LIVRE PREMIER
Vous regardez vostre miroir, Ne ressentez-vous point quelque ateinte de flâme? Et ces astres puissans, qu'on voit tout enflammer ,
N'inspirent-ils point dans vostre ame
Un peu de ce qui fait aymer?
Que m'a-t-il servy de la voir,
Cette aymable et jeune rebelle, Et d'avoir tant passé d'heureux jours avec elle
Depuis le matin jusqu'au soir?
Loin d'en tirer quelque avantage,
Cet esprit léger et volage De mes soins assidus ne fait que se lasser. Contre la nouveauté son cœur est si peu ferme
Que je serois en meilleur terme
Si j'estois à recommencer.
Qu'il est fâcheux, vôtre jaloux!
Mes respects et mes soins l'irritent contre vous, Et de votre mérite il se fait un supplice.
Consentez que je sois heureux:
Ce sera, divine Clarice,
Nous rendre justice à tous deux.
Vous prodiguez, Iris, soins, tendresse, pitié, Pour les devoirs de l'amitié :
Vostre cœur là-dessus jamais ne se ménage, Et, par un injuste détour,
A ces beaux sentimens vous donnez un usage Qui ne se devroit qu'à l'amour.