LIVRE QUATRIÈME
Se sont convertis ce Caresme,
Et ne songent plus à l'amour ;
Ils ne parlent que d'abstinence,
De retraite, de pénitence, Et ce n'est plus qu'au Ciel qu'ils adressent leurs veux; Ils donnent aux autels leur fleur et leur jeunesse,
Et se sont réservé tous deux
De faire l'amour en vieillesse.
Ma Céphise, quand je pense Que je suis si loin de vous, Le trépas me semble doux Prés d'une si longue absence :
Jugez quel est mon tourment, J'y pense à chaque moment.
Me voicy dans le mesme lit Où j'ay veu reposer ma belle.
Ha! si l'amour estoit aussi juste qu'on dit, Y serois-je sans elle?
Nous, souveraine des cœurs De tous ceux qui nous regardent.
Qui dispensons les douleurs, Les peines et les langueurs A tous ceux qui se hasardent De provoquer nos rigueurs, Ayant sceu la repentance Et la rude pénitence De cet amant affligé Qui nous quitta sans congé, Et voulans de la clémence Suivre plustôt le party, De nostre pleine puissance, Nous avons, sans conséquence, Dés-apresent consenty Que, sans désobéissance, Il pourra ne mourir pas, Pourveu qu'avec diligence Il revienne sur ses pas Reprendre à nos pieds sa place Et jouir de nostre grâce.
Que ce penser est doux, et que j'ay de plaisir Lorsque je m'entretiens des charmes de ma belle? Je maudis tout employ qui m'oste le loisir De passer tout le jour à ne parler que d'elle. Peut-on assez louer cet abord gracieux, Cette taille, ce teint, cette bouche, ces yeux, Cet esprit sans pareil, cette douceur extrême? Haï ma raison s'y perd, et j'en suis tout charmé. Dieux! si tant de plaisirs suivent celuy qui l'ayme, Que seroit-ce d'en estre aymé?
Quoy! mon Iris, pour un baiser, Vous pouvez contre-moy si longtemps vous deffendre,