‹ Madrigaux de La SablièreChapitre 36 sur 79 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Qu'elle n'a que pour son amant, Pendant qu'une foule amoureuse De la regarder seulement S'estime encore trop heureuse.

Quoy! je vis, je respire, et je ne la vois pas!

Que ne me deviens tu mortelle, Lente et foible douleur contre qui je combas?

Puisque je suis loing de ma belle,

Sans doute qu'elle m'oubliera.

Démon absence, helas! quelqu'un profitera; Peut-estre dans son cœur un autre a pris ma place. O Ciel! épargne moy ce cruel desespoir,

Et, si tu prévois ma disgrâce,

Que je meure sans la sçavoir.

Vous qui d'un regard favorable Rendez heureux un misérable,

Vous avez eu pour moy des craintes et des soins.

Que je me sens touché de cette grâce extrême! Après cela, si je vous ayme, Ne m'en accusez pas au moins, Ne vous en prenez qu'à vous-mesme.

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