II INTRODUCTION
beauté, prêt à s'affranchir de la tutelle de Mazarin mourant, allait devenir le grand roi. Rien n'annonce encore que Paris doive jamais s'étendre jusquelà. Le quartier actuel de Keuilly n'était qu'un petit village, plus rapproché de Vincennes que de la capitale.
La plus belle propriété de ce hameau était, sans conteste, un clos de trente arpents que dominait un logis flanqué de quatre pavillons. Le jardin, magnifiquement planté à la mode d'alors, renfermait des quinconces, des bosquets, des jets d'eau, des charmilles, un petit bois, un potager qui produisait des fruits magnifiques, dont la plus grande partie était achetée pour être servie sur la table même du roi; puis de longues avenues conduisant à une terrasse élevée sur les bords de la Seine et d'où le regard embrassait un magnifique horizon. L'ail apercevait à l'orient le château de Vincennes et Charenton, remontait le cours de la Seine jusqu'aux coteaux de Valenton et de Savigny , se promenait au midi sur des bois, des villages, des plaines cultivées, redescendait de Bicêlre jusqu'au quartier Latin, embrassait à l'ouest les clochers de vingt églises, les tours de Noire-Dame, et ne s'arrêtait qu'à la sombre et colossale Bastille, dominant les remparts de Paris.
Sur cette terrasse, par une belle soirée, un couple <harmant se promenait : le cavalier, homme de trente ans, au noble maintien, à la figure avenante,