‹ Madrid, ou, Observations sur les moeurs et usages des Espagnols au commencement du XIXe siècle, faisant suite à la Collection des moeurs françaises, anglaises, italiennes, etcChapitre 50 sur 53 · N° LU · texte numérisé non relu

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La bigarrure plaît.

La Fontaine.

MiscellaneA est un mot espagnol qui répond au mot français mélange.

C est le titre que je donne à ce chapitre. Il renferme quelques pensées de circonstance jetées en courant sur mes tablettes , des anecdotes que j'ai ouï raconter, des souvenirs de mes lectures d'Espagne; et tout cela, présenté au hasard , peut aider à faire connaître le pays où je me trouve, et les circonstances qui m'y ont amené.

Vaut mieux tard que jamais pour faire le bien ; pour le mal et les sottises , vaut mieux tôt que tard. Vous vous épargnerez du moins le re-

proche d'avoir, de gaieté de cœur, médité les moyens d'être niais ou méchant.

C'est de l'esprit de moins que de l'entêtement avec de l'esprit; avec la sottise, c'est une sottise de plus.

Pendant que nous étions à Ségovie, le peuple enterra la constitution. En passant sous les fenêtres de l'archevêché, il demanda à grands cris qu'on donnât des ordres pour faire sonneries cloches comme dans un véritable enterrement. Le prélat , qui voulait éviter ce scandale , leur cria : « Vous oubliez , mes amis , qu'on ne sonne point pour un enfant de trois ans. »

Vous prêtez votre appui au méchant ; les bons disent en s'éloignant : « Comme il est trompé! » Vous serez plus justement appré-cié par les méchans ; ils penseront que vous êtes un sot , et vos bienfaits ne les gêneront guère pour le dire.

En Espagne , j'ai bien souvent songé à ce château où tout dormait depuis cent ans. A qui est réservé la fin de l'enchantement ? Le sommeil de la belle du conte était protégé par des gardiens difficiles à terrasser. L'affaire, ici , n'est pas de les attaquer de front , mais bien

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de les faire travailler doucement à la fin de ce repos fatigant : c'est le seul moyen de l'amener telle qu'elle doit être, toute au profit du réveillé et du réveillant.

Comme certaines fièvres qui se présentent avec des boutons et des pustules hideuses pour symptômes , l'effervescence révolutionnaire avait fait éclore à Madrid beaucoup de journaux et de pamphlets périodiques et non périodiques , et , brochant sur le tout , deux ou trois journaux français cherchaient à l'emporter sur leurs hôtes en zèle révolutionnaire et en diatribes contre les Bourbons et les royalistes de France. Au milieu de cet impur cloaque , on vit s'élever une production vraiment remarquable par l'élégance de son style , la modération de ses idées et le courage de quelques-unes de ses critiques. Le censeur, en mettant de côté quelques sacrifices que ses rédacteurs firent à l'esprit du moment , prouve que l'Espagne ne manque ni d'hommes éclairés , ni d'écrivains remarquables. Le Restaurador parut au moment de la liberté du roi. Organe indépendant et vigoureux de l'opinion royaliste , il effraya bientôt ceux qui , là comme ailleurs, craignaient son extension. On

conseilla de le supprimer. Il ne reste plus maintenant que la Gazette et le Diario. La première publie les décrets du roi, les adresses des villes et des provinces à sa majesté , et un sommaire des nouvelles que publient les journaux étrangers. On ne s'y occupe que très-rarement, pour ne point dire jamais , d'arts , de sciences et de littérature. Le second est le pendant des Petites Affiches de Paris. On v annonce les fêtes et cérémonies religieuses que chaque jour amène dans Tune des églises ou dans l'un des couvens de Madrid. Malgré l'œil de la censure qui parcourt régulièrement ces pages innocentes , la méchanceté parvint un jour à glisser un article qui fit quelque bruit à Madrid : je veux parler d une lettre sur les chiens. On s'y plaignait d'en rencontrer un trop grand nombre dans les rues , dans les promenades, et jusque dans les salons de Madrid. On les peignait troublant la tranquillité des habitans, entrant bruyamment dans les églises, disputant le pavé aux passans ; et Ton demandait , après une longue énumération de leurs méfaits , quel serait le plus sûr et le plus prompt moyen pour s'en défaire. On interpréta justement ou non cette lettre , en l'appliquant

aux militaires de la garnison française , et l'on fil courir une chanson en réponse à cette insolence allégorique et anonyme : c'était la meilleure vengeance; la voici.

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