LIVRE (QUATRIÈME
Je ne sçais si ce fut par feinte, Ou bien si ce fut par dessein, Qu'hier au soir la belle Aminte Me pressa doucement la main.
Aussi-tost, d'une main fidelle, Sans répondre à cette beauté, Je serray celle de ma belle, Que j'avois de l'autre costé.
Iris, qui n'est pas mal adroite, S'en douta bien et m'entendit, Et je luy dis de la main droite Ce qu'à la gauche on m'avoit dit.
Je vous rends vostre liberté, Belise, et, sans m'estre infidelle.
Vous pouvés de vostre côté Chercher avanture nouvelle :
Un jeune et rare objet, avec des yeux charraans,
A de nouveaux desseins m'invite.
Ne me reprochés point mes vœux ni mes sermens Un amant bien traité qui peut durer huit ans Doit, ce me semble, en estre quitte.
Iris n'épargne point ses regards et ses charmes Pour engager un pauvre amant ; Mais, dés qu'il a rendu les armes,
A quelque autre conqueste elle court promptement. Ce n'est pas qu'elle soit légère,
Que les nouveaux objets la puissent enflammer; Mais c'est que la belle veut plaire, Et qu'elle ne veut point aymer.
Iris, belle comme le jour, Et le jeune Daphnis, l'aimant plus que soy-mesme