‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 34 sur 79 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Que je me consume en souhaits; Je vous y rends de bons offices; Mais, Iris, vos charmes sont faits Pour recevoir d'autres services.

Jeune Iris, quoyqu'avec douleur

Je ressente vostre colère,

Pourveu qu'elle ne dure guère,

Elle me tient lieu de faveur.

Vous m'accuses d'indifférence :

Eh quoy donc ! la moindre apparence

Doit-elle ainsi vous alarmer?

Si d'un tel crime, helas ! vous m'avez cru capable Iris, il est aisé de n'estre plus coupable,

Puisqu'il ne faut que vous aimer.

Le chagrin et l'incertitude

Abbattent le cœur d'un amant; La crainte d'un rival luy donne à tout moment

Quelque nouvelle inquiétude; A se persécuter on est ingénieux; Quelque fois on fait mal lorsque l'on croit bien faire

Je vous aymerois beaucoup mieux

Si j'estois assuré de plaire.

Moy, qui croyois avoir le bon sens en amour, Et qui, faisant le vain d'un peu d'expérience, Méprisois les succès qui coûtent plus d'un jour,

J'ayme, et j'ayme sans espérance!

Devant les plus beaux yeux je riois du danger; Je croyois qu'on ne pust sans faveur m'engager; Je me moquois de tout, de charmes, de surprise ;

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