!

» Prends garde , la vieja! point de faux pas , la capitana! Marchez , marchez toutes, mes excellentes mules , au bruit de vos sonnettes et de mes chants traînans , qui réjouissent les échos de la vieille Espagne !

» Margarita est la belle des belles. Ses yeux sont deux soleils qui brillent à travers deux jalousies d'ébène ; et une rouge grenade qu'on trouverait entr'ouverte sur la neige du Guadarama , serait l'image de sa bouche sans pareille. L'orgue et les chants que l'on entend dans l'église de Santa-Maria de Nieva , quand on écarte le rideau qui voile sa statue d'argent , et qu'elle paraît dans tout son éclat aux yeux des pèlerins accourus , me semblent moins doux que sa voix , car elle m'a dit quelquefois : « Pablo! je t'aime, je t'aime ! mais reviens vite! il y a tant de dangers et d'ennuis dans l'absence ! » Et voilà pourquoi je chante :

» Prends garde , la vieja ! point de faux pas , la capitana! Marchez , marchez toutes , mes excellentes mules , au bruit de vos sonnettes et de mes chants traînans , qui réjouissent les échos de la vieille Espagne!

» Des dangers ! Margarita , ne sonMls pas

plus grands , dis-moi , pour les époux que pour les amans ! Aussi , sais-tu ce qu'il faudra faire quand le mariage sera venu , ce qu'il faudra faire pour les éviter? Tu partageras les fatigues , les plaisirs de ma vie errante , de mes courses aventureuses. Maîtresse de la caravane embellie , assise sur la plus jolie , sur la plus douce de mes mules , ornée en ton honneur de sonnettes d'argent , tu suivras avec moi les longs circuits de nos routes. JElles montent, elles descendent, elles tournent sur le dos des montagnes. On aperçoit un ermitage sur une cime éloignée; une longue file noire de pèlerins suit le sentier qui serpente ; un berger , avec ses moutons , paraît entre les châtaigniers ; une troupe de vautours vole autour des pics élevés. De tems en tems on s'incline devant des croix, ornemens et pensées du désert; on s'arrête devant la fontaine dont la pierre porte le numéro des lieues royales ; on rafraîchit ses mains dans le torrent qui fuit sous les arcades inégales de quelque pont des premiers maîtres de l'Espagne. Chemin faisant , la peau de bouc entretiendra la gaîté ; la fidèle espingole des dernières guerres veillera à nos côtés , et la guitare nous rendra quelques uns de nos glorieux souve-

Page 1